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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 16:10

2ème partie

Justement, Jean-Pierre Mocky est obligé de demeurer son principal agent, son producteur et son meilleur promoteur, quelle gageure !

Excellent gestionnaire, Mocky a racheté la plupart des négatifs de ses films qu'il loue aux chaînes cablées ou les grandes chaînes ( le cinéma français semble se limiter aux mêmes 50 anciens films sur TF1 et France 2).

Il raconte donc dans son dernier livre qu’il se rend à ses festivals, parfois modestes, pour présenter lui-même ses films au public. Un peu le même circuit des producteurs de fruits qui se passent des grosses chaînes de distribution et qui vont livrer leurs produits directement chez les gens, sans intermédiaires omnipotents.

Mocky raconte d’ailleurs avec astuce qu’il renoue en cela avec les débuts du cinéma où les forains achetaient les films et allaient de ville en ville pour projeter les films devant un public ébahi. Il s’agit d’une liberté mais aussi d’un chemin de croix pour un tel cinéaste qui est fort mal respecté en cela et qui n’a toujours pas déposé les armes. Quelle combativité !

Dans le livre que je vous ai présenté, cette fois je flingue, Jean-Pierre Mocky raconte qu’il n’a pratiquement jamais eu de reconnaissance officielle : pas de Ceasar ou autre distinction cannoise. Sur ce dernier point, Jean-Pierre Mocky tacle avec malice et férocité Gilles Jacob, l’éternel président du Festival de Cannes. Pour vivre au-dessus de Cannes, je peux vous certifier que je ne vais plus à ce « festival » qui demeure le mont Olympe du Cinéma. LA dernière fois, j’ai bien croisé des « producteurs » et leurs amies habillée comme si elles allaient à un bal de Walt Disney et que elles-mêmes en étaient LA Cendrillon. Excités, la bave aux lèvres, je leur ai donc demandé quel était cet événement mondain qui les faisait tant frémir : ce fut assez ridicule quand un de ces « producteurs » m’avoué que c’était pour l’avant-première, « mondiale » de Schrek 2 ! L’année dernière, y-avait-il Kung –fu Panda ?

Jean-Pierre Mocky n’a donc jamais été honoré comme il se doit, son statut dans le cinéma français, par les critiques officiels demeure celui d’un outsider, d’un franc-tireur que l’on invite de temps en temps sur un plateau télé comme « bon client », celui qui va râler et que des crétins de journalistes en cinéma vont se foutre de manière indirecte.

Jean-Pierre Mocky avoue qu’il est parfois bien obligé de passer par ce cirque médiatique. Je rappelle qu’une nullité de journaliste a quand même osé demander à Jean-Claude Brialy pourquoi il écrivait ses mémoires alors que celui-ci était marqué par la maladie. Ce dernier, impérial jusqu’au bout, lui a répondu qu’il en éprouvait le besoin.

Est-ce que ce même journaliste est pétri de honte ?

Jean-Pierre Mocky, donc, a un statut à part. Il n’est pas sanctifié par les Critiques officiels, et le grand public, dans sa plus large acception, ne l’a pas encore assimilé à un de nos plus précieux réalisateurs en activité.

Comble de l’ironie, Jean-Pierre Mocky raconte dans son livre que la collection DVD qui lui est consacrée, les jaquettes illustrent depuis le début de ces articles la plupart de ses films, valent pour lui toutes les récompenses du monde…

Quelle désolation que l’on ne le fête pas comme il le mérite et qu’il soit obligé de se contenter d’aussi peu ! Il est satisfait que la collection, qui n’est pas disponible partout et qui mérite de faire un petit effort pour que l’on puisse la trouver, ce n’est pas la dernière bouse à l’américaine qui est vendue partout et simultanément, s’est quand même vendue à plus de 350.000 exemplaires. Jean-Pierre Mocky raconte que des gens lui écrivent pour lui dire qu’ils se cotisent pour en acheter ou alors qu’ils se les prêtent. Bref, il s’agit d’un mouvement spontané qui est appelé à s’amplifier, qui ne doit rien à la « puissance » des médias mais qui vient bien de l’attachement et de la reconnaissance du public qui, quelque part, ne suit pas l’avis de tous ces officiels prescripteurs de nos goûts.

Alors que penser, in fine, de l’œuvre de Jean-Pierre Mocky ?

Elle est diverse et incroyablement variée, dans tous les genres.

Elle constitue un panthéon pour beaucoup d’acteurs artistes français.

Certains de ses films sont assez marquants, je me suis rappelé en avoir vu deux qui, gamin, m’avait quand même marqué et que j'ai été étonné de découvrir qu'ils étaient de lui.

Et bien je pense pour ma part que les films de Jean-Pierre Mocky peuvent s’apprécier comme une collection de grand classiques comme du Molière. On se doit de les lire, ils contiennent des sacrés morceaux d’anthologie bien qu’ils soient de niveaux divers, avec de très bons, des bizarres et très peu de moyens. On se les passe de mains en mains, dans la famille et les amis et on en discute encore des années et des années après, en se disant que, après tout, c’est vachement bien et que le type qui les a fait était un sacré gars.

Voilà donc comment j’appréhende Mr Mocky, un cinéaste à qui il ne mérite pas grand chose pour être culte, classique comme ses œuvres qui vont défier le temps pour des générations et des générations.

Mais au fait, quel beau parcours vous avez fait depuis votre naissance à Nice en 1929, cher Monsieur Jean-Paul Adam Mokiejewski, je pense que la postérité vous attend.

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Published by Bastien AYALA
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