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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 08:00

Brian Michael Bendis avait donc du mal pour se faire remarquer, beaucoup de mal. Sa carrière vivotait et les rentrées d’argents promettaient des lendemains difficiles. Sa première œuvre, Jinx, dont il a assuré lui-même les dessins et le scénario, lui a rapporté en premier versement la somme très modique de 144 $ ! Une broutille qui frise l’insulte !

Aussi, Brian Michael Bendis se doit de frapper un grand coup pour enfin se faire remarquer car plus les années passent, plus son rêve s’éloigne. Ce sera donc Torso qui, contrairement à ses autres œuvres, sera adapté d’un fait réel qui n’a guère été exploité jusqu’alors, une aubaine.
Le fait réel en question est réellement incroyable : le plus grand policier de légende des USA est confronté au premier tueur en série de recensé ! Ni plus ni moins.

Eliot Ness avait donc combattu la corruption à Chicago où Al Capone était notoirement en cheville avec les autorités de la ville. Il faisait la pluie et le beau temps, que ce soit dans les bas fonds ou dans les hautes sphères de la ville. Une anomalie qui était devenue trop voyante dans cette Amérique de la crise de 1929.
Eliot Ness est né en 1903 de parents norvégiens. Après des études de droit qui le mena à travailler comme enquêteur dans des compagnies d’assurances, il reprit ses études pour la criminologie. Ce second cursus le mena donc à Chicago où il y avait du travail à abattre, et par la même occasion des truands. Edgar Hoover chargea deux équipes de coincer Al Capone : Ness eut la responsabilité du volet fiscal.

Il eut une équipe de 50 hommes sous ses ordres puis il en retint 9, ce furent les fameux incorruptibles. Après avoir détruit les distilleries de A.Capone, avoir échappé à de nombreuses tentatives de meurtres, Ness permit à ce que al Capone soit condamné à 11 ans de prison. Auréolé de gloire, il fut nommé à Cleveland en 1935 alors que la prohibition prenait fin et il avait encore à purger la ville de la corruption qui y régnait, mais aussi à lutter contre ce fameux tueur en série…
Brian Michael Bendis assure le scénario et les dessins. Mais il est aussi aidé au scénario de Marc Andreyko pour le scénario. Il est vrai que l’intrigue repose sur une certaine reconstitution historique qui demande une certaine rigueur, sous peine de se faire huer par la critique sans que celle-ci ne traite de l’histoire.

Eliot Ness arrive donc à Cleveland où il hérite du poste de responsable de la sécurité publique. C’est le maire qui a fait appel à lui et, encore une fois, Ness fait si consciencieusement son travail que la mairie se sent en danger !
Mais un problème plus grave, ou du moins plus retentissent, survient : un tueur en série tue de la manière la plus ignoble qui soit en ne laissant de ses victimes que des morceaux de corps, voire les torses. Il sera donc nommé Torso.
Eliot Ness se doit de relever cette affaire. Il a la pression du maire, qui est ravi que Ness mette toutes ses forces dans cette affaire au détriment de la corruption. Les journaux créent une véritable psychose et la population est affolée.

Mais le problème demeure qu’il s’agit d’un tueur d’un genre nouveau pour lequel il n’existe aucun type de méthode d’enquête. D’ailleurs, ces méthodes pour appréhender un tueur d’un genre nouveau sont encore à créer.
Eliot Ness fait ce qu’il peut mais il peine, énormément.
Il réunit une équipe réduite qui sera nommée les inconnus, afin de ne pas s’exposer inutilement aux médias. Mais le tueur continue à pratiquer ses crimes et les inconnus peinent réellement à trouver une piste exploitable. Les répercussions sur la carrière de Ness ainsi que sa vie privée se font de plus en plus néfastes… 

Un contexte solide permet déjà de poser de belles bases au scénario. Mais Brian Michael Bendis fait bien mieux. Si la participation de Mark Andreyko demeure à déterminer avec soin, on peut cependant opiner que Brian Michael Bendis  s’est approprié tout le récit avec maestria que ce soit dans le scénario : Ness apparaît comme un type normal qui n’a pas la carrure d’un super flic mais plutôt comme un policier pour qui les méthodes constituent une part importante qui garantit le résultat.

En outre, le dessin demeure le point fort de Torso. Non que Brian Michael Bendis soit un dessinateur exceptionnel qui a un style qui en mette plein la vue comme la référence ultime, Steranko ou même Frank Miller (son émule le plus reconnu), mais en l’occurrence le dessin sert parfaitement le récit. Comme un vrai metteur en scène, Brian Michael Bendis trouve des idées de mises en pages graphiques dans chacune de ses scènes qui demeurent, pour certaines, des petites trouvailles absolument remarquables. Brian cisèle ses scènes dans des mises pages audacieuses qui tendent à tirer parti au maximum du support du neuvième art. Ses descriptions des cadavres sont à la fois réussies mais elles s’impriment dans notre mémoire. Du grand art sinon une expérimentation aboutie !

Brian Michael Bendis tire parti du collage de certaines photos d’époque, des fiches de police qui permettent d’authentifier son récit. Mais son utilisation de sa mise en page est géniale : il distille une chorégraphie pour certaines scènes, dont celle de la découverte d’un cadavre, avec une maestria remarquable. Le lecteur, s’il est disposé, peut ressentir un certain vertige à la découverte du cadavre.

En outre, les champs de profondeur sont remarquablement bien mis en valeur et Bendis use avec inspiration du noir, du blanc et même du gris pour s’approprier des volumes, privilégier une chorégraphie ou des angles incroyables qui font de la plupart des pages de Torso une œuvre à la fois maîtrisée, ambitieuse par son approche et réussie par ses expérimentations abouties ! Une grande oeuvre diablement réussie qui permettra à Brian Michael Bendis d’obtenir le prix Eisner du meilleur espoir en 1999.

Cela lui permettra d’être remarqué par les professionnels du milieu et donc de voir sa carrière progresser spectaculairement.

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Published by Bastien AYALA
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