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27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 08:00

Voici un grand moment de comics, une violente entrée des sages héros de DC dans la réalité, ainsi qu’une période à la réputation incroyable. Green Arrow/Lantern va propulser les comics bien plus loin que Stan Lee a osé. La courte période de Neal Adams & Denny O’Neil a révolutionné les comics en confrontant les héros à des réalités sociales et éthiques, en montrant pour la première fois une prise de drogue dans un comics puis en donnant à des personnages une direction qui les suit encore. Retour sur un moment incontournable des comics ! 

Green Lantern et Green Arrow était des personnages connus et reconnus, mais dont les titres vivotaient. Aussi, on avait couplé les héros dans un même titre afin d’augmenter mécaniquement les ventes. Mais le coup de génie de Juluis Swartz, éditeur très respecté aux Usa, fut de confier le titre au duo magique qui a tant apporté à Batman : Neal Adams & Denny O’Neil ! Neal Adams vous a été présenté, il demeure LA star qui provoque engouement et vente des comics, et Denny O’Neil demeure un scénariste inspiré, du moins pour cette période et sur quelques titres ponctuels. Le duo va faite voler en éclats l’apparente inanité des héros de DC comics en seulement quelques numéros, les épisodes 76 à 87 du titre. 
 

Dans leur premier numéro, Green Lantern intervient dans une altercation entre un jeune loubard et un homme d’affaires. Il aide le second par pure réflexe mais il comprend que la situation est un brin plus subtile : le respectable homme d’affaires demeure un loueur de taudis et le jeune "loubard" se plaignait à bon escient. Un homme âgé noir interpelle Green Lantern, comment se fait-il que celui-ci s’occupe des affaires farfelues et ne traite pas les vrais problèmes. Green Lantern admet sa déconvenue et il demande conseil à son ami de la League, Green Arrow.  Au fil de leurs péripéties, les deux collégues/amis vont s'opposer, par idéologie mais aussi par la variétés de leurs réactions devant un problème. Outre l'aspect tragédie (les émotions des personnages guident leurs réactions devant l'événement), ces deux héros aparaissent un peu plus crédible, proche de réactions de gens normaux qui apréhendent la vie et ses problèmes par des angles différents, pour aboutir à un résultat idéal (la politique, donc). Green Lantern serait plutôt un brin conservateur, quoique rien ne le prouve, tandis que Green Arrow demeure clairement de gauche, révolté par les aberrations d'un systéme économique qui met à l'écart une partie de ses acteurs moins favorisés.

Green Arrow demeure un impulsif, grande gueule à la conscience sociale engagée qui décide de faire un bout de chemin avec son compère, afin de saisir l’occasion de lui remplir quelque peu la tête avec des réalités qu’il survole. Cette rencontre avec la réalité symbolise à mon sens la rupture de l’ère de l’innocuité chez Dc, décrite dans un précédent article. Le ton candide et innocent demeure fini et Dc tente de se battre avec Marvel sur le terrain des comics plus réalistes. Enfin, rien n’est moins sûr puisqu’il subsiste encore les Superman de Cary Bates et Curt Swan qui sont le contraire d’un comics trépident. 
Donc, les deux compères font un bout de route ensemble dans l’Amérique profonde, qui leur reserve bien des péripéties et des dangers. Puis un gardien de Oa se joint à eux, afin de parfaire sa propre connaissance et la saga devient plus cosmique, mais les dangers ont des postures qui reflètent bien les vicissitudes de notre société tel cette planète surpeuplée ou encore l’incarnation des dérives du capitalisme (problème toujours pas réglé) puis la pollution dans un épisode un rien caricatural avec un émule de Jésus aux défenses immunitaires faibles que la pollution peut tuer. 
Mais une fois de plus, le retour sur terre va se révéler des plus marquants puisque la série se concentre sur le personnage de Speedy, le Robin de Green Arrow dans les fameux épisodes 85 et 86. Ce dernier demeure délaissé par son mentor et il s’adonne à la drogue. Il s’agit incontestablement d’un des meilleurs moments des comics, tous éditeurs confondus et qui fait preuve d’une audace qui n’a pas été égalée depuis. Green Arrow arrête quelques jeunes qui se droguent (pour lesquels il a une réelle aversion), mais il n’ a pas fait le lien entre ces jeunes et Speedy, dont on découvre que lui-même se drogue ! 

C’est la chute pour ces héros qui se rendent compte que les problèmes de la société atteignent leurs propres rangs. Ainsi, leur échec est d’autant plus douloureux. Green Arrow va avoir une réaction intéressante, violente car pétrie de remords (ceux inhérents à son propre échec). Il va d’abord avoir une réaction de rejet totale de Speedy. Là, Green Arrow et Black Canary prennent le relais, supportent Speedy qui va trouver l’empathie qui lui manquait tant. Le terme de ces deux épisodes suggèrent que Speedy cesse la drogue, il va violemment marquer son émancipation de son mentor, pour trouver sa propre voie, sous l’approbation tacite de ses aînés. 

Pour un comics de super-héros, les réactions des personnages demeurent étonnement crédibles, intéressantes. Le manichéisme primaire des super-héros demeure balayé pour un traitement humain des plus aboutis. Il s’agit quand même de l’histoire la plus fine que j’ai lue dans un comics de super-héros, qui ne sera d’ailleurs pas égalée par la suite. 

Cette histoire demeure si forte qu’elle poursuivra encore le personnage de Speedy de nos jours (c’est dire la médiocrité du traitement qu’on lui inflige !). Il s’agit à la fois du paradoxe chez DC comics, cette histoire demeure tellement forte qu’elle semble avoir figée les personnages dans cette posture, si marquante pour eux. Enfin, les personnages de Dc comics ont réellement un aspect sinon une saveur plus familiale que ceux de Marvel (pourtant, les X-men ont des liens fraternels et les FF sont presque une famille). 

L’autre intérêt de cette ère demeure l’introduction d’autres Green Lantern, notamment John Stewart, qui demeure bien caractérisé lui-aussi. Il demeure frondeur, engagé comme tous les autres personnages noirs des années 70’. Son introduction demeure réussie, lui aussi a le droit à une caractérisation réussie,  il se révèlera plus intéressants par la suite.  J.Steward est régit par son propre mode de fonctionnement,qui demeure différent de celui de Hal, mais qui s'avère tout aussi valable, une parabole sur la pluralité en quelque sorte ! Guy Gardner demeure aussi impliqué, et il est évident qu’il aurait pu être le premier de Green Lantern, mais qu’un accident l’ en a empêché. 

 

Bizarrement*, le titre sera annulé et transféré en back-up sur Flash. Un fait très étonnant pour un titre qui se vend encore, qui est connu dans tous les pays ou presque qui publient les comics DC, et qui demeure incontestablement un des joyaux de DC comics. Ainsi, une petite poignée de numéros peut conférer aux comics le rang d’œuvre, être lue par des lecteurs étrangers et réticents à ce média et demeurer le modèle de référence pour des comics engagés (que l'on nomme, il me semble, les "convenants" comics). 

Ce sera la gloire pour Neal Adams, ainsi que l’une de ses périodes les plus longues sur un titre. On lui a littéralement fait signer des centaines de milliers de numéros. Denny O’Neil continuera seul le titre, mais ce dernier va rapidement redevenir morne et peu haletant. O’Neil va assurer pendant quelques années la pérennité du titre, avec parfois l’aide de dessinateurs comme Mick Grell, mais Green Lantern sera rattrapé par son côté super-héros.

Note : Ces quelques numéros ont été publiés par Arédit dans les Green Lantern poche no 25 à 30. Mais les deux épisodes sur la drogue ont été enfin publiés par Semic, des années plus tard, dans le spécial Dc no 14. Il s’agit d’un must, doublé d’un excellent travail éditorial puisque le rédactionnel qui accompagne les histoires demeure de premier ordre avec, cerise sur le gâteau, une interview de Neal Adams par Will Eisner !

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Published by Bastien AYALA
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