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23 avril 2008 3 23 /04 /avril /2008 08:00

Le projet Blair Witch fut un succès assez impressionnant. Ce ne fut pas un succès foudroyant, je suis moi-même allé le voir dans une des rares salles qui l’avait programmé et elle était petite. Mais le buzz qu’il y a eu après à donné une seconde carrière au film, en location et tous crièrent au génie. Donc, il convient d’analyser cette œuvre considérée comme classique.

Le projet Blair Witch  raconte l’ultime aventure d’étudiants en cinéma qui partent faire un documentaire sur une supposée sorcière qui se cacherait dans la forêt de Blair. Avant de s’aventurer dans la forêt, ils interviewent les habitants de la ville voisine, et chacun semble avoir sa légende à dire sur la supposée sorcière. Après ce moment comique qui laisse présager que la suite va être morne, nos trois étudiants partent dans la fameuse forêt pour un périple ultime…  

Le génie du projet Blair Witch demeure le procédé de caméra subjective qui filme constamment chacun des trois protagonistes, ce qui permet d’impliquer le spectateur, ainsi que la mécanique du récit qui enfonce ses personnages et dans le fin fond de la forêt. Une spirale les enferme dans un piège sans issue teinté de maléfices. Voilà un résumé succinct  en ce qui concerne le projet Blair Witch, mais ce film m’a frappé pour deux raisons : je pense que la fin ne résout rien ( ce qui demeure facile) et il demeure un adroit croisement de deux autres films d’horreur ! 

Le premier pour le style de narration et pour l’histoire vous est sûrement connu, il s’agit de Cannibal Holocaust. Là aussi, des journalistes vont s’enfoncer dans la jungle de l’Amazonie pour réaliser un reportage sur les ultimes tribus cannibales. Le thème du film est adroit : les journalistes commettent toutes les erreurs inimaginables face à ces tribus. Ils n’approchent pas du piège à loup, ils y mettent la tête. Le terme verra le dernier membre des journalistes filmer le sort de sa campagne, puis tomber devant la caméra, inanimé.   
Le talent de Ruggero Deodato, le réalisateur, demeure de prendre un ressort du cinéma italien de l’après guerre, le néo-réalisme en filmant caméra sur l’épaule, méthode qu’il tient de Roberto Rosselini. Nous sommes donc aux côtés de des journalistes, nous sommes impliqués de manière étroite, viscérale même, et il s’agit là de la plus grande réussite du film, qui a marqué bien des esprits.


La seconde influence vous est moins connue, il s’agit des forces du mal d’Ernesto Gastaldi. Ernesto Gastaldi demeure un des meilleurs scénaristes italiens, capable d’écrire un scénario complet en une semaine, doué pour réviser les scénario qui posent problèmes. Il demeure excessivement talentueux et il peut s’adapter à tous les genres, tous les courants porteurs du cinéma de genre italiens, et bien plus encore. Il a seulement deux réalisations à son actif, la première demeure Libido (1965) puis cette seconde en 1982. 

  Le film raconte l’errance d’une petite poignée de personnages dans une forêt. Des dissensions se révelent et chaque personnage n’est pas ce qu’il semble être, le vernis tombe et les conflits les révèlent ainsi que les secrets compromettants. En outre, il y a une force maléfique qui semble rôder dans la forêt : ils perdent leur repères, ils sont désorientés et ils font face à une funeste présence qui n’est pas clairement montrée. Le grand talent de ce film modeste et sans budget est d’exploiter les profils psychologiques des protagonistes, une grande spécialité de Gastaldi. 
 

Le film reprend des passages de Libido, pour illustrer une intrigue d’un personnage mort il y a quelques années, Christian, et dont le testament oblige les personnages à se rendre dans cette forêt. Mais, le point commun avec le projet Blair Witch demeure cette spirale dans la forêt, la présence maléfique furtive et la forêt qui semble ne pas vouloir laisser sortir les personnages. 

Voilà, vous superposez ces deux films et vous vous retrouvez avec un résultat étrangement proche de celui de Blair Witch. Ce qui est amusant, c’est que la presse (Mad Movies, L’Ecran Fantastique) a remarqué le premier emprunt assez flagrant, ce a quoi un des deux réalisateurs a répondu que oui, il avait vu Cannibal Holocaust, mais non il n’y avait rien d’intentionnel (ce dont je doute vu que les acteurs ont également été priés de se faire discrets…). En revanche, personne n’a fait le lien avec le film d’Ernesto Gastaldi, qui est pourtant étrangement proche lui-aussi de la sorcière de Blair, dont on ne sait rien au final ! Il est vrai que les forces du mal demeure un film à la carrière discrète, mais cela est indépendant de sa qualité car il s’agit d’un film intéressant qui combine les talents de son metteur en scène/scénariste et des acteurs.

Il était temps de  rendre hommage à cette influence (ou  cette  coincidence  troublante), d'autant que  ni  Mad Movies ni  L'écran fantastique ne l'ont  notée ! Il y a eu un projet blair witch 2, qui est un sacré ratage au concept boiteux (et accessoirement un four au box-office). Un nouveau film espagnol, [rec], semble reprendre le procédé de Ruggero Deodato, réponse dans les salles puisque le film sort aujourd'hui, le 23 avril !

 

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Published by Bastien AYALA
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commentaires

Bastien Ayala 12/05/2008 21:39

Salut Honey Bunny, toujours aussi en forme ?
Tu as raison sur Cannibal Holocaust, c'est un film qui fait fort impression avant, pendant et après son visionage grâce à sa qualité mais aussi par sa réputation sulfureuse. Je suis désolé pour le second film les forces du mal, qui est réellement confidentiel. Mais il fallait que quelqu'un en parle car on ne lit quasiment rien sur ce film, ou alors des avis négatifs. Pour Rugerro Deodato, il annonce depuis quelques années ce fameux Cannibal Holocaust 2. Souhaitons qu'il ait le souffle du premier et sa puissance thématique. Je te renvoie chez cet autre blog pour lire une bonne critique de l'œuvre : http://eiga.over-blog.com/article-1311090.html
A plus Honey !

Mr Honey Bunny 12/05/2008 20:08

Bon parallèle en effet, je ne conaissais pas le second film.
J'ai jamais accroché à Blair Witch dont le succès est bien sûr largement volé à Cannibal Holocaust ... film que j'ai vu il y a quelques années en trouvant la VHS pour 1 euros lol
Ca a pas mal vieilli, mais la dernière scène reste diablement efficace. Pour la petite histoire, on racontait dans les videos clubs au début des années 80's que le films était monté à partir de vrais séquences ! C'est ce qui l'a rendu si populaire. (Et à l'époque, pas d'internet, on pouvait vraiment faire gober n'importe quoi ! lol)
D'ailleurs, d'autres films "chocs" dans la mouvance "pseudo reportage" ont vus le jour durant les années 60's et pourraient être les precurseurs de ce genre cinématographique !
Il s'agissait de la série des "Mondo Cane", projetés dans les cinés comme des reportages sur des rites de tribus canibales et autres pseudos horreurs d'un monde "non industrialisé" et qui se voulaient 100% véridique ....
On peut encore tomber sur des redifs de ces films douteux vers 3H du mat, sur le cable, pendant que TF1 diffuse "chasse et pêche" ! (tout aussi effrayant, sinon plus, d'ailleurs !)

Et je terminerai avec cette info qui t'as peut être échappé : Ruggero Deodato devrait faire un Canibal Holocaust 2, cette année en 2008 !!