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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 08:00

Le cinéma de quartier ou de série B, c’est à dire non prestigieux et non produit par des majors qui contrôlent leurs circuits de distribution, avaient connu un âge d’or lors des années 70’. Ces films avaient parfois quelque chose à exprimer et même, véhiculer des obsessions de leurs auteurs. Mais après une dernière vague en 1982, avec Tygra, Dar l’invincible et une poignée de séries B italiennes, ce cinéma là s’est quasiment éteint. Aussi, il convient de célébrer comme il se doit une excellente série B nommée Screamers.

Planète Hurlante est un vieux projet. Il est porté par un solide scénariste nommé Dan O’Bannon qui a quand même conçu Alien (et apporté Giger) ou le Retour des Morts-vivants. Son script reprend une nouvelle de Philip.K.Dick, un auteur fabuleux et très paranoïaque où la plupart de ses histoires illustrent ses doutes relatifs au tissu même de la réalité. Le script n’est pas retenu, puis optioné, puis repoussé, pour enfin être produit par une firme canadienne au début des années 90’. Le cinéma canadien s’est toujours positionné comme offrant des lieux de tournage moins chers que son voisin américain qui a développé une vraie industrie. De temps à autres, par cycle, le gouvernement canadien débloque des lignes de crédits dont certaines vont à des productions fantastiques, qui ont pour talent de s’exporter partout. Aussi Screamers se réalise finalement grâce à cette conjoncture.

Le script est remanié pour éviter le contexte de la guerre Russe_USA auquel on préfère la guerre de l’exYougoslavie et son absurdité fratricide. Peter Weller est intéressé par la portée du script, et grâce à la tête d’affiche du succès mondiale Robocop, le film est lancé. Son point fort n’est pas son budget, modeste, mais la thématique de son histoire qui recèle plusieurs niveaux d’analyse.

Sur une planète éloignée, une guerre oppose les deux factions qui se battent pour un minerai tant convoité sur la terre, le bérinium. Le camps de nos personnages semblait perdre le conflit, mais des techniciens terriens sont venus, ont implanté une usine dans les entrailles de la planète puis sont repartis aussi tôt. Des alliès improbables sont sortis des entrailles de la terre pour aider de manière décisive les forces « de la liberté ». Le film commence précisément lorsqu’un messager de l’autre camp vient apporter une missive au commandant (Peter Weller). Il connaît le péril qui rôde qui rode sous la terre et se fait débiter en morceaux par les screamers. Le commandant de la base, Joe Hendricksson , prend connaissance du message proposant un cessez-le-feu immédiat de la part de son homonyme. Il en informe la terre, ou plus exactement, le chef en qui il a toute confiance. Ce dernier lui apprend qu’une nouvelle source de bérinium a été découverte sur une autre planète et que tous pourront enfin rentrer sur terre. Il leur demande juste de garder l’information secrète…

Un cargo allié fait naufrage aux portes de nos troupes, seul un jeune survivant un peu tête brûlé survit. Il apprend au commandant que le dit politique a été exécuté il y a plusieurs mois. Dans ces conditions, le commandant part à la rencontre de son homonyme. Lassé par la guerre et doutant depuis fort longtemps de son utilité,  Joe Hendricksson se doute qu’un piège se referme sur eux. Il prend avec lui le jeune soldat et part rencontrer le camp ennemi. En route, ils tombent sur un élément à peine croyable : un jeune garçon qui a réussit à survivre seul sans ses parents malgré les screamers… 
Mieux vaut arrêter le récit à ce moment précis puisque, une fois le commandant sorti de sa base, plus rien ne sera comme avant malgré la brièveté de son voyage. L’intérêt réside dans les menaces qu’il rencontrent, celles-ci seront camouflés et l’entraîneront aux confins de la raison.   

Joe Hendricksson demeure réellement intéressant, il s’agit d’un soldat désabusé qui a longtemps perdu ses illusions et dont la foi en l’existence humaine devient de plus en plus tenu. Il oscille en permanence entre réflexes de soldats et une humanité qui s’étiole dans la douleur.

Le second personnage intéressant demeure joué par Roy Dupuis. Excellent acteur canadien renommé et récompensé, Roy Dupuis interprète un rôle de « dur » avec un vrai talent. Il aurait fait, sa coiffure dans le film ne laisse pas de doute, à une excellente incarnation de Wolverine. On sent la composition d’un acteur exercé qui s’est appliqué à donner du relief à son personnage.

Jennifer Rubin, qui joue un des soldats de l’autre camps, demeure également fort convaincante dans le rôle de Jessica Henson qui souhaite quitter au plus vite cette planète maudite. Son personnage a également une grande importance dans l'histoire et pour Joe.

Je vous renvoie au film en évitant de vous dévoiler des éléments significatifs du scénario mais la charge sur la guerre, la considération due aux soldats, ainsi que les manœuvres du commandement pour mettre fin à un problème forment une thématique des plus intéressantes. Rarement un petit film aussi modeste n’aura eu un tel scénario qui incite à la réflexion et qui confère à ses personnages une réelle profondeur en dépassant son matériau de base.

Le point cardinal de l’œuvre demeure que les éléments constitutifs de la réalité de Joe Hendricksson s’effondrent les uns après les autres pour laisser place au vacillement qui ronge la raison et les motivations d’ un être humain. Ce schéma existentiel est une des obsessions de Philip K. Dick. Pour une fois, le film sublime le matériau de base en développant ce profil psychologique intéressant. Il s’agit d’un des rares bons films de SF des années 90 avec Cube et Bienvenue à Gattaca.

Enfin pour l’anecdote, le film Scream a été au centre d’un litige avec la firme qui distribuait Screamers. Celle-ci reprochait à la dimension d’avoir un titre trop proche de Screamers et d’entretenir de fait une confusion. Une fois de plus, les aspérités de la réalité se referment sur les personnages. Pour finir, je ne vous propose pas de trailer, l'intérêt du visionnage en serait émoussé !

 

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Published by Bastien AYALA
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