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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 03:32

Voilà un artiste qui demeure mal connu par les nouvelles générations mais qui était une star en son temps. Un dessinateur dont les audaces techniques a su fidéliser un lectorat ébloui par ses expérimentions graphiques . De plus, le grand public connaît son legs grâce à un autre auteur majeur qui lui a beaucoup emprunté. Aussi, il demeure indispensable de revenir sur la carrière du grand Steranko !

Le prodige du dessin est né en 1938 et il est initié très tôt au monde du cirque, du sport et de la rue. Il eut donc une activité de saltimbanque et même de cambrioleur !
Mais il se mit à pratiquer le dessin et si son modèle de référence demeure Jack Kirby, il sut rapidement trouver sa propre voie en s’émancipant et en se forgeant son style somme toute unique et reconnaissable entre tous, une adaptation habile de l’art psychédélique qui flottait alors dans le vent et dans les esprits de l’époque.

Jim travailla donc pour la Marvel et le moins que l’on puisse dire, c’est que Stan Lee et les autre misaient beaucoup sur le jeune prodige au point même qu’il fut envisagé comme successeur potentiel de Jack Kirby, lui-même en 1968 se méfiait pas mal du management peu reconnaissant à son égard.
Mais Jim apposa son style de légende sur quelques comics qui connurent grâce à lui des sommets narratifs et avant-garde : Nick Fury et Captain America. Le premier demeure un sommet de son art qui inclut surtout des expérimentations graphiques encore  très abouties et non surannées. Il réussit même à composer une page qui peut se lire de gauche à droite et…de droite à gauche !

Il s’agit d’un artiste véritable dans le sens où il crée, tente de repousser au maximum les limites du support Bd pour expérimenter, réaliser, s’affranchir des anciennes normes et en fixer de nouvelles.
Pour Captain America, il a participé à ce fameux arc où Captain est censé être tué et Bucky (Rick Jones) le pleure sur sa tombe .Il s’agissait bien sûr d’un piége fomenté contre Hydra pour obliger celle-ci à se dévoiler.
Qui peut donc dire, en sachant cela, que Ed Brubaker a inventé ou innové avec son histoire de la mort de Cap’ ? Certes, il a un sens aigu du récit qui lui fait honneur mais bon quand même, souhaitons que Ed se détache de ce récit en innovant par la suite.

Il y a quand même un petit bémol. A force de parfaire, il est en retard et le management de Marvel a du mal à gérer le talent prometteur même si elle est consciente du potentiel. Il y aura donc des couacs qui vont couper Steranko de la Marvel, qui doit de plus être du côté de Jack Kirby dans son affaire de droits et de reconnaissance bafoués. Bref, il symbolise une génération d’auteurs à qui on ne la fait pas et il n’a pas envie de trimer à des cadences infernales pour en prime être spolié de ses créations.

Jim fonde donc dès 1969 sa propre maison d’édition, Supergraphics où il continue à développer son art dans des œuvres soit expérimentales, soit relatives au comics américain. Notons que Jack Kirby (son mentor ?) s’est inspiré de lui et de son côté Houdini pour créer Mister Miracle

 

Jim Steranko s’est fait plus rare dans le milieu du comics, et  ses œuvres sont des événements majeurs. Ainsi, il a adapté Outland de Peter Haym avec Sean Connery, qui fut très apprécié par la critique de l’époque, et nous pouvons admirer les pogrès accomplis de l’artiste. Il favorise un certain découpage des traits et des lignes dans son art. Il initie de fait un courant d’un certain formalisme graphique qui va devenir une référence manifeste.
Jim a participé au cinéma entre autres choses et fut même le attaché à la création visuelle du premier Indiana Jones et du Dracula de Francis Ford Coppola.
Il a pesté sur les comics récemment à propos du sexe dans « the Pro » de Garth Ennis

Rappelons quand même que Jim demeure lié avec Jack Kirby, qui s’est montré très protecteur et patriarche avec lui et dont les liens demeurent évidents et manifestes. Ainsi Jim évoque avec grand plaisir le souvenir du King qui l’accueilli avec une simplicité désarmante dans sa maison. Leurs nombreuses contacts privilégiés ont permis à Steranko de s’émanciper de son maître et réciproquement, Mister Miracle demeure une version fantasmée et héroïque de Jim ! Jim Steranko a été encouragé par le King a s’émanciper de son style, de trouver sa propre voie en expérimentant. Ainsi, Jim faisait lui-même ses propres photomontages de dessins et de photographies, les splendides splash pages épiques et qui demeurent des somments visuels ou encore un sens de lecture multiple des cases !

Mais là où vous connaissez sans le savoir le style de Steranko, c'est à travers le fait que Frank Miller se soit référé ouvertement à ses travaux pour son style définitif dans Sin City ! Comme l’influence est ouvertement revendiquée, je ne parlerais pas péjorativement de plagiat mais davantage d’influences (tout consiste donc dans la démarche mais la nuance est fragile). Notons quand même que Scott MacDaniel apparaît comme un émule de Frank Miller ou de Steranko, on ne sait plus très bien !

Un autre grand artiste, assez mal connu du public français, demeure un emule intéressant de Steranko : c’est Paul Gulacy dont la parenté avec le maître est évidente. On pourrait même avancer que, si Franck Miller s’inspire de la troisième phase de la carrière de Steranko (la première demeure l’influence encore proche de Jack Kirby, la seconde correspond à son émancipation et ses expérimentations, puis la troisième s’indentifie grâce à son style proche de Miller). Par ailleurs, la carrière de Paul Gulacy demeure vraiment intéressante et je vous recommande Proie, le récit de Batman par Doug Moench qui confronte Batman au psychiatre Hugo Strange, qui atteint intimement Batman dans son être, grâce à ses analyses proches de la vérité. 

Je vous renvoie avec plaisir sur le site d’un auteur talentueux de romans et de Bd, Laurent Queyssi, qui traite avec passion et précision ce fabuleux artiste sans que je ne puisse faire mieux.


Notons enfin que certains des plus brillants artistes actuels rendent de temps en temps hommage à ce maître de la Bd contemporaine tel JH Williams III dans le Desolation Johns de Warren Ellis. Certains artistes lui font d’ailleurs des clins d’œil dans leurs compositions  lors de travaux ponctuels, notamment l’excellent Greg Horn pour une couverture sur Nick Fury (l’ère Steranko demeure la référence absolue du titre).

Ce qui est paradoxal dans le cas de Steranko est que son passage par Marvel l’a fait connaître à nous autres amateurs de comics mais l’a peut-être coupé du monde de l’art car son statut reste ainsi entre deux mondes où il aurait pu sans problème exceller. Il s’agit définitivement un des grands de sa génération fin 60’-70’ avec Neal Adams et Barry Winsdor Smith,Bernie Wrightson, mais Steranko a très vite coupé les ponts avec la production de comics pure pour aller vers d’autres cieux. Ainsi, Jim Steranko demeure lié au monde de la  magie américaine, dont il demeure l’une des références.

Il demeure dans un configuration artistique rare puisqu’il est lui-même le résultat artistique de l’influence d’un maître dont il a su s’émanciper afin de produire lui-même son propre courant et ses propres héritiers graphiques ! Donc Steranko demeure un artiste qui a plusieurs cordes à son arc et qui demeure farouchement indépendant. Qui a dit que les comics demeurent le seul horizon des artistes américains ?


 

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Published by Bastien AYALA
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