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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 08:11

3 Le cover-artist


Adam Hugues ressort quelque peu essoré de ce long run. Produire 22 pages par mois et la couverture demande une grande productivité, certains l’ont et s’adaptent très bien (citons John Byrne) mais d’autres ne s’y feront jamais (Travis Charest, Brian Bolland, Arthur Adams). Même si tous y sont passés pour leurs débuts, certains rechignent à s’y frotter de nouveau, et Adam Hugues sera de ceux-là ! Il commencera un autre job connexe aux comics : les couvertures ! Il s’agit là d’une rémunération fort intéressante qui permet de donner à une série une identité graphique, mais aussi un repère autre que le contenu. Ainsi, Wonder Woman sera longtemps identifiée, durant la dernière partie de son volume 2, aux prouesses graphiques de Adam Hugues. Pour la petite histoire, Mark Chiarello vient le consulter après le run de John Byrne en lui demandant, éventuellement, si il pouvait faire le cover artist. Adam répondit que oui, ça l’intéressait. Or cette aventure dura 4 ans et demeure une référence graphique à  propos de Wonder Woman.


Même si celles-ci sont indépendantes des histoires, pour causes d’inepties éditoriales, elles nourrissent amplement la notoriété du titre. Mais il y a de nombreuses autres covers produite par Adam, citons Ghost chez Dark Horse (où il aura  dessiné l’intérieur) qui demeure un jalon dans sa carrière, puis Lara Croft dans sa série liscenciée à Top Cow (démarrage en trombe, fin passée inaperçue ce qui est typique de ce studio). Ainsi, il travaille de manière ponctuelle ou parcimonieuse pour quasiment tous les éditeurs (Harris, Dark horse, Wildstorm, Dc, Marvel, Top Cow ). Adam Hugues a quand même dessiné un segment du crossover Wildcats/X-men. Cette rare prestation graphique ne fait pas pâle figure para rapport aux autres talents de cette aventure éditoriale(Travis Charest ou encore Jim Lee). Il demeure très coté, et il se spécialise en femmes puisqu’il est éblouissant pour les montrer sous leurs meilleurs atours. De son propre aveu, il sait faire autre chose, mais on lui demande régulièrement ce type de travail. Mais, il a d’autres atouts, comme celle d’offrir une identité à une collection. Ainsi, quand Stan Lee participe à un événement (ce qu’il réussit le mieux), pardon, à une ligne de comics nommée Stan Lee‘s just imagine, Adam Hugues fait des merveilles avec les couvertures qui donnent un ton, une emprunte reconnaissable parmi mille, la cerise cuivrée sur un gâteau, en quelque sorte. Mais notons quand même que Adam Hugues fait parti du studio gajin basée à Atlanta, ce studio de dessinateurs artistes regroupe des talents émérites qui ont donné de belles prouesses visuelles aux comics. Brian Stelfreeze, Cully Hammer, Mike Wieringo, Karl Story, Dave Johnson, parmi tant d’autres ont tous participé à ce studio ou y sont encore. L’avantage permet d’intégrer les nouveaux venus, leur donner du travail (décor, assistanat) pour apprendre et trouver leurs marques puis de les proposer à l’industrie grâce aux contacts des plus connus.  Adam Hugues y restera de 1991 à 2004.

4 L’évolution de son art


Adam Hugues est un artiste qui se caractérise par son talent mais aussi par l’évolution de celui-ci. Ainsi sa première période s’apparente à un style « cartoonesque » proche de Alan Davis. Cette appréciation concerne essentiellement les essais du début de sa carrière mais surtout Maze Agency. Ce style demeure très agréable, puissant et adapté aussi bien pour retranscrire les situations comiques que les ambiances.

La seconde période vient vite, puisqu’elle concerne la période Jli de Giffen. Il expérimente un nouveau style, plus pure privilégiant les formes et les contours ce qui permet de donner une force et une puissance aux personnages. Il s’agit d’un échelon intéressant pour qui aime voir les progrès d’un artiste.


Sa troisième période demeure liée à Ghost, sensiblement en 1993 lorsque Dark Horse se lance dans un été super-héros (le marché est en explosion) et il se spécialise dans les contours gracieux et les formes capiteuses. Là encore, il s’agit indéniablement d’une réussite, il apure son style et use à bon escient de la ligne claire. Mais il demeure encore dans le voisinage d’un   Terry Dodson (il y a quand même une relative proximité) et le meilleur reste à venir.

Ainsi la quatrième phase demeure le photoshop. Adam Hugues tire parti de toutes les ressources de ce logiciel et, si vous regardez attentivement ses derniers travaux, il le manie si bien qu’il se contente de faire des crayonnés succincts, pour laisser une place majeure à la colorisation qui remplace l’encrage, donne les volumes voulus, mais se substitue pas mal au pinceau. Il est amusant de constater que Adam Hugues a réussi une prouesse : les artistes dessinent au crayon à bois et leurs encreurs peuvent annihiler le volume, la dimension et l’ampleur de l’œuvre. Le conflit dessinateurs/encreurs demeure sensible et une source de tension pour tout dessinateur scrupuleux. Or, Adam Hugues a résolu ce problème tout seul en exécutant une immense partie du travail par ordinateur. Il ne réalise que des layouts sommaires et il complète le reste grâce à l’aplat des couleurs sur Photoshop. Un artiste en avance sur son temps !

Artiste de la trempe d’un Brian Bolland (dont le style n’évolue plus, si ce n’est sur le signifiant de ses œuvres), ou encore d’un Arthur Adams ou Dave Stevens, vous ne verrez que peu d’Adam Hugues. Il a été annoncé pour All Star Wonder Woman mais il s’est désisté pour le cinéma. Il participe en qualité de designer pour l’adaptation de Watchmen ! Il est à noter qu’il avait déjà occupé le même rôle dans Malrats (les glandeurs en français), d’une autre pointure des comics nommée Kevin Smith. Il demeure incontestablement un des grandes artistes de l’industrie qui ont un pouvoir non seulement de séduction, mais aussi de fascination sur le lectorat. Mais il a surtout mis au point une méthode révolutionnaire qui pourrait permettre de se passer d’encreurs (donc, un pan entier de l’industrie). Pour ma part, je lui trouve deux héritiers naturels en la personne de Daniel Acuna  et Terry Dodson. Chacun des deux semble exceller soit dans les formes claires ou alors dans la peinture, mais je parie qu’Adam Hugues nous surprendra encore en faisant évoluer son art.

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Published by Bastien AYALA
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