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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 08:08
Atlas était donc dans une période de déconfiture presque totale. La firme de Martin Goodman a failli devenir un poids lourds de l'industrie mais elle a subi une grosse déconfiture et elle vivote, réduite à n'avoir que huit titre par mois. Il ne reste que l'historique rédacteur en chef Stan Lee, quelques membres de l'éditorial peu nombreux, et très peu d'artistes. Bref, ça n'allait pas très bien. Mais avant son sursaut de 1961, Atlas/Timely s'est spécialisé dans un créneau fort intéressant, qui contient les germes de son âge d'or et qu'il convient de regarder de près.31-1.jpg

Dans les toutes ultimes années de la décennie 1950, Atlas a surfé sur quasiment l'ultime créneau qui lui reste, qui assure en quelque sorte sa singularité et son identité : les monstres !
Ce créneau provient sans nul doute des films qui sortaient de temps à autre et qui rencontraient un réel succès tels que It came from the sea, The Giant Belemoth, Godzilla (qui fut diffusé aux USA) et une kyrielle de productions mineures comme Robot monster ou encore les productions de Roger Corman (Attack of the crab monsters).
C'était un créneau modeste, mais un créneau quand même. C'est à dire qu'il y avait une audience qu'il fallait capter et fidéliser.hulk.jpg

Or, c'est là que réside le talent de Stan Lee. Il parvient à proposer un schèma quasi-unique qui, je le répète, alterne la découverte fortuite par accidents, entremise du héros, une malédiction ancienne/créature extra-terrestre/de l'infiniment petit/ou de l'atome qui s'en va conquérir le monde mais qui sera finalement défait grâce à son point faible découvert in extremis. C'est une formule qui est carrée et efficace, mais qui sera appliquée qu'en ne changeant que quelques paramètres. Stan Lee usait donc de ce schèma pendant une litanie de titres, mais pourtant ils s'avèrent tous passionnant et haletant, pourquoi ?

Tout d'abord, Stan Lee lui-même est un dialoguiste de grand talent, il parvient toujours à nous présenter la menace comme implacable et le sort de l'humanité, invariablement compromise. Il sait décrire mieux que personne l'angoisse, l'inéluctabilité et la puissance de la menace en question. Sur ces points, il n'y a guère que Jack Kirby qui l'égale, ce que nous pouvons lire dans sa production chez Dc.

Jack Kirby justement, il livre des dessins de toute splendeur où la puissance des menaces ne peuvent qu'interpeller le lecteur. La capacité la magnificence des monstres et de leurs démesure est une des aptitudes inégalées du King. Il est à noter qu'il faisait sensiblement le même genre d'histoire avec Joe Simon du temps de leur propre boîte de comics...

Mais il n'est pas tout seul à œuvrer dans ces fascicules, il y a aussi Dick Ayers, Steve Dikto ou encore Joe Sinnot. Des talents solides qui possèdent nombres de qualités de dessinateurs qui font cruellement défaut chez les nouveaux talents actuels (storytelling, caractérisation des personnages, retranscription urbaine crédible...). Il s'agit de grand talents efficaces qui sont complémentaires du style de Stan Lee. Leur aptitude à la démesure, à se renouveler visuellement pour le bestiaire de monstres est sans aucun doute précieux pour ce genre de titres. Ce talent pour décrire des périls qui emmènent l'humanité au bord de l'abîme lui vient peut-être de ces quelques comics bibliques qui furent édités tantôt. En tout cas, les visions fabuleuses de Kirby alliées à sa verve sauront également servir quelqu'uns des meilleurs moments à venir de la société, avec notamment les FF. jim052s.jpg

Les noms de ces titres, justement, sont incroyables et ils participent à leur attrait : tales of astonish, Journey into mystery, tales of suspens...Il s'agit d'un appel à l'irrationnel, à l'imagination qui est souvent oublié par nos comics modernes, et une spécialité d'alors de la Marvel.32-1.jpg

Enfin, la cerise sur le gâteau demeure que ces histoires demeurent non violentes. Il s'agit de l'héritage heureux de la vague de répression initiée par le Dr Wertham et le Comic code. Cela permet de prouver que les comics, leurs héros et leurs conflits ne nécessitent aucunes violences graphiques ni même une hécatombe malvenue de pertes humaines. Si Dc produit des histoires surannées voire bêtes, Stan Lee fera pour le mieux en retournant cette contrainte comme un avantage, sans que ses histoires ne soient niaises ou fades, une grande leçon en somme !tta16s.gif

Enfin, il est amusant de constater le nombre d'histoires qui voient les prototypes des héros à venir (l'année 1963 sera décisive) mais qui soit graphiquement, soit conceptuellement, contiennent des germes qui ne devront subir qu'un nouveau traitement pour être abouties en super-héros. Que ce soit l'homme fourmi, l'univers Asgardien, ce vilain qui ressemble déjà à Fatalis, ou encore ces monstres au nom de Thoor, Hulk, on peut croire aisément que la substance de la Marvel se trouve incontestablement dans cette ère. En outre, certains vilains reviendront de temps à autres hanter certaines aventures de Marvel comme ce Fin Fang Foom (new universe) ou ce Klatu.st089s.jpg

Ainsi le talent et la matrice de l'ère super-héros se trouvent déjà en bonne place, prête à jaillir.
Il ne manquera plus que l'étincelle qui orientera Stan Lee et ses artistes émérites dans la bonne direction. Elle viendra de Martin Goodman qui, obligé à se vassaliser à Dc pour assurer la distribution de ces ultimes 8 malheureux titres (faible marge de manœuvre), entendra de la bouche de ses concurrents tellement importants par rapport à lui, que les super-héros cartonnent à nouveaux. La suite, elle consistera en une révolution pour les comics et une nouvelle caractérisation de leurs héros.

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Published by Bastien AYALA
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