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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 05:28

Même si le dessin animé actuel se conçoit surtout comme des produits pour enfants, avec une formule type mise au point par Walt Disney, qu’il ne convient de ne pas trop s’écarter. Mais il y a des artistes qui ont œuvré chacun de leurs continents sinon leurs pays d’origine et qui sont des pionniers. Wai Lai-Ming demeure un de ceux-là. Or, il nous est particulièrement peu connu en France, la faute en incombe à un circuit de distribution hasardeux. Il convient donc de revenir un tant soit peu sur Mr Wai Lai-Ming.

Wai Lai-Ming est né en 1900 à Nanjing en Chine. Doué pour les arts graphiques, il développe très tôt une inclination pour les dessins. Il demeure stupéfait par les nouveaux dessins animés qui arrivent des USA. Pensez-donc, les dessins peuvent s’additionner et former un ensemble qui donne l’illusion d’une vie, sinon d’un mouvement. Wai Lai-Ming et son frère jumeau vont donc faire leurs débuts à l’âge de 19 ans, au département d’art de la Shangai Commercial Press. Même s’ils doivent se contenter de dessins qui paraissent dans les journaux, les frères vont tenter sans relâche, animés par leur passion, de comprendre afin d’animer leurs propres dessins. Ce fut une discipline longue et exigeante, mais les Wai étaient  réellement passionnés.

Leur premier essai date de 1922 avec un court métrage qui voit les péripéties d’une machine à écrire. Leur journal leur a avancé les fonds pour une telle réalisation, mais il s’agit encore d’un tâtonnement, et les frères connaissent quelques imperfections puisqu’il réinventent tout eux -mêmes ! En 1924, ils intègrent les films de la grande muraille de Chine où ils confectionnent enfin leur premier court métrage digne de ce nom, qui ne dure que 12 minutes, mais qui connaît un vrai succès en salles ! Les succès et les réalisations s’enchaînent mais il faut avoir en tête qu’il ne s’agit pas d’un rythme industriel, loin de là.

Les deux frères sont rejoints en 1938 par leur trois autres frères, ce qui nous fait là une belle fratrie. Mais Wai Lai-Ming demeure engagé politiquement, à gauche, et il réalise des œuvres anti-japonaise. Pour la première fois, le dessin animé cesse d’être une œuvre enfantine ou artistique pour demeurer politique ! Motivé par Blanche Neige, le premier grand film d’animation de Walt Disney (d’un autre bord politique !), Wai Lai-Ming tente désepérement de faire financer une œuvre du même calibre par les producteurs locaux. Mais la situation demeure extrêment difficile. Il parvient quand même, à force de malice, à réaliser la princesse iron fan, puis à concrétiser un second qui se nomme Havoc from heaven. Wai Lai-Ming devra cependant attendre 1950 à cause d’aléas économiques et politiques.

Après de grande péripéties, le premier court métrage en couleurs de Wai Lai-Ming sort enfin. Il se nomme Pourquoi le grand corbeau noir croasse-t-il ?. D’une durée de 10 minutes, ce court reprend l’intrigue d’un conte avec un corbeau (ou un paon) qui met le feu par inadvertance. Il s’agit d’un premier jalon de qualité pour l’animation chinoise, donc une référence.                        Wai Lai-Ming travaille dur lors de cette même période à sa grande œuvre, celle qui aura été permise par les instances du régime chinois afin de permettre à l’animation chinoise de briller sur la scène mondiale. Ce fut bien sûr le Roi singe contre l’empire céleste qui dure plus d’une heure. Wai Lai-Ming a les moyens grâce au régime chinois. Une kyrielle d’artistes de grands talents qui ne trouvent que comme unique débouché que d’intégrer cette production qui voit tellement grand, et haut en terme de qualité ! Le roi singe sera présenté sur la scène mondiale, et il s’agit indéniablement du triomphe de l’animation chinoise, qui peut non seulement damner le pion par rapport aux studios japonais (qui connaissent leur âge d’or, indéniablement) mais également par rapport aux américains qui n’ont pas atteint ce degré de qualité, il faut le reconnaître. Ce sera le triomphe pour Wai Lai-Ming, ainsi que l’œuvre qui lui assure la postérité. Mais hélas pour lui et pour l’animation chinoise, la révolution culturelle de 1966 vient stopper net cet élan artistique majeur. Wai Lai-Ming et les autres artistes de son studio ne pourront plus œuvrer, pendant longtemps. Tous sont pris dans les remous de l’histoire et Wai Lai-Ming devra remiser, avec une grande peine, tous ses projets à venir. Il meurt donc en 1997, mais il sera le père de l’animation chinoise de référence, et peut-être le père de la plus sublime œuvre d’animation tout court…



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Published by Bastien AYALA
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