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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 08:00

1ère partie
 

Le dessin animé offre à mon sens des possibilités fantastiques pour transcrire des visions et des histoires absolument fantastiques. Hélas pour nous, la mode des films de Walt Disney demeure si ancrée dans nos institutions que les dessins animés qui se permettent d’être originaux sont rares. Certes, il y a bien eu Ralph Bakshi, mais l’échec commercial de Tygra a stoppé net sa carrière. L’anime japonais m’a aussi beaucoup déçu malgré Akira et Laputa, mais je ne suis pas un fin connaisseur. Toutefois, un maître du dessin animé d’auteur était français et il se nomme René Laloux. Une des ses œuvres les plus notables se nomme les maîtres du temps, et elle demeure une réussite artistique inégalée. 

Les Maîtres du temps demeurent tirés d’un livre de l’écrivain français Stefan Wul, alias Pierre Pairault, qui l’a écrit en 1958. Il s’agit d’une œuvre assez intéressante qui ne fut pas condamnée à dormir sur l’étagère de collectionneurs avertis de Sf. René Laloux demeure un animateur de renom, qui s’est battu toute sa vie afin de monter les œuvres qu’il avait en tête.

Né en 1929, René Laloux s’est toujours intéressé à la peinture puis à l’animation, un art qui permet l’expression d’une imagination très intense, si on en a l’ambition. Il a collaboré avec Roland Topor (Téléchat !) sur des programmes mais il a réussit à monter en 1973 la planète sauvage, un film d’animation que l’on pourrait qualifier d’expérimental quoiqu’il soit abouti. La planète sauvage a rencontré un certain succès, il fut notamment sélectionné à Cannes mais René mis 9 ans à ce que son second long-métrage aboutisse, ce sera le superbe les maîtres du temps. 

La production des Maîtres du temps ne fut pas une sinécure, ce fut même un parcours difficile. René Laloux connaissait les œuvres de Stefan Wulf et il lui a proposé d’adapter l’orphelin de Perdide en dessins animés. Le travail d’adaptation prit fin en 1977 et un judicieux producteur, Jacques Dercourt, s’emballe pour le projet qu’il mène avec la firmeTélécip. La production revoit quelque peu le scénario, qui fait appel au dialoguiste Jean-Patrick Manchette. Moebius est sollicité en 1979, il s’agit d’une pièce maîtresse du film qui apporte son savoir et son talent aux designs des personnages et des décors. Moebuis a continué en donnant des indications de couleurs pour les scènes, élaboré un story bord en 10 volumes, ce qu’il lui a pris deux mois et demi. 
L’élaboration de la partie animée s’est faite à Budapest, par le Pannomia film studio. 110 personnes vont travailler pendant un an. Le problème est qu’il fallait payer mieux les dessinateurs car leurs salaires étant faibles, ils avaient d’autres activités professionnelles ! Il fallu donc jongler en terme de production mais le travail, élaboré à bases de cellulos (contrairement à la Planète sauvage) demeure d’une rare qualité. La musique demeure également un élément abouti des Maîtres du temps. C’est donc l’œuvre de Pierre Tardy et Christian Zanesi qui font la bo mais également l’environnement sonore des mondes des Maîtres du temps. Pour ce qui est de la bo, le morceau final qui accompagne le sort final de l’un des personnages (voire plus), demeure une splendide réussite, peut-être même l’un des tous meilleurs morceaux de chant classique couplé à un film. Comme tous les éléments du film, les artistes qui ont participé aux Maîtres du temps ont fourni une excellente prestation. 

Le film est finalement fini à la fin 1981 et un accord est passé avec Tf1 pour la coproduction, ce qui demeure hautement nécessaire pour un film de cette ambition. Il y eut une promotion, assez timide, qui ne permit pas mille fois hélas aux maîtres du temps de remporter le sucés qu’il mérite. Le film est d’ailleurs passé quelques années sur Tf1, alors chaîne d’Etat, pour les vacances de Noël. Le seul tort des maîtres du temps demeure paradoxalement la qualité de son œuvre : les enfants n’ont pas compris le film à l’époque et les adultes n’ont pas tenté en masse ce beau voyage à l’aventure. Le public le plus alerte fut celui de Métal Hurlant, grâce à la collaboration inspirée de Moebius, mais il ne fut pas hélas assez nombreux.  

Il y eut un adroit marchandising autour du film puisque le film eut le droit, simultanément à sa sortie, à une adaptation en Bd (ce qui apparaît naturel), un 33 tours qui raconte l’histoire du film, un soutien actif de Métal Hurlant, des cahiers d’écoliers. Un fait m’échappe, je ne sais plus si les deux petits télépathes, élément qui permet aux Maîtres du temps d’être accessible aux enfants, ont été éditées en figurines (ma mémoire demeure incertaine). Donc les maîtres du temps a bénéficié d’une promotion indirecte que très peu de films modernes ont le droit.

La carrière du film ne fut pas florissante, elle-aussi. Les maîtres du temps se nomment The Time Masters en langue anglaise et il fit un flop aux USA. Toutefois, ceux qui ont vu Les maîtres du temps avec une bonne disposition ont pu être séduit par cette si belle histoire, qui mêle splendeur des univers, féerie, adroite caractérisation des personnages et une histoire qui demeure tellement ingénieuse…

 

 

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Published by Bastien AYALA
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commentaires

Bastien Ayala 05/07/2008 17:18

En effet, il y a un petit quelque chose, une vague parenté entre les designs des personnages. Je crois que nous pouvons parler de mode, de courant français dans les années 80'. Bonne remarque !

Untamed Kong 05/07/2008 14:45

A noter une similarité entre le design des Maîtres du Temps et celui des Mondes Engloutis, arrivés plus tard avec au scénario l'excellente Nina Wolfmark (Ulysse 31) ... l'affiche des mondes engloutis et ses personnages principaux sont très proches de ceux des Maîtres du Temps.