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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 08:00

DC comics était donc dans les années 50 et 60 une firme bien prude, presque irréprochable pour les ligues de morales américaines. Le genre super-héros était, chez l’éditeur historique, ce qu’il y avait de moins subversif ou violent. Pourtant, DC comics édita une quantité hallucinante de titres d’horreurs qui représentait une part non négligeable de son chiffre d’affaire. Retour sur un phénomène emprunt de paradoxes.  

Il semble que ces histoires d’horreur avaient déjà été publiées dans les années 50 par DC comics. Il demeure même possible de penser que ce genre soit très tôt apparu dans les comics. D’autres éditeurs importants en ont beaucoup produit et Chartlon comics, par exemple, en fit pendant longtemps. Mais la firme qui fut la meilleure, sur le plan de la qualité et du retentissement, fut la fameuse EC comics. Elle fit si bien les choses qu’elle provoqua indirectement, ou fut le bouc-émissaire, de la vague anti-comics des années 50. Aussi, il demeurait suicidaire de persister dans le même créneau.

Ainsi pour un titre phare de DC comme la maison des mystères, le contenu changea et on passa d’histoires licencieuses à des genres plus variés puisque le Martian Manhunter fit son apparition en 1955 puis eut le droit à des back-up dans les pages de ce propre titre. Ce serait en 1968 sous l’impulsion de Joe Orlando, rendu célèbre grâce à Alan Moore et sa citation dans Watchmen, qui rendit à Dc une nouvelle impulsion d’horreur avec une gamme qui se développa. House of secrets développa des histoires inhérentes au genre aventures avec un rien de lugubre. Ainsi il naquit le personnage d’Eclipso dans ce titre, qui fera parti du genre super-vilains bien plus tard (dans un excellent crossover).

On assista donc à une déferlante de titres d’horreur qui proposait des histoires courtes d’horreur avec des chutes cruelles. Le gore n’était pas véritablement à la fête et le caractère moraliste des histoires, plutôt historiettes, était évident. Il s’avère quand même que ces histoires plurent à une certaine audience, conséquente, puisque une gamme se développa et que des titres se vendirent bien. Il semble même que DC tentait de cachait à son concurrent, Marvel, les chiffres de vente exactes de ces titres de peur de se voir submerger sur le même créneau par cet éditeur qui lui avait déjà ravi sa première place.

Pour assurer les prestations graphiques de ces titres, Carmine Infantino et Joe Orlando eurent recours à de solides artistes philippins, dont certains sont des maîtres du noir et blanc, qui assurèrent une identité graphique aux titres de la gamme. Citons en quelques uns tels que Nestor Rondo, Alfredo Alcala, Enrie Chuan, Alex Nino mais il y en a pléthore d’autres. Mais d’autres artistes participèrent à ce courant dont le grand Neal Adams qui contribua de temps à autre pour des couvertures ou de rares intérieurs (à la demande de Carmine Infantino semble-t-il).

Que retenir de ces histoires multiples ? Un certain manque d’identité puisqu’il n’y a guère de liens entre elles. Les protagonistes se succèdent les uns au autres (il est rares qu’ils fassent plus d’un numéro) et, en ce qui me concerne, j’aurais du mal à me souvenir d’un contenu précis voire même d’une série. Il s’agit à mon sens de la faiblesse de cette mode, ce sont des histoires qui ont le goût de l’éphémère. Toutefois, la principale réussite de ce courant chez DC fut la création de Swamp Thing par Bernie Wrightson, découvert par DC, qui mit quand même deux ans à boucler 10 numéros. Mais quelle qualité pour ces numéros ! Il s’agit à mon sens d’un sommet de l’horreur, bien qu’il ne soit pas gore, où le maître du clair obscur distille une savante ambiance malsaine. La réussite de ce courant.

Toutefois, il y a les sempiternels frères Abel et Cain, les gardiens du titres qui tirèrent leurs révérences en 1983. Ce fut donc la fin définitive de cette ère qui aura aussi vu les trois sorcières d’âges divers et qui présentèrent elles-aussi ce qu’il convient de qualifier d’anthologie. Cependant, le prodigieux Alan Moore donna une nouvelle impulsion cardinale puisque il utilisa Swamp Thing, qui survécu par son aptitude à se mouvoir dans la catégorie super-héros, et il développa des références astucieuses à ces anciens titres d’horreur qui trouvèrent alors le plus beau des hommages.

Un second prodige, Neil Gaiman, créa sa propre série Sandman qui reprit avec bonheur et cohérence, ce qui manquait totalement à cette gamme, l’ensemble des figures de ce cheptel dans des histoires parmi les meilleurs de DC comics, tout simplement. Je vous rappelle que Sandman est toujours en cours d’édition chez Panini, et que vous devriez au minimum vous faire prêter un exemplaire par un de vos amis, sinon considérer l’achat de cette série si riche et d’une telle qualité.

Ainsi cette gamme de titres d’horreur au potentiel pourtant limité donna naissance, grâce à l’entremise des plus fameux talents britanniques, à la branche d’édition Vertigo en 1993. C’est bien simple, je n’ai guère lu qu’un titre qui ne soit pas satisfaisant dans cette gamme si ambitieuse et, même , révolutionnaire pour les comics. Il s’agit d’un fantastique bouillon de comics qui mérite, encore une fois, toute votre attention et qui recèle nombres de perles qui nous sont encore, hélas, trop peu accessible. Pas mal quand même pour descendance pour un courant mineur de l’horreur qui ne marqua guère les esprits non avertis !

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Published by Le Royaume des Avis
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