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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 08:00

4ème partie : Zénith et chute !


En 1988, Jim Shooter est congédié de chez Marvel. Les créatifs respirent, de même que les éditeurs, et certains rentrent au bercail comme John Byrne. Le remplaçant se nomme Tom De Falco. Il s’agit d’un New-Yorkais pur jus qui a commencé dans les comics d’Archie. Puis il intègre le giron comme éditeur de Marvel et accède enfin à Spider-man, la figure de proue de Marvel qui n’est dépassé en popularité que par les X-men.


De Falco arrive donc pendant 2 ans aux destinées d’Amazing Spider-Man. C’est un grand titre, un des deux premiers avec les F.F qui ont assis la notoriété de Marvel. Le problème est que depuis l’ère Gerry Conway/Ross Andru, il n’y a rien de vraiment passionnant. Certes, il y a eu l’époque Roger Stern/John Romita Jr de bonne facture, mais rien de vraiment haletant.

De Falco ne va pas relever le niveau non plus, il va faire du moyen (ce qu’il sait faire au summum de ses capacités), mais cela reste moins pénible que ce qu’il fera par la suite.

Son meilleur travail demeure le Machine Man 2020 dessinée par Herb Tremp et Barry W. Smith. Cette mini-série propose une anticipation intéressante du futur ainsi que l’introduction d’un descendant indirecte de Iron Man : son neveu Aaron Stark. Je vous recommande de lire cette mini-série qui recèle une certaine imagination et un enjeu intéressant.

Il bénéficie de l’ « aura » Secret wars, c’est à dire un costume symbiote dont il ne fera rien de bien précis, preuve qu’il n’a pas d’idée géniale. Il nous intéresse au personnage nommé Puma mais celui-ci ne survivra pas au changement de scénariste. Mais comme il n’y a pas grand monde sur la place, que Marvel ne sait guère attirer les créateurs, concevoir en terme de sang neuf, alors Tom De Falco est considéré comme bon. Notons que la période Mac Farlaine/David Micheline sera elle, assez excellente et fort savoureuse, et donnera naissance au dernier grand personnage de Marvel :Venom !


Shooter part, et les cadres regardent dans leurs rangs afin de choisir celui qui sera assez consensuel pour ne pas faire de tumultes avec les exécutifs et être assez conciliant avec les créatifs. On choisit donc le brave De Falco.

Il bénéficiera d’une aubaine incroyable, le marché explose pour atteindre certaines pointes à  1 million d’exemplaires ! Les leaders sont les X-men et le Punisher. Tous les deux sont les œuvres de vrais créatifs, Chris Claremont et le pas assez estimé Mike Baron !

Le marché explose et une nouvelle génération de stars point : il s’agit de noms magiques comme MacFarlaine, Jim Lee, Rob Liefield et Silvestri qui relèvent des stars comme George Perez et John Byrne.

Ils sont installés à des séries phares et les tirages sont historiques pour les X-men 1, X-force 1 ou le premier Spider-man. Au-delà du million d’exemplaires !

Bref, le marché semble être tiré par le haut, de manière automatique et quasi-exponentielle.

Il est vrai que Dc semble à  la traîne depuis le renouveau de Crisis. Le sensationnel se trouve chez Marvel et la nouvelle génération pré-citée apporte un buzz ainsi qu’ un nouveau souffle aux comics. C’est même l’intrusion d’un merchandising qui se développe de manière décomplexée :on a 5 couvertures pour un même comics, certaines couvertures sont « glow-in-the dark » (pour ma part, j’aime beaucoup !) et même l’invasion des trading cards dans les comics. Tout va bien chez Marvel qui est au summum, et De Falco fait l’unanimité. Ainsi on peut être un créateur moyen, voire médiocre, et un éditeur qui capitalise le potentiel de son staff en le bridant pas trop, tout en  paraissant visionnaire. Mais cette faculté va prendre deux coups dans l’aile, deux gros.


Tout d’abord , la bande des 7 va chez Malibu, l’explosion du marché va susciter plein de firmes (Vaillant, Malibu…) qui veulent devenir calife... Je rappelle que les 7 sont quand même Jim Lee, Todd Mac Farlaine, Marc Silvestri, Eric Larsen ou encore Jim Valentino.Les 7 vont créer Image avec en filigrane une revanche sur les droits d’auteurs que Marvel spolie depuis des décennies. L’excitation est à son comble, et des légions de fans vont attendre le renouveau du comics ultra-hot qui connaît une croissance jamais vue !


Et pour Marvel sous la tutelle de De Falco, comment on résiste ?

Mal, très très mal. On a laissé filé Chris Claremont qui a développé et façonné les X-men depuis 1976 pour en faire un volume de vente vraiment incroyable dans de nombreux titres avec une cohérence unique. Sur un motif idiot et l’entêtement d’un autre éditeur, Bob Harras, l’étoile créative de Marvel s’en va. Celui qui a insufflé une vie ou un semblant d’existence à ces personnages (voire ses personnages) n’a pas la moindre reconnaissance de la part du staff, édifiant !

Idem pour le Punisher qui devient subitement moins intéressant après la défection de Mike Baron après 5 ans, on revient à un personnage mal caractérisé et à une formule sans âme…

Mais la formule magique dictée à De Falco est la multiplication des titres par familles, comme les petits pains. Mais vous savez ce qu’on dit de la confiture et de la culture, plus on l’étale moins on en a… Or il n’y pas de plus-value créative mais juste un clonage maladroit des titres, des personnages et des concepts. C’est ainsi qu’on a le droit à US agent, War machine, ThunderStike. Que les X-men sont rationalisés jusqu’ à la moindre parcelle de personnages laissé en jachère par Claremont pour recevoir son titre et augmenter les profits. En clair, la réponse de Marvel est quantitative pour occuper la place sur les étals des marchands que convoitent ses concurrents. Elle est loin la période de créativité la plus intense de la firme en 1963. Le résultats commerciaux sont mauvais, de plus en plus.

La politique est au crossover à foison, à l’indigestion même. On aboutira à des sagas qui, à mon sens, sont de violents poisons contre l’intérêt ou la substance des personnages, comme la saga des clones mais surtout Maximum Carnage, qui ruine le côté sain et innocent des comics.


Notre brave Tom est pris dans la spirale car nul n’a de vision à long terme. Lui-même se pique à l’essai créatif car il reprend les F.F avec Paul Ryan. Voilà une équipe qui est rigoureusement identique en terme artistique, l’un dessine comme l’autre écrit : en incarnant à eux seuls la notion de médiocrité.

Les péripéties sont nulles, les dessins pénibles et datés, le juste alliage du MacDonald et du comics. C’est à mon sens le symbole de la patte DeFalco : la médiocrité vendue comme évènementiel qui fait fuir les lecteurs et obère l’attrait des personnages.

Le problème, c’est que De Falco était fier de son « œuvre » où il pensait rendre hommage à son maître Stan Lee. C’est comparer une bonne sauce à un bouillon sans saveur dont on doit finit péniblement tout le bol. Superman meurt en 1992 et tout le monde pense un moment que c’est pour de vrai, De Falco « supprime » Red Richard dans une histoire si pauvre que personne ne doute qu’il va revenir. Vous pensez que Steve Rogers est vraiment mort ? Ne craigniez rien. Un film en préparation et il reviendra vaillant pour l’occasion.

Mais le marché s’effondre subitement car les petits génies qui achètent en masse pour faire des profits vont voir ailleurs et le marché implose violemment pour se transformer un crack.

Je vous recommande très chaleureusement une excellente interview parue dans Scarce où l’interviewer lui pose des questions fort judicieuses que Tom élude en disant ne pas voir le problème. Un interviewer visionnaire qui prédit à Tom ce qu’un iceberg est devant lui mais le capitaine regarde ailleurs, un grand moment !


En ce qui concerne les ères ou les époques, celle de Tom est passée et c’est Bob Harras qu’on appelle à la barre pour redresser le navire dans un contexte où des centaines de milliers de lecteurs s’en vont chaque année.

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Published by Bastien AYALA
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