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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 08:00

Dans le début de sa carrière chez Marvel, enfin parmi les projets qu’il peut vraiment imposer, Brian Michael Bendis s’investit réellement avec Alias. Il s’agit pour la forme d’un polar, il n’y a pas de doute mais Brian Michael Bendis doit composer avec une donnée essentielle qui paraît quelque peu contradictoire : y mêler un super héros !
Alias paraît dans la fameuse collection Max. Le lancement de ce type de division éditoriale est toujours une chance pour les débutants ou pour les projets qui sortent quelque peu du lot : l’éditor a toujours besoin de projets en masse sachant que seuls une petite poignée sont appelées à survivre.

Alias part sous de mauvais auspices : Brian Michael Bendis voulait le personnage qu’il affectionne le plus et qui est hors de la circulation depuis pas mal de temps : Spider-Woman I.
Brian Michael Bendis en était tombé amoureux depuis un annual d’Avengers au début des années 80 et depuis, il n’a de cesse d’avoir des rendez-vous manqués avec ce personnage.

Justement Alias en est un, et pas un des moindres.
Il était clairement prévu que le personnage de Spider-Woman devait être l’héroïne avec un postulat intéressant : qu’est-elle devenue après toutes ces années d’activité et comment a-t-elle occupé son temps ?
Une trame assez intéressante, qui permet à la fois de développer le caractère de ce personnage mais aussi de combler des zones d’ombres, ce qui représente de l’or pour un scénariste inspiré !
Mais Marvel frappe à nouveau, dans l’incohérence la plus totale.

Oui Brian Michael Bendis peut entreprendre cette série mais non, on laisse de côté le personnage de S-W pour un éventuel come-back. Brian Michael Bendis se trouve donc dans une position peut enviable : il faut réécrire ses scripts avec ce gros handicap. Ce sera donc Jessica Drew et non plus Jessica Jones. On est chez Marvel après tout et il s’agit juste d’une décision éditoriale inapte, une de plus !

Jessica Drew était donc une héroïne qui aurait côtoyé les Vengeurs.
Ne cherchez pas, elle n’est pas apparu avec Alias même si j’ai suspecté un moment qu’elle fut Diamonback, une petite amie de Captain America (sauf erreur de ma part sur le nom !).
Pour le reste, Jessica Drew est devenue détective privée.

Il ne s’agit pas du meilleur métier mais cela lui permet à la fois de se tenir en équilibre entre une activité d’aventurier et le monde civil, et ses inconvénients.
Justement, elle rencontre de vraies difficultés qui l’éloignent de plus en plus de sa vie « d’avant » que l’on suppose plus dorée : ses enquêtes sont minables, ses clients méprisants et les flics lui causent des soucis à l’occasion.
La première affaire qui lui est confiée nous ramène dans l’univers du polar, ou plutôt ses bases et ces codes tels qu’ils ont été conçus dans les années 40 et qui semblent être des poncifs obligés.

Une femme vient la trouver pour avoir des nouvelles de sa chère sœur qui semble avoir disparu. Elle engage donc notre privée qui va la trouver. La version de « la sœur » ne colle pas avec ce que Jessica va trouver puisque la femme en question va se livrer à des ébats privés avec…Captain America !
Mais, il s’agit là encore d’un cliché, la femme se fait tuer et la police arrête Jessica. Celle-ci a filmé la scène et ne veut pas, en aucun cas, compromettre Captain America. La K7 devient un enjeu intéressant, un dilemme en fait, va-t-elle s’innocenter en dévoilant son contenu?

Mais surtout, qui tire les ficelles dans l’ombre et quels sont les intérêts en jeu ?
Alias prend donc la forme d’un polar, incontestablement. Mais l’univers dans lequel Jessica évolue est bien celui de Marvel. Brian Michael Bendis réussit le tour de force de tirer parti avec talent des mécanismes du polar pour présenter un versant intéressant et excitant du Marvel Universe. Pour une fois, il est crédible, on s’affronte pour des sourdes luttes d’intérêts en se livrant des guerres d’influences. Les super-héros ont une vie sexuelle, des humeurs et ils commettent des lâchetés. Bref, ils paraissent enfin crédibles.  

Brian Michael Bendis cisèle une intrigue avec maestria. Le coup de maître de Torso n’est pas dû au hasard, Bendis maîtrise tous les rouages de l’intrigue et, il s’agit du summum de son talent, les dialogues sonnent juste et il permettent de diluer l’action. A la limite, on pourrait même croire que les dessins et la mise en page sont là pour mettre en valeur les dialogues tellement ils sont important à la fois pour faire avancer l’intrigue mais aussi pour rendre crédible les personnages et impliquer le lecteur dans l’histoire.
Il s’agit, encore une fois, d’un vieux truc du polar, dont Brian Michael Bendis doit décidément être un vieux fan.   

Alias est donc une réussite, couronnée non par un prix Eisner mais bien deux ! La série, dont je n’ai relaté que le premier arc, ne durera que 28 épisodes. Michael Gaydos, le dessinateur, sert avec talent les scénarii toujours inspirés de Brian Michael Bendis et la fusion textes/dessins est totale. Une réussite sans appel qui permet enfin à Marvel de proposer autre chose que du super-héros. C’était la volonté de Bill Jemas, gourou éphémère un brin allumé qui voulait secouer le nerd de base. Alias était donc voué à une existence tout aussi éphémère puisque Jemas s’est fait mettre à la porte avec perte et fracas.
Dommage, car même si on ne peut pondre 100 épisodes de cette trempe d’affilés, Alias vaut quand même sacrément le coup tellement on sent que Brian Michael Bendis est dans son élément !

 

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Published by Bastien AYALA
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