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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 08:02

Batman est un personnage qui a une telle histoire, depuis 1940, qu’il a forcément des histoires qui sortent du lot, voire d’exception. Si les premières années furent celle de la création et de la mise au point du personnage ainsi que son univers, seul l’arrivée de Neal Adams et de Denny O’Neil lui donna des moments grandioses. Ceci se déroule à la fin des années 60. Les années 80 voient un apport indiscutable de Frank Miller qui hisse le personnage au pinacle. Mais entre temps, il y a donc l’apport de Steven Engelhart et Marshall Rogers qui demeure la référence pour les lecteurs de comics avertis.

L’ère de Neal Adams avait en quelque sorte mis fin à des années où Batman était clairement un personnage qui s’adressait aux enfants. De plus, la série télé du milieu des années 60, prestigieuse, semblait faire du personnage un justicier inoffensif voire un archétype qui ne contente que les enfants. Doublé par Marvel, les ventes du personnage chutaient et DC, sous l’impulsion de Carmine Infantino, reprit le personnage de Bob Kane en le dédommageant. Par un heureux concours de circonstances, Neal Adams arriva aux commandes du personnage et celui-ci eut le droit à des aventures sombres, parfois macabres où Batman reprit toute sa dimension de justicier avec des criminels réellement dangereux. L’ère Neal Adams a été mal traduite par Sagédition. Panini a tenté de traduire quelques aventures de The brave and the bold mais il semble que ce fut un succès modéré.

Après le passage de Neal Adams, Denny O’Neil continua le titre mais il s’était quelque peu essoufflé avec l’aide de dessinateurs comme Irvy Novik. Batman paraissait donc dans Batman puis Detective comics. La série qui nous intéresse est Detective comics puisque ce mensuel avait quand même le droit à quelque attention de la part des éditeurs de DC comics puisque Walter Simonson (au style impressionnant à ses débuts) était sur le titre.

Marshall Rogers fut donc adjoint à Steven Engelhart, qui venait de chez Marvel où il essuya quelques frictions avec sa direction. Un cas que ce Steven Engelhart, il écrit avec une forte dose de ressenti, sa patte en quelque sorte, où il s’applique à proposer une certaine personnalité aux super-héros ou alors les plonger dans un contexte intéressant. Steven Engelhart a fait une période mémorable sur Captain America, où il était suggéré que le chef des méchants aurait été…Nixon mais surtout sur Hulk. Hulk était un personnage qui était routinier puisqu’il se coltinait, mois après mois, un méchant aussi fort que lui. Steven Engelhart donna développa ses amis, dont Jim Wilson et donna du relief à ses ennemis, dont le retour de l’abomination, la fin de Mimic. Une poigné de numéros intéressants, qui contrastent avec le train train des aventures du géant de jade.

Pour son passage sur Detective comics, il rédigea ses scripts puis il partit en Europe. Il eut un choc quand il vit son accomplissement par Marshall Rogers, en quelque sorte des écrits sublimés par un dessinateur où quand la somme de deux artistes est supérieur à l’addition de leur compétence individuelle. Detective est à nouveau un titre haletant qu’il faut suivre car on est impliqué dans les péripéties de Batman. Il a fort à faire avec Clayface, puis le Penguin. Un politicien véreux nommé Thorne orchestre les médias contre lui. Un vieil ennemi nommé Hugo Strange, pas exactement lui mais son spectre, ce qui demeure un mystère de plus à dénouer. 

Le Joker s’invite dans la partie, et il n’aura jamais été aussi bien écrit. Le Joker se suffit à lui-même, on sait qu’il est imprévisible, explosif mais son traitement est généralement décevant, une sorte de gadget. Pourquoi un fou s’obstine-t-il à devenir un grand criminel ? Pourquoi faut-il qu’il soit cupide alors que la folie est tellement au-dessus de ces contingences ?

Steven Engelhart fera de lui un bouffon macabre et halluciné qui change le poisson en…lui-même ! Dans un brillant monologue, le Joker redoute que les gens ne mangent plus de poisson si son chantage ne fonctionne pas. Après réflexion, il se dit que la viande serait son prochain objectif. De plus, il tue sur une impulsion un de ses hommes de main, il est réellement imprévisible et tellement ingénieux. Ce traitement restera sans suite, hélas, suite au départ de Steven Engelhart.  Sur cet arc, les périples s’additionnent, ce qui laisse Batman perplexe tandis que Silver Saint Cloud a deviné qu’il était Bruce Wayne. Hugo Strange et Thorne sont de la partie et les intrigues se dénouent avec maestria. 

Marshall Rogers est à la hauteur des scripts de son collègue. Son interprétation de Batman sera un être massif, puissant qui se déplace avec art dans Gotham city. Marshall Rogers demeure si innovant que le décor met en valeur les personnages, les angles de vue sont audacieux et le lettrage occupe une place pour être réellement mis en valeur.
C’est presque un maître ou un artiste qui a le feu sacré.

Rogers et Engelhart font un travail comparable à Chris Claremont et John Byrne ( je trouve qu’il y a une parenté de style entre Byrne et Rogers) sur Uncany X-men : les titres sont diablement captivants, les intrigues font avancer les personnages qui connaissent une période créative dont le capital sera exploité par la suite.

Rogers et Engelhart se permettent même de réinventer le personnage de Deadshot, de le doter d’une armure pour ce personnage qui deviendra un des meilleurs vilains du DC universe, membre de Suicide Squad et plus récemment des Secret Six. Là encore, l’épisode est diablement réussi et le lieu de l’action est réellement inspiré, une exposition d'art moderne où les deux ennemis se poursuivent sur une machine géante à écrire.
Hélas le run de nos deux artistes est trop court, et ils ne seront réunis sur le personnage qu’en 2005, un gâchis de la part de DC qui tenait une équipe créative en or.

En France, le titre ne sera publié que dans 4 épisodes dans Batman poche 20 et 22, c’est à dire de manière anarchique, sans promotion particulière, ce qui donnera à ce run un caractère confidentiel alors qu’il est si fameux aux USA. En outre, aucun éditeur ne l’a republié par la suite, ce qui demeure quelque peu dommage. Car sur une série continue, Batman ne fut presque jamais aussi bien servi et que ces épisodes sont idéal pour intéresser tout novice ou lecteur dont le personnage n’est pas la tasse de thé…

Note : Un distingué et éclairé collègue, Niglo, a fait bien mieux que moi dans buzz comics en 2005, pour traiter à temps de la mort de Marshall Rogers. Je vous invite plus que fortement à lire la passionnante chronique de Niglo dont les renseignements et les illustrations sont de tout premier ordre. Bravo à lui !

 

 

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Published by Bastien AYALA
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