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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 08:11

8ème partie

 

Dick Gordiano s’est hissé à un tel niveau, chez DC que, paradoxalement, il est un peu près arrivé au zénith de sa carrière. Il laissera encore une fois son emprunte du point de vue managériale puis il entamera un ultime cycle dans sa carrière déjà si riche et si accomplie.

 

Dick Gordiano s’occupait, à grande échelle, du contenu des comics mais également de l’organisation de la firme, du point de vue structurelle. Il a notamment mis au point une organisation par groupe de titres, liées au personnages, que l’on retrouvera également chez son concurrent. Ainsi des groupes managers furent nommés pour s’occuper des personnages. Recensons Mike Gold pour Superman, Denny O’Neil pour Batman (ce qui priva durablement la firme de l’apport de Frank Miller suite à un conflit qui l’opposait à Denny O’Neil sur le mérite de ses Batman), Andrew Hefler pour les titres de la Justice League ou encore Karen Berger pour la branche qui devint Vertigo en 1989. En ce sens, Dick Gordiano a su anticiper ce qui sera l’avenir.

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En 1989 justement, Dick Gordiano gagne un nouveau titre, Vice President editorial director avec encore un meilleur salaire. Mais notre homme, honnête, constate avec dépit que son salaire est quelque peu indécent par rapport aux salaires de base pratiqués dans la firme et que cette dernière acquiert une culture de corporation dans laquelle il ne se sent pas à l’aise. Warner Bros a d’ailleurs la main mise sur le contenu des comics, notamment le style graphique et cela entraina des tensions au sein des équipes créatives, ce que Dick Gordiano , une fois de plus déplore…

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                                (la version de Dracula par Dick, que l'on dit excellente)

 

Ce dépit, mais aussi un événement majeur motiva Dick Gordiano a une remise en question totale. Son épouse Marie est décédée en 1992 des suites d’un cancer de l’estomac. Ce fut un choc pour Dick, son couple était des plus réussis et il était dans sa 37ème année. Une fois auparavant, il avait eu une sorte de prémonition et il était exceptionnellement rentré plus tôt chez lui. Il avait alors trouvé Marie inanimée et il a alors pu appeler les secours à temps.

Dick Gordiano put donc résilier son contrat deux ans avant son terme, en 1995, ce qui sous-entendait une confortable retraite, mais il ne pouvait plus la passer avec Marie. Aussi il se décida à revenir dans ce qui lui laissait le plus de satisfaction, le dessin et l’art, sous toutes ses formes. Dick Gordiano redevint donc free-lance et Paul Levitz, un ami et estimé collègue, le conseilla de venir…présenter ses propres projets, comme les autres artistes !

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Il fit donc des travaux divers tels que Nightwing, le retour d’Alfred et il participa à la mouture de Catwoman avec aux scripts Chuck Dixon et Jim Balent aux dessins. Il s’amusa sans doute davantage sur le strip de Modesty Blaise, un étonnant personnage féminin d’espionnage des années 60. Il œuvra donc ici ou là, notamment dans des titres Vertigo tels que les Invisibles, Sandman, Transmopolitain, ou Americain Century. Une carrière éclectique sachant que DC était plutôt fidèle avec ses artistes, à fortiori avec Dick qui était très apprécié en haut lieu.

Dick Gordiano oeuvra également chez Vaillant, la boite de son ami l’édior in chief Bob Layton, à qui Dick fila un coup de pouce à ses débuts à l’époque de Charlton, et qui était alors content de récupérer un encreur si expérimenté et un bon ami.

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Dick Gordiano aima cette période Vaillant et il bougea ainsi en Floride, lieu de son voyage de noces avec la regrettée Marie dont le souvenir était toujours vivace. Il revint chez DC une fois que Vaillant, la firme qui clama un temps être devenue la no 3 du marché et qui but la tasse lors de la crise dans les comics (au milieu hélas de temps d’autres firmes telles que Malibu…).

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Le grand projet qui vit son retour chez DC, bien qu’il effectuait toujours des travaux d’encrages de manière disparate, fut la reprise du catalogue d’Action heroes, encore et toujours, qui ont littéralement jalonné et marqué la carrière de Dick. Ce dernier éprouvait une véritable affection pour ces personnages et il les reprit pour une mini série en 6 épisodes dont le titre, Living.Assaut.Weapons, fut assez dur à trouver puisque 50 titres furent envisagés ! Dick Gordiano se battit pour un titre avec dedans Charlton mais DC refusa, pour des raisons légales, ce à quoi Dick Gordiano répondit que Charlton ne déposait jamais ses marques !

Le titre revit donc la réunion dans l’univers de DC du rassemblement fortuit des 6 personnages du pack action-heroes qui fut rachetés en 1983 à Chalrton pour, dit-on 5.000 $ le héros ! Seul Peter Cannon fut exclus de ce rachat car il appartenait à son créateur d’origine.

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Mais ces 6 héros, Captain Atom, The Question, Night Shade, Blue Beetle, Judo Master et Peace Keeper avaient déjà bien changé depuis leur incorporation, finalement ce fut dans Crisis en 1985, car ils avaient eu leur propre série et leur propre évolution ou ils furent incorporés dans des équipes. Leur lien d’origine fut donc gommé mais une nouvelle super menace téléporte la Jla dans une autre dimension et pose un ultimatum à la terre. Ce sera donc des 6 heroes qui reprendront le relais pour une histoire qui s’insère mal dans la continuité et qui se révéla décevante du point de vue des dessins, dus à Dick Gordiano hélas, et du scénario car l’ensemble fait justement daté voire surannée. Un échec créatif qui dénote quelque peu avec cette belle tentative de faire revivre ces héros chers au cœur de Dick.

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Dick Gordiano resta donc actif dans une association d’entraide aux anciens artistes de comics book, Heroes, car lui-même se considérait assez chanceux dans son parcours et il lutta toujours pour la reconnaissance des droits des créateurs dans les comics, parents pauvres de la profession. Outre quelques couvertures, publications de livres d’apprentissage du dessin et de la technique, il se lança dans la firme Future comics avec ses amis et partenaires pour l’occasion, David Micheline et Bob Layton.

Si Future comics est paradoxalement très rétro dans le style, l’aventure ne dura pas bien qu’elle permit de créer des personnages comme Deathmask ou Mettalix. Mais comparés aux personnages de Image comics, ces héros futuristes de Future comics dont définitivement rétro, presque coincés dans les années 70.

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Dick Gordiano resta donc alerte, toujours occupé par ses dessins pour rester dynamique. On le voyait dans des conventions, chez DC pour rendre visite à ses amis qui y sont restés mais aussi, ce fut d’ailleurs assez rare, chez Marvel pour de rares couvertures ou travaux d’encrage. Il nous quitta donc ce samedi 27 mars 2010 après une vie professionnelle très bien remplie qui lui fit vivre le golden age des studios Eisner & Iger aux sommets de DC comics, avec des aventures éditoriales d’une richesse incroyables que très peu d’artistes ont connu tout en ne délaissant jamais son art, l’encrage et le dessin, doté d'un véribale attachement à certains personnages. Je finis donc ce portrait en forme de coup de chapeau tout en regrettant hélas de n’avoir pu retrouver une photographie de Dick dans les années 70 avec son costume coupé, sa moustache, son air de mafiosi et son grand sourire. Cela aurait dû être à mon sens l’image définitive qu'il fallait garder en mémoire de ce si grand artiste qui a tant accompli…

 

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Published by Bastien Ayala
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