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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 08:00

Qui peut tuer un enfant ? C’est le titre d’un film incroyable qui traite d’un sujet fort sous le couvert d’une histoire fantastique. En outre, le film est redoutable par son efficacité, le mécanisme de son scénario, la peur qu’il provoque ainsi que sa faculté à nous ébranler. Présentation d’un film majeur que seul le cinéma fantastique pouvait nous proposer.  

Le réalisateur de ce film se nomme Narcisco Ibanez Serrador, fils d’un grand comédien, lui-même comédien qui finit par se spécialiser dans la réalisation. Il œuvre en Espagne sous la période de Franco, le comité de censure de l’époque épluche même les scripts des films avant le tournage et elle surveille tous les aspects déviants. Autant dire que produire des films à contenus demeure quelque chose de difficile, alors un film engagé signifie la prison. Serrador a quand même fait un film assez déviant qui se nomme la Résidence et qui demeure de grande qualité. Aussi il parvient à faire produire ce métrage qui mixe un thème relevant du tabou et de film de suspens pure.

Les révoltés de l’an 2000, titre français idiot décidé par son producteur français pour attirer le spectateur dans les salles (en 1977), se déroule bien en 1975, date du tournage du film. Il raconte les vacances d’un couple de trentenaires dont la femme est enceinte et dont le mari était venu jadis. Il logent quelque temps dans la côte puis ils louent un petit bateau pour se rendre sur l’île pittoresque d’ Almanzora. Arrivés sur place, il flotte une atmosphère irréelle, il n’y a que des enfants et les adultes semblent tous partis faire la sieste ! Ils pénètrent dans la ville mais ils ne rencontrent plus personne. Pas une âme, tout le monde paraît être parti…


Les magasins sont ouverts et ils peuvent se servir à volonté. Le mari tente de rassurer la femme, mais franchement, il ne comprend rien non plus. Le téléphone sonne et une touriste allemande appelle en suppliant. Le couple ne parlant pas sa langue, ils ne peuvent rien faire.  

Finalement, l’épouse aperçoit un brave petit vieux qui se dirige vers eux comme s’il avait le diable aux trousses. Une petite fille surgit, lui prend sa canne et le martèle de coups. Le mari arrive pour sauver le petit vieux mais il est trop tard. Il demande pourquoi à la fille elle a fait cela mais elle répond en ricanant, avec ce genre d’attitude désarmante qu’on parfois les enfants. Il revient vers sa femme et tente de la rassurer, mais le doute n’est plus permis, ils sont en grand danger ! Les enfants ont récupérer le corps du petit vieux à demi-mort et ils font une pinata macabre. Il s’en suivra une course mortelle et incroyable, aux limites de la folie et de l’instinct de survie dans une île où les enfants ont massacré tous les adultes…

Un des thématique de ce film demeure le piège, une fois nos protagonistes entrés dans la ville, ils sont pris au piége par les enfants qui les ont laissé entrer. Ceci rappelle la méthode des dobermann. Ils devront employer toutes les ressources pour tenter de survivre , mais jusqu’à quelle extrêmisé sont-ils prêt à aller ?

Le thème du film est une bombe. Iil attaque frontalement un tabou majeur : comment réagir face à un enfant, ici des douzaines d’enfants, qui veut vous tuer ? Heurter un enfant est une chose impossible pour nous adultes, plus encore lorsque nous sommes parents. Cela se heurte avec notre programmation génétique et notre culture, ce qui demeure inconcevable. Les révoltés de l’an 2000 ose nous y faire réfléchir en disposant ce tabou de manière à ce qu’il est impossible de faire l’économie de la question. Croyez-moi pour avoir été en Espagne une fois, les enfants sont rois là-bas et il s’agit d’un thème plus qu' osé. 

En outre, le suspens est haletant, Narscisco Serrador est un maître et vous serez pris dans cette spirale diabolique et vous tremblerez pour nos héros, puis vous compatirez également pour ces enfants fort bien dirigésdans leurs intérprétations, qui savent être si désarmants. La  séquence de confrontation finale demeure un summum d’émotion, et son issue ne vous laissera pas de marbre.   

  Une grande interprétation, une réalisation impeccable, scénario à la mécanique parfaite et à la portée brillante, rehaussé par une musique formidable, les révoltés de l’an 2000 demeure une œuvre majeure du cinéma fantastique. Une petite lucarne logée dans votre esprit à laquelle vous penserez de temps en temps avec effroi.
La nuit des morts-vivants est souvent cité comme film culte de la peur, Quien puede matar a nino ? s'inscrit dans cette même veine.

Narsisco Serrador n’a pas eu hélas la carrière qu’il méritait avec ce film ou la résidence. Il avait un projet dans les débuts des années 80 qui devait se dérouler dans un véritable asile où les pensionnaires auraient joué. Hélas ce film ne se fit pas et il alterna des films pour la télévision alors que son talent d’auteur est incontestable. Il a même réalisé des épisodes de un, dos, tres ! Mais il avait fait des épisodes de Historias para no dormir (dans les années 70)  qui avaient eu un grand succès, qui ont marqué une générations de spectateurs dont certains sont devenus cinéastes.

La génération actuelle a participé à une nouvelle anthologie de historias para no dormir que Mad Movies a ressortie il y a peu (à louer et la chambre du fils).

Puisque la critique officielle conditionne parfois notre esprit critique en nous martelant que tel auteur est majeur et que le reste n’existe peu ou pas, allez vous rendre compte par vous même de la qualité de ce grand film et du talent de son auteur/scénariste/réalisateur auquel il convient de rendre hommage.

Attention : Les révoltés de l’an 2000 a été disponible en k7 sous les éditons Iris, puis fil à film. L' éditeur français Wilde Side va bientôt nous le proposer en dvd. Je n’ai trouvé qu’un trailer qui nous montre le sort cruel du petit vieux par les enfants, mais j'ai préfère ne pas vous le proposer.

 

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Published by Bastien AYALA
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commentaires

Arthur 06/06/2008 21:56

"Les révoltés de l’an 2000" est finalement sorti en dvd et est disponibles dans toutes les fnac et autres, un boitier assez large qui laisse espérer un carnet de notes sur le film, je n'ai vu la nouveauté qu'en passant.
A voir, ou revoir!

Arthur 16/04/2008 01:52

Rien de très important je l'avoue mais c'est le fait de le voir "dans la langue" même si j'avoue que ça fait un peu précieux! C'est intéressant de voir certains films ainsi. J'aime l'espagnol aussi.
En route pour Psychovision, donc.
Merci

Bastien 15/04/2008 16:26

Bonjour et bienvenue. L'orthographe exacte est piñata. Le film devrait sortir chez wildside.
Je recommande la critique de Psychovision, elle aborde sous le film sous un autre angle et toi-même tu as le tien (je ne pensais pas à l'apocalypse mais en effet). Qu'il y a-t-il de plus dans la v.o ?

Arthur 15/04/2008 09:17

Un grand film à mon goût qu'un ami m'a fait découvrir il y a peu... A voir en version originale si possible!
Le titre Français ne dit rien du problème abordé dans ce film qui est apocalyptique ... Les révoltés de l'an 2000 dans les 70's...
La scène de la pinnata (comment ça s'écrit?) est mémorable. En attendant cette édition dvd.

Bastien 13/04/2008 14:25

En effet, cliquez sur le lien de Mallox, que je salue chaleureusement, pour lire une autre critique différente mais complémentaire sur les révoltés de l'an 2000. En tout cas, nos deux avis concordent :
il s'agit d'un très grand film !