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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 06:22

A la fin des années 70, DC est une maison fatiguée et compliquée. Elle a crée des personnages mais en a aussi rachetés comme ceux de Quality comics en 1956(Uncle Sam, Plastic man, Black Hawk, Max Mercury), Fawcett (Capitain Marvel et toute sa team) en 1972 puis enfin Charlton en 1983 (la ligne « action heroes » comme Blue Beetle, le Peacemaker, la Question, Capitain Atom …). Quelques dégâts sont d’ailleurs à constater quant aux héros eux-mêmes, Superman baigne dans un monde rétro où il a un super-chien, chat, un cheval et où Batman côtoie même une Bat mite !  

Ajoutons à tout cela la première génération de héros de la seconde guerre mondiale, la fameuse terre-2, qui avait leur série et leur propre chronologie dans des titres notamment écrit par Roy Thomas. Tout cela rendait abscons le premier achat de tout nouveau lecteur.

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Donc, l’univers DC était un bel amphigouri qui n’était pas facile d’accès.

Les très classiques héros côtoyaient l’univers un peu zarbis des News Gods puis il y avait les allers-retours avec la terre S de Shazam et la terre 2 des premiers héros sans compter la terre des héros des Freedom Fighters (Uncle Sam, the Ray, Black Condor, Dollman et consort). Par rapport à Marvel qui bénéficie de héros dont l’histoire est très cohérente et d’un univers qui semble évoluer à l’unisson (la Marvel ‘s touch), DC est bien en peine. 

 Lecteurs, éditeurs, créateurs (et moi !), tous y perdaient leur latin.

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La solution est venue du bon côté de ce médias, des créateurs (en opposition aux éditeurs) et c’est Marv Wolfman, soutenu par Len Wein, qui propose la solution. Une aventure proche de la bible pour supprimer et unifier les x terres de l’univers DC. Puisque la paire artistique Wolfman/Perez avait plus que fait ses preuves sur New Teen Titans, et que les editors n’avaient pas mieux à proposer, on leur donna carte blanche, et je n’utilise pas cette expression au hasard.

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Sur la terre 3, celle des versions maléfiques de nos héros (que l’on retrouve depuis peu dans le DC moderne), un mur blanc vient de nulle part et efface tous ceux qu’il rencontre. Ultraman et les autres ne peuvent rien faire et choisissent une fin dans la dignité en essayant de sauver ceux qu’ils avaient pourtant tant oppressés.

Détail insolite, un étranger précède de peu ce désastre et essaye de tenter quelque chose. L’action de Pariah sera aussi vaine que celle des héros locaux qu’il tenta d’aider mais le Lex Luthor local parvient à envoyer son fils (et celui de Lois Lane) dans une autre dimension. Le phénomène se reproduit dans une autre terre et Pariah parvient cette fois à sauver la reine Lady Quartz alors que sa famille et son peuple se font « effacer » devant elle.

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On apprend donc que ce le responsable de la fin de ces mondes est une sorte de Dieu du néant, l’anti-Monitor dont l’existence est vouée au règne de sa substance, l’anti-matière (le néant donc). S’il demeure un diable, le dieu se nomme le Moniteur est il est sur terre 1 depuis 2 ans pour tenter une ultime fois d’enrayer l’avancée implacable de son antagoniste. Il a ainsi testé des héros afin de stopper le trop puissant anti-Monitor qui paraît avoir pris l’avantage définitivement depuis bien longtemps en rompant l’équilibre initial qui les liait depuis leur origine.

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J’arrête ici de vous raconter l’histoire parce que je vous incite largement à vous la procurez et la lire. Mais sachez quand même que j’ai eu l’impression, lors de ma première lecture, que le péril rencontré par les héros était tellement immense devant cette déferlante de menaces célestes.

CRISIS aboutit à des morts, des batailles magistrales et des coups de théâtre majeurs. En terme d’action et de sensationnel, Crisis reste aujourd’hui encore inégalé. On a vraiment l’impression d’assister à la fin du monde, à l'armaggedon et que la funeste échéance finale ne peut être au mieux que retardée par nos héros.

Ils sont tous dépeints dans leur vulnérabilité, dans leurs limites et ils réalisent pleinement qu’ils sont fort dépassés. Mais la règle cardinale du récit épique est que c’est dans leurs ultimes retranchements que nos héros puisent leurs ressources ultimes et le courage en se sublimant et pour acquérir de fait, le statut de héros (ou demi-dieux).

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Ce qu’il y a de très abouti dans Crisis, ce sont les menaces. Quand une situation ou un péril cosmique paraît réglé, une autre configuration vient tout remettre en question et les héros sont sans cesse sur la brèche. Cette addition de périls ne paraît pas mécanique ou empilée de manière superficielle pour atteindre les 12 numéros, elles procurent un nouveau souffle à la dimension épique de la série et font de ce récit un des plus haletant jamais lu !

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Ainsi les ombres de l’anti-monitor se déploient et font des ravages parmi les civils et même les héros. Les héros de plusieurs mondes (terre 1 et 2, S, celle de Quality, de la Charlton et même Kamandi) sont sélectionnés pour détruire 4 tours qui vont donner l’énergie nécessaire à l’anti-monitor afin de propager son champ d’anti-matière.

Les héros s’acquittent plus ou moins bien de leur tâche, l’anti-matière semble tout absorber mais le Monitor vient sauver la donne.

Puis il se fait tuer par (vous lirez vous-même) et les terres semblent fusionner. Arrivent une déferlante de vilains motivés par l’état de faiblesse des héros. Baston homérique qui se solde par un statut quo. Tous prennent finalement conscience de la gravité de la menace et les deux camps antagonistes s’unissent. Une ligne de défense est mise en place contre l’anti-monitor qui tente de venir lui-même dans ce plan de l’existence. Notre cohorte parvient à lui faire barrage mais le diable n’a subit qu’un revers, aussi il faut que tous s’unissent pour tenter de le battre par surprise...

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Le dessin de Perez est formidable, inspiré. Il se surpasse en nous montrant une floppé de héros, pas mal de vilains (qui troublent le jeu avant de devoir s’allier à eux) tout en nous soulignant avec grâce des moments d’une forte dramaturgie (la mort de quelques héros de premier plan, une caractérisation admirable de tout les personnages ou encore des visions d’univers fabuleuses). Bref, autant dans la caractérisation graphique de l’intimité humaine ou même que l’infini cosmique, G.Perez se surpassera ! Il fut aidé par de solides artistes notamment Mike De Carlo et Jerry Ordeway pour 12 numéros et ce sans retard !

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Si vous ne connaissez pas ce cross over (pour celui là, je préfère parler d’œuvre), vous avez de la chance ! Vous pourrez donc le découvrir et le relire à loisir pendant des années ! Si vous êtes allergique à DC comics, commencez par là car votre intérêt risque d’être hautement stimulé et vous commencerez la découverte de cet univers par la grande porte !

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L’édition française de cette œuvre remarquable compte trois vagues : la première chez Arédit dans Super Star Crisis qui compte 12 numéros bien que les premiers soient consacrés aux jeunes Titans. Un ami qui avait suivi cette traduction a l’époque m’avait raconté une anecdote amusante : Il ne savait pas quand les numéros sortiraient et, de plus, les libraires ne le recevaient pas tous. Donc, il s’astreignait à faire la tournée de toutes les librairies pour tenter dénicher le numéro suivant et il n’était pas sûr que le prochain sortirait ( Arédit arrêtait ses titres à l’époque. Il s'agit en quelque sorte du dernier coup d'éclat de cette firme historique qui n'avait eu le temps que de sortir les deux premiers numéros de Watchmen. Nous fûmes donc privés d'excellentes choses à venir, comme les Superman de John Byrne ou les Wonder Woman de George Perez...)

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La seconde édition fut entreprise par Semic dans quatre albums de bonne facture que je vous recommande. Ils sont sortis en temps et en heure et elles rendent justice à ce cross over en lui donnant une édition cohérente et en la présentant comme il se doit au public de comics d’alors (la plupart d’entre vous ont du la lire pour la première fois).

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La troisième édition a eu lieu assez récemment dans une superbe édition de luxe de Panini. Il s’agit du plus bel écrin possible pour cette œuvre qui peut trôner avec vos autres chef-d’œuvres de votre collection personnelle.  Autant dire que vous avez le choix, ce qui n’est pas le cas en France avec les autres cross over de DC !

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Quelques petites remarques de ma part. Si l’anti-monitor a tout effacé, alors implicitement il a vaincu l’univers de Marvel (douce revanche !). On en apprend plus sur l’univers de DC dont le fondement serait les expériences hasardeuses de Krona issu de la race des gardiens de Green Lantern. Conceptuellement,Le Moniteur serait Dieu et l’anti-moniteur son contraire (ou un diable au moins aussi puissant).

A noter que Kurt Busiek reprend le personnage de Krona dans le cross over Jla/Avenger, qui s’est concrétisé avec plus de 20 ans de retard.  Bref, il y a matière à réflexion et un ton novateur : une apocalypse inéluctable que rien ne pourra stopper, du moins on le croit !

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Crisis sera un coup d’éclat commercial, créatif et éditorial. Il fixera les normes pour tous les cross over suivants de toutes les  compagnies avec en vrac des règles primordiales du genre « plus rien ne sera jamais comme avant », « des personnages vont mourir » ou « l’univers x comme vous ne l’avez jamais vu ».

Mais un sommet est atteint et, de même qu’une performance sportive, il sera très dur voire impossible de rééditer un tel niveau !

 Même Geoff Johns et Phil Jimenez feront moins bien avec Infinity Crisis dont l’initiative viendra, remarquez-le, des éditeurs vers les créatifs et non le contraire.

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Ce coup de maître éditorial sera plus ou moins retenté chaque année avec des résultats franchement variables et empoisonnera la lisibilité des titres (les fameux tie-in où toutes les histoires des personnages se doivent d’impliquer leurs héros dans le cross over du moment et ce souvent à l’encontre des souhaits des créateurs ou le développement des récits en cours). Bref, quand les éditeurs ont trouvé une formule qui permet de développer les ventes au détriment des histoires, cela perdra un caractère événementiel vers le récurrent (voire le banal) ou pire vers l’appauvrissement des personnages (la saga des clones par exemple). CRISIS fut donc la boite de pandore et des dégâts se produiront...

 

Une anecdote encore, j’ai l’impression que la série TV Sliders est largement redevable en terme d’inspiration à Crisis et les x terres de DC. Autant dire que j’ai bondi sur mon fauteuil quand j’ai vu le premier épisode !  Si je dois vous présenter un ultime argument, c’est en quelque sorte la version comics du Seigneur des anneaux appliquée à l’univers de DC. D'ailleurs, comme dans le troisième livre, les héros s'en vont, aprés avoir mené la grande bataille, défier le mal dans son antre. Ce sera là, au terme d'un sacrifice, que l'incarnation suprême du mal sera défaite, enfin. Un parallèle assez étonnant tant on a l'impression que les deux structures narratives se superposent lors de cet acte final...

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La fin de Crisis mettra les compteurs à Zéro puisque qu’on passera de x univers chez DC à un seul et unique, refondu, qui permettra à des auteurs de hauts calibres de recréer totalement l’univers avec des héros rajeunis dont les titres repartiront de zéro. Mais il y aura quelques scories mal réglées par les éditeurs qui perdureront encore pendont des années.


Mais ceci est pour la prochaine ère de DC comics.

  

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Published by Bastien Ayala
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commentaires

Indianagilles 20/03/2011 22:11


Maximum carnage c'était avant la saga du clone (c'est d'ailleurs avec ce cross over passé par un ami que j'ai commencé à acheter régulièrement des comics). A l'époque j'avais adoré, surtout pour
les dessins de Bagley. Depuis c'est sûr j'ai revu ça à la baisse c'est clair... !
La saga du clone a eu des hauts et des bas. Pour moi la première partie est grandiose. C'est malheureusement quand on a voulu remettre tout comme avant que c'est parti en live (malgré quelques
bonnes idées, notament le personnage de.. gaunt je crois ?). Je me rappelle que Dan Jurgens était parti car il ne voulait pas ce retour à la "normale".

Depuis, je n'ai jamais relu quelque chose d'aussi palpitant chez le tisseur (le suspens pour savoir qui était le vrai était quand même magnifique). Frères ennemis, La mort de Spider man (ou la
dernière aventure de spider man je ne sais plus) et renaissance (pareil, pas sûr du titre mais c'était un peu la suite directe de frères ennemis) sont des récits de très grande qualité (je te
conseille de les lire ou de les relire si tu en as l'occasion).

Sinon encore une fois, superbe blog, je me régale !


Bastien 20/03/2011 11:43


Bonjour Indianagilles et merci pour tes compliments.

Je suis trés content pour toi que tu conserves un souvenir "magique" de la saga des clones.
Peut-être que cette saga correspond à ta découverte des comics ? Ta "période" d'or ?

La saga des clones était prévue à l'origine pour ne durer que quelques mois et elle fut prolongée grâce à son succès commercial.

Il s'agit justement d'un processus créatif contraire à celui de CRISIS : c'est l'éditorial qui a commandé aux créatifs cette saga qui fut d'ailleurs rallongée au-delà de ce qui fut plannifié au
début !


En tout cas, je garde un trés mauvais souvenir du crossover qui a suivi, MAXIMUM CARNAGE, qui a emmené Spiderman et cie dans une direction bien trop violente...


Indianagilles 20/03/2011 00:53


Très bel article mais pas du tout d'accord sur la saga du clone qui reste pour moi, dans sa première partie, tout simplement la saga la plus couillue et passionnante que j'ai jamais lu. Ben Reilly
me manque terriblement d'ailleurs... Et Kane était vraiment un personnage d'exception. Dommage que les américains n'aient pas aimé car en France on avait adoré pour la plupart.