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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 08:00

Voilà bien une carrière qui est exemplaire, celle de Jean-Pierre Dionnet ! Il s’agit de quelqu’un qui a eu très tôt un amour pour ce qui est de nos jours considéré comme une sous-culture qui est en passe d’être mieux reconnue par la société, quoique pas encore acceptée, la bande dessinée et la série B. Jean-Pierre Dionnet aura porté très haut ces deux médias, avec en plus le rock, mais surtout il a généreusement transmis sa fibre au plus grand nombre, dont moi ! Retour sur un très grand de la culture geek française, qui a de multiples centres d’intérêts et qui a su les partager avec talent. 

Jean-Pierre Dionnet est né à Paris en 1947. On peut logiquement supposer qu’il s’est intéressé très tôt à la fois à la bd, qui foisonnait en ce temps-là (les bd en kiosques étaient bien  plus nombreuses alors), qu’il a visionné tout le spectre cinématographique de l’époque pour notamment développer une faiblesse pour le genre qui était considéré comme non noble, le cinéma bis, mais aussi qu’il s’est pris la musique rock en pleine tronche.

3 vecteurs, 3 genres qu’il a su défendre avec passion, qu’il a permis de faire reconnaître au grand public (ou à défaut à l’esprit curieux et ouvert) et même être acteur dans les médias.  

Je déplore de n’avoir pu rencontrer Jean-Pierre Dionnet, c’est à mon sens quelqu’un que j’aurais aimé avoir dans ma famille, une sorte de super oncle qui aurait toujours quelque chose à vous faire écouter, à lire ou à partager ou à conseiller. Je ne l’ai pas davantage rencontré dans la rue ou ailleurs, j’aurais eu d’ailleurs mille et une questions à lui poser. Je sais juste qu’il a commencé comme libraire et qu’il était dans une des premières vagues de fanzines d’élite (avant Scarce mais après Midi Minuit Fantastique) avec le magazine Phénix.

Il s’agit d’un fanzine de haute tenue qui traite de toute la Bd mais qui n’avait pas d’œillères puisqu’ils ont traité de comics US et il me semble que Jean-Pierre Dionnet  ait interviewé Neal Adams ! (Ahhhh) ! Il s’est alors associé à Philippe Manœuvre et d’autres, dont Druillet, pour fonder Métal hurlant. Ce fut là une aventure assez incroyable en termes de sommets créatifs et de résonance culturelle. Moebuis, Druillet, Jordowsky et tant d’autres livraient des aventures bigarrées et franchement créatives qui resteront des classiques et des sommets de la bande dessinées adultes teintées d'imagination haut en couleurs. Le plus fort, c’est que les américains connaissaient cette revue, des dessinateurs de comics us jusqu’aux créatifs dans les studios américains, et même Arnold Swarzeneger ! Elle donna naissance à un grand frère, Métal Hurlant, ce qui est un peu près unique dans les annales françaises.

Jean-Pierre est d’ailleurs scénariste et il a une vingtaine de titres à mettre à son crédit. Il a collaboré avec des grands mais surtout il a contribué à bâtir une grande épopée  du neuvième art qui demeure une référence et un triomphe français. La fin des années 70 instituérent un souffle de la Bd adulte, mature, où la notion d'art demeure évidente. Un formidable livre retrace cette épopée et je suis sûr qu’il sera considéré sous peu comme un collector, puisqu’il est à la fois maousse et exhaustif. 
En 1982, Jean-Pierre Dionnet, Philippe Manœuvre et Pierre Lescure créérent  et réussissent à faire diffuser sur Antenne 2 les enfants du rock, une émission hautement mémorable qui fut une exception dans la télévision de l’époque, ôcombien rigide (quoique paradoxalement, moins qu’aujourd’hui malgré la quantité de chaînes sur le câble). Quand on laisse des passionnés qui connaissent parfaitement leur affaire et qui savent la gérer, il en résulte une émission qui demeure aujourd’hui encore sans égale. Notons encore de bouillonnants sketch couplés avec des clips qu’on ne pouvait voir quasiment que dans cette émission, joué par Jackie et Antoine De Caunes !
Le plus fort, c’est que cette aventure contient les germes de Canal + puisque toute l’équipe, y compris Alain Chabat et Alain de Greef se retrouveront sur la quatrième chaîne (j’étais jeune à l’époque, mais je me souviens de l’événement dans une France rigide et uniforme).   

Il semblerait que Dionnet et Philippe Manœuvre délaissent un temps Métal Hurlant, ils avouent de nos jours ne pas être des champions de la gestion, et que Métal connut un terme en 1987, mais ils ont fondé les éditions les Humanoïdes Associés dès 1975,  vous connaissez sûrement cette maison d'édition ! 

J’envisage la carrière de Jean-Pierre Dionnet comme jalonnée de cycles, il en a finit un avec Métal Hurlant mais il en ouvre un autre avec cinéma de quartier, et ce cycle-là, je l’ai pris en pleine figure et j’en redemande encore !  

Pierre Lescure envisage pour Jean-Pierre de lui confier une émission pour un certain public, celui des quarantenaires ou simplement des gens un brin curieux qui voudraient se prélasser grâce à de bons mais vieux films. Après tout, la dernière séance marche fort sur la 3, et on peut faire aussi bien mais différemment. Jean-Pierre s’y colle avec passion et le résultat est probant : il parvient à nous présenter des films méconnus, ignorés superbement par la critique officielle de l’époque, et qui n’ont pas eu de seconde carrière depuis leur passage au cinéma, dans des salles moins nobles.
C’est alors que naît cinéma de quartier qui décroche de fort bons films comme des flèches !
Jean-Pierre Dionnet revisite quelques pans du cinéma de quartier (c’est amusant mais je préfère cette appellation à cinéma bis ou cinéma de genre) alors que la critique officielle nous rabat les oreilles depuis des décennies que le seul cinéma qui a le droit de citer est celui de la nouvelle vague. Ainsi vous vous procurez un magazine première de l’époque du premier guerre des étoiles, ils considéraient avec condescendance ce film  pour les enfants ou les adultes attardés ou désoeuvrés, les choses ont bien changé avec les multiples couvertures qu’ils ont données pour la guerre des clones. 

Je suspecte Jean-Pierre Dionnet d’avoir eu bien peu de considération de la part du cinéma officiel pour son émission qui déterre les vieux films et qui parle d’acteurs ou de réalisateurs méritants mais oubliés de des grands médias, ce que je nomme le Cinéma. Alors que sur TF1ou France2, le cinéma ancien français se résume aux quarante mêmes films et aux mêmes acteurs (ok vous connaissez Louis De Funès et Bourvil, mais qui peut me dire qui est Paul Meurisse ?),. Jean-Pierre Dionnet  nous présente des œuvres oubliées qui ont pour caractéristiques d’être mémorables.
Il a à mon sens un peu trop insisté sur Mario Bava mais bon, pourquoi diantre se priver de se faire plaisir ?

Alors si vous êtes curieux, je vous signale quelques infimes pépites que ce chercheur de minerais précieux est alléextraire: un cycle Sergio Sollima avec les aventures de Cuchillo dans Colorado ou la poursuite implacable- Matango d’Inoshiro Honda-La victime désignée avec Millian et Pierre Clementi- Robert Hossein/Marina Vlady dans les adaptations de Frédéric Dard- Le ciel nous tombe sur la tête- Pour une poignée de Jean Rollin- entre autres !

Diable, quelle liste inégalée ! Ce qui m’amuse également est son style de présentation. Il joue une sorte de Mr loyale monté sur ressort qui s’exprime en pointant ses doigts vers le plafond. C’est là aussi un style unique et fort divertissant. Enfin, il nous narre des anecdotes qu’il tient lui-même des réalisateurs qu’il a rencontrés. L’information à la source, autant dire que c’est un rêve de tous les passionnés.

 Il tenta l’expérience du quartier interdit, des films d’horreurs chocs et gory mais l’aventure fut brève…

Mais Jean-Pierre aurait pris de la distance avec la direction de Canal qui a remplacé ses amis Lescure et DeGreef, ces cinémas de quartier ne proposent que des œuvres françaises, parfois déjà vues, pour des raisons de quotas et certains fans sont déçus.... 

Mais alors qu’il semble maîtriser de nombreux pans entier dans le cinéma, cet homme est trop bouillonant pour se fixer sur un unique domaine dont il arrive aux limites et il s’ennuie à force de faire la même chose. Jean-Pierre se rue sur le nouvel El Dorado qui s’ouvre enfin à l’Occident : le cinéma asiatique.
Il devient distributeur, va rencontrer ces gens de cinéma et nous décortique au mieux leur travail, il nous importe entre autres Il était une fois en Chine et je subodore que son désir de découvrir  renaît et qu’il entre dans un nouveau cycle qui le passionne et qu’il a fait découvrir avec verve et passion !
Petit détail qui m’a fait mal au cœur, Jean-Pierre Dionnet  a fait le deuil de sa passion du cinéma puisqu’il a vendu sa collection d’affiches, de matériel ciné, de revues sur le cinéma de quartier ! Mais bon, il a manifestement de quoi s’amuser avec ce nouveau cycle pour des années ! Son quatrième en quelque sorte...

Merci Mr Dionnet pour tout ce savoir que vous nous avez transmis ! Je vous souhaite une longue et heureuse prospection dans les arcanes et méandres du cinéma. Vous êtes pour moi le Pape des geek et vous vous renouvelez sans cesse, preuve d'une infatigable passion !

 

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Published by Bastien AYALA
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commentaires

Bastien Ayala 26/06/2008 21:04

Bonsoir Franck !
C'est effectivement un hommage à une personne qui a fait bouger les lignes en France. Ce n'était pas
évident et je lui tire mon chapeau. De plus, Jean-Pierre Dionnet a plusieurs facettes,et il a brillé dans chacune des disciplines. C'est le début d'un cycle et le prochain sera Jean-Pierre Putters !

Franck Mars 25/06/2008 15:53

Bel hommage à quelqu'un qui a marqué mon esprit de téléspectateur. Je l'avais un peu oublié et ton article a fait ressurgir de très bons souvenirs.