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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 08:00

Torso, au titre original qui se complète par « ce corps présente des traces de violences charnelles », demeure une entreprise filmée par un producteur majeur du cinéma italien, Carlo Ponti. Il a décidé de s’associer avec Sergio Martino afin de réaliser un « coup » commercial. Les moyens mis en œuvre demeurent assez conséquents car de belles ambitions furent portées sur Torso. Pour un  résultat qui s’avère réellement détonnant !

Le réalisateur Sergio Martino demeure généralement associé à son frère producteur, Luciano Martino. L.Martino demeure un important producteur, quoique pas du calibre ni du prestige de Carlo Ponti, marié à une certaine Sophia Loren. Il s’agissait de faire un succès et de surfer sur une vague initiée par un certain Dario Argento grâce à l’oiseau au plumage de cristal. On embauche donc un beau casting : Tina Aumont, John Richardson, Suzy Kendall et Luc Merenda. Le film a été conçu pour être réellement dérangeant, excitant, frissonant, et il atteint largement son but.

Sergio Martino se serait souvenu d’un fait d’hiver où un homme aurait trucider des membres de sa famille dont il aurait jeté de temps en temps des morceaux dans une rivière, en se baladant le plus normalement du monde comme si de rien n'était. Le scénario de Torso va bien au-delà de ce fait, qui reflète un quotidien un rien sordide. A Pérouse, un drôle de tueur commet un crime sexuel sur une étudiante qui faisait l’amour avec son petit ami dans une voiture.

La police essaye donc de mener son investigation dans la faculté de la ville. Les amies de la victime demeurent horrifiées par le crime, qui a secoué la ville, mais elles ne semblent pas être en mesure de faire avancer l’enquête. Un second crime a lieu, puis un autre. Les jeunes filles décident donc de partir à la campagne, dans une maison située sur une corniche qui surplombe une petite ville rurale.

Pour ce qui est du second crime, il est tout simplement hallucinant. Une des jeunes filles participe à une soirée hippie et elle est assez stone. Deux types essayent de profiter de son état de faiblesse pour coucher avec elle. Elle a un sursaut, malgré son état, et elle les quitte brusquement en tentant de rentrer par la forêt. Elle semble voir le tueur masqué, mais en regardant mieux, il n’y aurait personne. Elle se fait bien entendu tuer par lui. Cette scène demeure stupéfiante grâce à la beauté de la photographie : jamais une forêt n’aura été aussi splendidement photographiée. La scène alterne des teintes surréalistes comme l’orange en toile de fond. La réalisation adopte le point de vue de la victime qui ne maîtrise plus tous ses sens, ce qui explique la teinte de la photographie. Encore un point fort de Torso.

Justement, leur présence n’est pas passée inaperçue puisqu’elles ont mis le feux par leur attitudes provocantes. D’ailleurs, certaines d’entre elles demeurent réellement dévergondées et elles aiment les plaisirs de la chair, entre elles. Mais il semble qu’elles soient épiées. S’agit-t-il d’un aspirant trop entreprenant ? Du professeur qui semble bien connaître certaines d’entre elles ? Où du médecin un rien taciturne (Luc Merenda) qui, quel hasard, se trouve sur la ville ? S'agit-il de l'une d'entre elles ? Il peut en outre y avoir une autre hypothèse, plus mystérieuse encore…

Une des filles, Suzy Kendall, se casse une jambe et elle reçoit des sédatifs avec ordre d’être alité. Pendant qu’elle dort, le tueur frappe à la porte, et la boucherie commence. Quand l’héroïne descend, elle rencontre une de ses amies qui agonise et elle se rend compte que le tueur demeure dans la maison, ou très près de celle-ci. Il pénètre dans la maison et l’héroïne est obligée de se cacher. Elle assiste au dépeçage de ses amies, que le tueur découpe à la scie. Elle est obligée de se taire, malgré l’effroi de la situation, tout en se sortant de cette maison de l’horreur.

Le génie de la réalisation fait que on ne voit jamais le visage du tueur, très habilement dissimulé par des angles de caméra savants. L’héroïne se cache du tueur, obligée à puiser dans ses ressources pour échapper au tueur, et elle se cache dans son armoire qui est la seule issue provisoire. Le tueur pense avoir tué toutes les filles, mais il ferme à clef sa chambre et il repart.

En ville, on ne voit toujours que ses jambes et jamais son visage, il croise un groupe de jeunes éméchés. Ceux-ci braillent qu’ils se feraient bien ces nanas, au nombres de 6 (disons). Or, le tueur tourne les talonssubitement, c’est une de plus par rapport à celles qu’il a tuées ! Pendant ce temps-là, l’héroïne essaye de faire tomber la clef qui se trouve de l’autre côté de la porte. Elle essaye patiemment de faire tomber la clef sur un morceau de papier, puis de la faire passer sous la porte. Elle fait tomber la clef à côté mais, c’est le tueur revenu de toute urgence qui la dépose sur la feuille !

En ouvrant la porte, elle est condamnée à se retrouver face au bourreau de ses victimes, elle découvrira enfin sa véritable identité mais elle sera confrontée au péril extrême. Le souffle de la mort frole de très très prés l'héroïne.

Torso a donc énormément de qualités : la mise en scène demeure irréprochable, la tension demeure à son comble, la photographie demeure de toute beauté (réellement une des plus réussie que j’ai vue), les acteurs sont judicieusement choisis, le parfum de liberté des années 70 demeure savoureux. Mais en plus de tout cela, Torso demeure réellement pulsionnel. On ressent presque l’énergie de la folie du tueur, ses pulsions, dont le trauma psychologique demeure d’ailleurs expliqué par une scène peu convaincante.

Je ne peux que citer quelques membres du casting, hormis Luc Merenda qui paraît inquiètant. Il y a surtout la superbe et féline Tina Aumont, une femme splendide et libre qui était une excellente actrice et dotée d’une beauté incroyable. Elle était surnommée la femme aux yeux de chat. Bizarrement, elle ne demeure pas l’héroïne mais sa présence demeure un atout certain pour la distribution. Tina Aumont nous a quitté récemment, mais elle aura marqué les spectateurs avertis qui avaient vu ses films. Une grande et belle dame, d’une trempe assez incroyable et qui aura vécu une vie libre de toutes contraintes.

Il s’agit d’une œuvre importante, qui anticipe quelque peu Massacre à la tronçonneuse sur plusieurs points et non des moindres. Le talent des artistes devant ou derrière la caméra se combine avec réussite. Hélas, mille fois, Torso demeure inédit en France en salles (bizarre), comme en vidéo (impardonnable). Pour l’avoir vu dans de bonnes conditions en Italie, à Pérouse précisément, je peux vous certifier que cette œuvre mériterait au bas mot d’être vu dans une salle, dans des conditions optimum. Le Dvd n’est hélas disponible qu’en Italie ou aux Usa, où il a fait un carton. D'ailleurs, il y a quelques points communs avec  Massacre à la tronçonneuse. En tout cas, Torso est un film culte !

Pour ce qui concerne Luc Merenda, Torso n'est pas anodin. Il s'agit en quelque sorte du film qui l'a lancé sur le marché italien et qui a scellé sa collaboration avec Sergio Martino. Luc Merenda use d'un jeu restreint, ambigüe, qui laisse planer le doute essentiel : est-il LE tueur ? IL est  toujours  dans les parages, il semble avoir un intérêt tout particulier pour la villa où résident les jeunes filles, il se maintenir dans une étrange réserve ...

Nuote : Je vous renvoie à la critique de Psychovision, qui célèbre également Torso. Il est également intéressant d’aller consulter le très prometteur site legiallo.fr, qui a une iconographie incroyablement riche et dont l’auteur s’est lancé dans la critique de tous les gialli !

Enfin, quoi de plus naturel que de regarder le trailer du film ? Il est assez impressionnant et il retranscrit bien le côté malsin, adulte et psychédélique de l'oeuvre. Enjoy !

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Published by Bastien AYALA
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