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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 07:50

3ème partie

Fantax, au-delà du personnage et de ses aventures, c’est surtout une épopée humaine qui demeure des plus intéressantes. Outre le destin assez triste de Pierre Mouchot lui-même, à qui la censure a fait payer assez cher le caractère avant-gardiste de ses aventures, il y avait aussi l’équipe de jeunes artistes en herbes que Pierre Mouchot a fait travailler et qui ont toujours éprouvé des souvenirs émus de cette période.

 

035AB.JPG

 

Non seulement Fantax était un succès, mais les éditions Pierre Mouchot continuaient son développement avec différents titres. Les personnages étaient assez souvent destinés au jeune public masculin, citons Big Bill le casseur mais aussi Robin des bois. Notons également les aventures des héros comiques de Pierre Mouchot/Chott, Gus & Gaétan, qui sont les personnages préférés de la fille de Pierre Mouchot. Bref, les espoirs de Chott trouvaient enfin un aboutissement.

 

Le-Trio-petit.jpg

 

Chott devait recruter des jeunes talents mais, à l’époque, la formation à la bande-dessinée n’existait pas. Chott passa donc des annonces et il recruta, mais surtout forma de jeunes talents qui firent, pour la plupart, carrière dans les studios de la bande dessinée.
Citons Bertrand Charlas, Remy Bordelet, Claude Bordet qui continuèrent chez LUG, probablement grâce aux liens amicaux qu’ils avaient avec Marcel Navarro depuis l’époque de Fantax.

 

marcel navarro

 

             (Remy Bordelet, à gauche de la photo derrière Claude Vistel !)

 

Ces gens, de vrais artistes, ont eu une carrière intéressante. Ils ont travaillé très tôt dans le monde de la bd et, dans le cas de Remy Bordelet, ont continué de livrer des travaux jusqu’au crépuscule de leur vie.
Toujours est-il qu’il y avait une bonne ambiance au sein du studio Chott, et que ces hommes lui montrèrent un mélange de fraternité et de reconnaissance.

 

2010-no-2-0270.JPG

 

Le cas le plus intéressant demeure celui de Boc Roc, alias Robert Rocca et dernier survivant, mille fois hélas, de ce studio.
Robert Rocca, quatre-vingt ans passés, est toujours artiste dans l’Hérault.
Sculpteur accompli et artiste reconnu, Robert Rocca connut un cheminement artistique qui débuta par Fantax et Pierre Mouchot, puis d’autres éditeurs de bd puis il quitta tout, un soir, sur coup de tête, en prenant un camion qui le mena à Grenoble.
Là-bas, il fut pendant 27 ans illustrateur au Dauphiné Libéré et, le soir après ses heures de travail, il s’essaya à   s’accomplir à la sculpture, discipline où il sut se réaliser pleinement.
C’est à Tanguy Mouchot que je dois d’avoir visité la maison unique de Robert Rocca, qui lui servit également d’atelier, et d’avoir rencontrer un très grand artiste, ainsi que son épouse, Marie-Thérèse.

 

  rocbro07.jpg

 

Généreux, passionné, et désormais au firmament de son art, Robert Rocca a toujours envie, à 80 ans passés, de produire, réaliser, accomplir en volumes les idées qui lui passent par l’esprit.

Un véritable artiste, qui possède amplement tous les arcanes de son art et qui demeure mondialement reconnu.

Mr Rocca scuplte dans le bois, le bronze ou encore le marbre.
Toutefois, Robert Rocca n’a jamais oublié qu’il venait de la bd, Fantax orne la quatrième de couverture de son dépliant, ni Pierre Mouchot, dans il déplore toujours de n’avoir pas eu connaissance des malheurs qui s’étaient abattu sur lui, de même que sa mort qu’il a appris bien plus tard.
C’est donc avec émotion, mais aussi une reconnaissance posthume pour Pierre Mouchot au-delà des décennies, que Robert Rocca a bien voulu faire le déplacement jusqu’à Nice, le 26 juin 2010 dans la librairie de BD Fugue, 31 rue d'Angleterre à Nice, pour signer ce premier et nouveau recueil de Fantax, accompagné pour l’occasion de son épouse et de Danièle Mouchot, fille de Pierre Mouchot.
Avec une grande gentillesse, Robert Rocca a bien voulu répondre à quelques questions.

 

 

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BA : Mr Rocca, bonjour. Vous êtes venu aujourd’hui ce samedi 26 juin 2010 pour participer à une célébration/dédicace au BD Fugues de Nice, de la célébration de la réédition des 8 premiers épisodes de la série Fantax.

Pourquoi un artiste reconnu, âgé de 83 ans, a fait l’effort de venir jusqu’à Nice alors que vous habitez dans le département de l’Hérault ?

Etait-ce pour rendre hommage à Pierre Mouchot ?


RR : Tout à fait. J’ai participé à l’aventure des éditons Pierre Mouchot dés 1946, alors que j’étais encore très jeune, 16 ans pour tout dire. Alors que je n’avais ni le temps ni l’envie de m’attarder à l’école, Pierre Mouchot fut une rencontre détérminante dans ma vie personnelle et ma vie d’artiste. Il m’a pris sous son aile, m’a permis de former et il a été surtout très humain avec moi. C’était un grand homme, doué d’une solide force morale, d’un sens du devoir élevé, aux qualités humaines très affirmées.


BA : Vous êtes devenu maintenant un grand sculpteur. Vous êtes désormais établi et reconnu en tant qu’artiste dans un art majeur : la sculpture.

Or, j’ai lu dans votre dossier artistique que, après l’actualité de vos œuvres, vos expositions dans le monde et votre sculpture pour le rond point du château d'O, vous avez affiché en pleine page un dessin de Fantax.

Généralement, les artistes ou acteurs ont tendance à « oublier » leurs premières œuvres qu’ils considèrent comme mineures ou peu flatteuses. Vous, à contrario de cette habitude, vous semblez la revendiquer ?


RR : Absolument, Fantax était et reste pour moi, dans mon cœur, une étape dans mon cheminement d’artiste qui fut très importante. Pierre Mouchot ne nous cantonnait pas seulement à la réalisation des planches ou de couvertures. Nous parlions également de l’art et de nos envies artistiques. Ce fut un élément ô combien formateur dans mon apprentissage, et j’y repense parfois avec émotion, nostalgie…et reconnaissance !


BA : Justement, qu’avez-vous fait après l’aventure Pierre Mouchot/Fantax ? Quels chemins vous ont mené vers la sculpture ? S’agissait-il d’une voie évidente qui s’est faite naturellement ?


RR : Non, ce ne fut pas une voie aisée à prendre. Elle fut longue, compliquée et parfois âpre. Laissez-moi vous raconter que, après mon passage aux éditions Pierre Mouchot, je suis allé après chez d’autres éditeurs où les conditions de travail n’étaient pas les mêmes. Je devais parfois travailler 3 jours et 2 nuits d’affiler pour rendre mes planches à temps, des cachets me permettaient de tenir le coup physiquement, et cet  employeur avait tendance… à ne pas toujours payer à temps le travail rendu !

Aussi, j’en eut assez. Je suis monté dans un camion et, là, je me suis retrouvé à Grenoble où, pendant 27 ans, j’ai effectué du dessin de presse dans le DAUPHINE LIBERE. C’est pendant mes temps libres, généralement le soir, que je me suis mis à la peinture et la sculpture. Cette dernière discipline m’a apporté, et m’apporte encore, d’immenses satisfactions en termes d’accomplissement créatifs.


BA : En tant que, hélas, dernier témoin direct et acteur du studio Chott, que souhaitez-vous nous dire sur Pierre Mouchot ? Quelle fut l’importance de cet homme pour vous ?


RR : J’ai une immense reconnaissance pour cet homme, au-delà du temps et des mots.

Il m’a pris sous son aile, m’a formé et a été un modèle, presque un second père pour moi. Je fus très triste d’apprendre sa mort, ainsi que ses douloureuses histoires liées aux procès Fantax. Mais, hélas, l’information ne m’est pas parvenue et je l’ai appris plus tard, bien après sa mort. Pierre Mouchot était définitivement un grand homme et, j’espère, qu’il nous regarde quelque part… là-haut, qu’il est content de l’hommage que sa fille, son petit-fils et moi-même sommes venus lui rendre aujourd’hui.

 

 

 

*Merci à mon ami Frédéric Fabry pour son enregistreur !

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Published by Bastien Ayala
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