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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 08:09

Litan raconte l’histoire de Jock, un géologue, et de sa campagne Nora qui se rendent à la cité montagneuse de Litan. Litan est une belle ville, un village ancien, qui n’est clairement pas situé géographiquement. Il pourrait s’agir d’un petit village reculé dans un coin des Alpes, comme d’ailleurs. Or, on fête les morts et justement, un événement survient : suite à un affaissement de terrain, de mystérieuses lueurs vertes apparaissent dans le torrent qui se déverse dans le village de Litan. D’apparence anodin, le comportement des  premiers exposés se revèle vite sanglant, une perturbation majeur du comportement des « exposés » qui sont guidés par des pulsions homicides. Pire, ils ne semblent plus avoir de raisons, ni même de but. Alors que l’épidémie se répand rapidement, très rapidement, les autorités sont submergés et  il ne reste qu’une seule solution : fuir ce piège mortel qu’est devenu Litan !

Litan se caractérise selon moi par un point faible et un point fort : Litan semble avoir une faible structure et le déroulement des événements paraît un rien anarchique. Ainsi il faut quelque peu s’investir pour comprendre la progression de l’histoire. Mais cette relative structure éthérée lui donne une grâce, une poésie qui font de Litan un film somme toute assez subjuguant. Le rythme flotte quelque peu, les personnages secondaires ne m’ont pas paru bien campés mais la cité, Litan, est fabuleuse.

D’une ville pittoresque, qui a un cachet certain, Jean-Pierre Mocky  parvient à lui conférer une dimension fabuleuse, une cité du cauchemar qui sort d’un onirisme somme toute inspiré. C’est un des traits de génie de Jean-Pierre Mocky , qui ne me semble pas assez reconnu, pouvoir transfigurer un décor banal en lui restituant une magie et une tonalité marquante.

C’est à Annonay, dans l’Ardèche, qu’a été filmé Litan. Un cadre intéressant, qu’il fallait découvrir et mettre en valeur.

Mais Litan vient d’un souvenir personnel de Jean-Pierre Mocky, de sa Slovénie natale où il voyait, enfant, certains rites ou coutumes particuliers, dont les feux follets et la cérémonie pour les morts. Jean-Pierre Mocky  a donc excellé à nous restituer ce cadre fantastique, qui demeure un des plus beaux du cinéma français.

En outre, Jean-Pierre Mocky  a eu 4 co-scénaristes, dont le remarquable Jean-Claude Romer.

Jean-Claude Romer est un très grand cinéphile de la culture populaire, ami de Mocky, mais aussi collaborateur à la télévision de Pierre Tchernia. Il a co-fondé le fameux Midi Minuit Fantastique. Autorité dans le domaine du cinéma, Jean-Claude Romer a su, et je le porte au pinacle pour cela, considérer le genre fantastique comme un genre à part entier et non comme un sous genre à peine digne d’intérêt. Rare furent ceux qui pensaient comme lui et il a contribué à la reconnaissance du genre. Je vous ai présenté ou remis en perspective la carrière de Francis Lacassin, Jean-Claude Romer m’apparaît de la même trempe.


Revenons à la structure de Litan, le film voit donc ses personnages principaux tenter de sortir de ce piège de dédales qu’est devenu Litan. Un piège mortel où la mort cherche à se réincarner dans le corps des vivants dans une confusion funeste. Jock et Nora vont tenter de s’échapper de là, de s’extraire de ce piége mortel comme les protagonistes des révoltés de l’an 2000 mais une surprise de taille les cueillera au terme de cette course pour la survie. Un des éléments qui est intéressant, est qui n’a pas de réelle fonction demeure les musicien qui sont en quelque sorte les gardiens des lieux qui suivent à la trace Jock et Nora. Ils ne sont pas agressifs mais ils semblent incarner le spectre de la défaite, une présence irréelle et de fort mauvaise augure, des corbeaux maléfiques. Encore une fois, ils renforcent le cachet oppressant de Litan et ils sont une habile manifestation de la malédiction et aussi un élément de décor : un détail marquant, une fort belle idée de plus.


Je vous incite donc à découvrir Litan, la cité des spectres verts comme une œuvre singulière, qui n’a nulle autre pareille, et qui est réellement fantastique : c’est-à-dire qu’elle développe son propre imaginaire, ce qui est rare dans un genre où les idées se recyclent ou se recroisent assez souvent ! Et si c’était finalement cela l’essence même du genre fantastique : nous laisser à nous, spectateurs-lecteurs, suffisamment d’autonomie pour que nous fassions nous-mêmes notre propre représentation active de l’œuvre avec notre imaginaire ? Après tout, combien de films stimulent et développent notre imaginaire, le laissant déborder et jaillir ? En tout cas, pas les films de majors américains fort convenus !



Note : Voici le début de Litan qui pose le cadre de la cité et qui annonce en rêve ce qui va suivre. Laissez-vous émotionnellement guider dans ce voyage de l’iréel.


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Published by Bastien AYALA
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