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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 08:00

2ème partie

Chris Claremont demeure avec John Byrne le golden boys de Marvel. Tout lui réussit, il est parvenu à changer le plomb en or (les X-men), Marvel renoue avec l’excitation des années 60’ et de l’ère Stan Lee (qui est bien loin désormais), le succès critique demeure incontestable. Bref, il s’agit du sacre de Chris Claremont comme figure de proue du bateau Marvel. Mais il y a quelques nuages qui viennent paradoxalement du succès des X-men, qui doivent tout à Chris Claremont solidement épaulé par John Byrne. Aussi, ces quelques années à venir vont en quelques sortes éprouver le Capitaine Chris Claremont qui devra lutter de l’intérieur pour continuer à jouer de sa partition sur les X-men. 

Le titre X-men demeure un succès incontestable. Les fans sont légions, l’audience a enfin des bonnes raisons de se souvenir pourquoi elle se nomme parfois « Marvel Zombies » et Marvel propose enfin chaque mois des aventures haletantes qui peuvent délivrer du sensationnel et de l’inattendu, denrée devenue rare chez la Maison aux idées. Mais des tensions internes secouent la production du titre, John Byrne qui demeure incontestablement un prodige graphique et qui a de fortes aspirations scénaristiques, collabore à la trame et essaye de faire passer ses idées. Comme notre démiurge Chris a de fortes idées qui vont parfois à très long terme, il ne peut accéder à toutes les demandes du bouillonnant John Byrne qui abandonne le navire après le terme de la saga Phénix. Déjà, le grand manitou de Marvel, Jim Shooter, intervient pour finalement supprimer Jean Grey car « elle a quand même tué plusieurs milliards d’êtres vivants ». Aussi, une opinion subjective de doit d’être respectée, pire, qui oblige au tandem créatif de refaire la fin de l’épisode. Une intrusion manifeste dans un processus créatif qui, à mon sens, demeure quelque peu partiale (quoique vous pouvez avoir votre idée sur la question). Ce sera d’ailleurs le début des ennuis du grand Chris, où plutôt le début des hostilités avec l’éditorial qui devrait pourtant lui laisser les mains libres et lui préparer habilement le terrain. Il n’en sera malheuresement rien. 

Chris continue son petit bonhomme de chemin, après l’ère John Byrne, en vient une seconde. Elle qui capitalise un peu le parcours, trépidant, déjà effectué par l’équipe. Le talent pour l’introspection des personnages de Chris Claremont prend quelque peu le pas sur les longues saga du début, comme si on voulait rationaliser le profil et donner de la chair à chaque personnage, même secondaire. Cette orientation demeure une fois de plus une réussite puisque les personnages y gagnent une dimension et ils demeurent réellement proche des lecteurs. Aussi, parmi mes proches amis qui demeurent « accros » aux X-men, il s’agit pour eux d’icône qui ont une dimension telle qu’il s’agirait presque de personnes qui ont côtoyé pendant longtemps leur maturité, enfance- adolescence puis l’âge adulte (une sorte de lien immédiat et puissant pour un retour en arrière vers une période heureuse donc). Ce type d’attachement presque viscéral s’observe énormément chez les lecteurs français et trentenaires (voire plus) des X-men grâce au fameux Spécial Strange qu’il convient de remercier pour l’œuvre accomplie.

Donc les X-men, dans les années 80, ont le droit aux meilleurs dessinateurs du moment, qui puisse accomplir les 17 pages devenues 22 sous l’égide de Jim Shooter. Bien sûr, les stars de cette époque sont quand même John Byrne et George Perez (qui aurait fait des merveilles sur le titre, il n’a fait qu’un annual). Mais le titre a le droit aux meilleurs artistes du moment. Ainsi se succèdent l’ère Paul Smith, John Romita Jr (pas dans sa forme la  plus aboutie), Marc Silvestri… Chacun d’eux permet de conférer au titre une dimension, une saveur, comme un cycle inhérent à une vie. Mais le meilleur vient à mon avis de la capacité d’adaptation de Chris Claremont, qui demeure le second point fort de cet écrivain talentueux. 

Chris Claremont écrit de manière assez incroyable et il a fait sienne la fameuse méthode Marvel way, un synopsis bâti à toute vitesse qui prend forme selon les capacités des dessinateurs émérites. Chris Claremont a un style réellement original. Il livre des scripts assez denses qui contient plein d’idées que le dessinateur sélectionne et agence comme il le ressent. A charge pour Chris de réécrire ou en donner une seconde interprétation. Il s’agit à mon sens d’une collaboration assez unique qui montre les incroyables dispositions de   Chris Claremont pour la rédaction de ses histoires : il laisse une belle marge de manœuvre à ses dessinateurs. Non seulement il ne demeure pas fâché à propos d’éventuels changements ou de dénaturations, mais en plus il les encourage ! Cela me semble assez unique et insolite, un scénario demeure une structure, scindée en petites phases qui doivent construire un ensemble cohérent, plus encore sur les X-men qui peut s’apprécier sur des années, en ce qui concerne de l’évolution d’un personnage seulement. 

Pour revenir sur la fibre littéraire de Chris Claremont, une des marques évidentes demeure son attachement envers les personnages dont il a eu la charge. Il les traite comme des personnes ou presque et il leur confère une rare fidélité. Ainsi Chris Claremont écrivit les histoires de Miss Marvel, l’assez faible Carole Danvers dont les aventures ou le potentiel ne convainquit personne. Mais Chris Claremont fit en sorte d’inclure ce personnage mineur dans son panthéon des X-men après que Malicia lui eut volé ses pouvoirs. Rare qualité que cette loyauté d’un auteur envers ses personnages !

Chris mène donc son cheptel de personnages dans les années 80 avec une préférence pour les personnages plutôt que pour les grandes sagas à coups de théâtre forcés. Il permet donc d’accumuler un univers prodigieux, dont certains personnages sont mis de côté, en jachère de quelque sorte. Il s’agit là d’une œuvre réellement titanesque, qui ne tient que par le talent et la cohérence d’un seul auteur. Mais voilà qu’on vient lui gâcher sa longue et patiente construction, sans tact.

L’éditorial chez Marvel* s’est développé sous la tutelle de Jim Shooter pour devenir structurée et invasive, beaucoup trop. On demande donc à Chris Claremont une déclinaison des X-men avec par exemple une nouvelle génération de X-men. Il s’agit donc des New Mutants, histoire de faire le pendant aux New Titans (la seule réussite créative au niveau des X-men, mais qui n’a pas le même potentiel de base, les mutants, par rapport au best-seller de Marvel). Il ne s’agit pas à mon sens d’une bonne série, même si elle a eu une phase expérimentale et son intérêt ne tenait que par la bonne grâce de Chris Claremont. D’ailleurs, que reste-il de nos jours des personnages de ce titre ? 

Mais la boîte de pandore est ouverte, et les éditeurs vont allégrement puiser dedans, quitte à user d’ailleurs le démiurge à sa tâche. Wolverine, le plus populaire et belliqueux des X-men, accède à son titre en 1988, et il s’agit là du premier de la légion des personnages à avoir son titre, sa tentative de titre, sa mini-série. Marvel va puiser dans ce vivier, en écornant le potentiel des personnages pour une exploitation à court terme qui, à mon sens, gâche le potentiel des personnages. 

Une heureuse réalisation, à mon sens, demeure l’ère Excalibur en en tandem avec Alan Davis. Chris Claremont consent à utiliser deux X-men pour pouvoir reprendre Captain Britain et son cast, car il avait beaucoup apprécié les travaux d’Alan Moore sur le titre. Il s’agit d’épisodes frais, légers, qui virevoltent dans les monde parallèles presque infinis de Marvel. Les intrigues sont amusantes, parfois haletantes et Chris Claremont se permet quelques bons mots. Une réussite à saluer, quoique le titre sembla avoir perdu de sa magie avec le départ d’A.Davis. Le retour de ce dernier sera d’ailleurs une réussite qui renoue sans problème avec la maestria de la première période du titre, au point même qu’on croirait qu’elle a été élaborée dés lors. 

Ainsi Chris Claremont se voit adjoindre la star de la fin des années 80 sur ce titre, celle qui égale les meilleurs moments de l’ère Byrne, Jim Lee. Il s’agit à mon sens d’un artiste réellement fabuleux, qui rend magnifique chaque personnage quoiqu’il ait tendance à les transformer en statues. Le titre X-men redevient une nouvelle fois haletant, pour le meilleur.

Les sagas d’action reviennent mais elles demeurent rehausser par la caractérisation, encore plus aboutie, des personnages qui semblent hésiter de camps, faillir à cause de leurs doutes ou turpitudes. Mais Bob Harras a la main lourde, très lourde. Il refuse à Chris Claremont un arc qui verrait le pervertissement de Wolverine. Bob Harras campe sa position et nie au recréateur des X-men, à celui qui leur a donné toute leur chair et leur dimension, le droit d’une intrigue qui aurait effectivement être spectaculaire. L’argument selon lequel Wolverine aurait été privé pendant un an de titre ne tient pas. En effet, rien de plus facile que de raconter plusieurs histoires antérieures en agitant le spectre du côté obscur du personnage. 

Chris Claremont a dû être épuisé par cette ingérence constante, et il quitte en 1991 Marvel à qui il a tant apporté. Le X-men no 3 nouvelle série affiche juste à la fin de l’histoire un petit bandeau qui indique : « Chris Claremont : 1976-1991 ». Un gâchis inexcusable qui semble reproduire le mauvais goût de l’affaire Jack Kirby. Chris Claremont s’est expliqué sur ce sujet et Semic, qui demeurait jusqu’alors avare d’informations éditoriales, retranscrit son texte. Humble, Chris Claremont raconte que les X-men seraient une partition dont il serait le musicien, comme Neil Gaiman le demeurait (mieux traité par Dc en l’occurrence) de Sandman. Il s’agit d’un gâchis fabuleux de la part de Marvel, qui va en accumuler beaucoup d’autres dans cette décennie, mais aussi une libération douloureuse pour Chris Claremont qui va voir ailleurs, auréolé de son incroyable aura de créateur le plus « hot » des comics. Cette aura va-t-elle résister aux années 90 ? Vous connaissez déjà la réponse…
 

Note : *Veuillez consulter un de mes articles en 5 parties pour Marvel World qui relate ce modèle de gestion.

 

 

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Published by Bastien AYALA
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