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25 octobre 2008 6 25 /10 /octobre /2008 08:01

La grande frousse demeure une bonne cuvée de Jean-Pierre Mocky. J’entends par bonne cuvée , et il y en a beaucoup chez Mocky, qu’il s’agit d’un film fort agréable à regarder, que le ton du film est tantôt badin, tantôt sombre et que l’on passe un excellent moment.
Retour sur un film qui a connu quelques difficultés lors de sa sortie…

La cité de l’indicible peur est tout d’abord une adaptation du fameux Jean Ray. Un fameux écrivain belge mais surtout un type au parcours incroyable puisque Jean Ray aura vécu de quoi remplir quelques vies avant qu’il ne se mette à écrire. Son œuvre la plus fameuse est Malpertuis et, c’est assez singulier, Jean Ray était assez doué pour décrire des ambiances qui tendent vers le gothique.

La cité de l’indicible peur demeure assez couillu de la part de Mocky puisque le matériau de base, le roman, a la réputation d’être assez difficile à adapter, notamment en ce qui concerne les ambiances puis le ton du récit lui-même.  Mais Mocky s’en sort extrêmement bien en ce qui concerne l’ambiance, on a vraiment l’impression de vivre dans une ville fantomatique, et pour cause…

Dans la petite ville de Barges, un monstre rôde la nuit et terrorise absolument toute la population. C’est bien simple, plus personne ne se risque à sortir la nuit et la ville devient de fait une ville morte où tout le monde a peur de tout.
C’est dans ses conditions assez spéciales qu’arrive le personnage joué par Bourvil, Triquet. Alors que son collègue et lui cherche un dangereux bandit, ils doivent choisir au début du film chacun un village. Avec sa bonhomie et son air emprunté, Bourvil hérite de Barges.
Conformément au type de rôle auquel il est habitué, il ne comprend guère pourquoi la ville est prise de panique, il pense que ce doit être à cause de son bandit, et il va tout faire pour l’arrêter, en ayant vaguement conscience qu’un monstre mythologique rôderait ici ou là.
Le maire, joué avec le brio habituel de Jean Poiret, est trop heureux d’envoyer ce représentant de la justice tombé providentiellement dans sa ville, où décidément, tout le monde suspecte tout le monde.
Le policier finira par trouver le monstre, en fait un pauvre quidam qui prenait son pied à terroriser son monde, mais sa capture soulève d’autres problèmes, d’autres meurtres se produisent et on ne plus maintenant suspecter le monstre.

Un solide scénario, où personne n’est réellement ce qu’il semble prétendre être, une intrigue à deux niveau, la cité de l’indicible peur est une réussite dans sa partie.
Mocky semble à l’aise en ce qui concerne l’adaptation de ce roman, réputé pourtant très difficile à réaliser, et il alterne le burlesque et la tension.
Ce qu’il y a de meilleur, à mon sens, dans la cité de l’indicible peur, c’est que des décors typiques de petits villages de province, que nous avons tous connus, sortent de leur affligeantes banalités pour devenir sombre, magique voire mystique. C’est cela la qualité principale de cette adaptation au sens fantastique : Mocky a su faire jaillir l’irréel du banal, l’exception du quotidien avec astuce. C’est pour cela que la cité de l’indicible peur est un film qui consacre l’un des nombreux talents de metteur en scène du cinéaste Mocky, décidément à l’aise dans tous les genres.

Pour en revenir au film lui-même, il est à déplorer que Jean Ray est mort l’année même où le film fut fait, 1964 et que les producteurs causèrent quelques soucis à Mocky. Le film ne se nomma pas lors de sa sortie la cité de l’indicible peur mais un titre plus benêt, la grande peur.
Il est vrai que le ton du film, de par la présence de Bourvil, était plus léger alors que Jean Ray avait écrit une œuvre plus sérieuse. Mais sans cette concession, le film ne se serait évidemment pas fait… Mais lors de la p rojection destinée avec le producteur, celui s'est plaint du film et à même traité certains acteurs de ringards. Mocky lui a sauté dessus et il s'en est suivit un pugilat ! Mocky, avant de lui sauter dessus, lui a dit en substance : "on ne badine pas avec les artistes !"

Ainsi la grande frousse est ressortie 8 ans plus tard. La grande frousse fut un échec commercial et critique lors de sa sortie initiale. Devenue la cité de l’indicible peur, doté d’un nouveau montage, le film devint un succès critique et public ! Mocky, rusé et habile, a racheté les droits du métrage et il s’est offert une belle revanche qui démontre surtout la versatilité des critiques !

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Published by Bastien AYALA
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