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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 00:11

Né en 1945, « enfant » de la génération atomique post Hiroshima et Nagasaki, Go Nagai est un mangaka dont les adaptations de ses œuvres ont connu un succès foudroyant, dans les années 70, que ce soit à la télévision puis immédiatement après dans les produits dérivés. Si Osamu Tezuka est le père des mangas modernes, l’influence et l’héritage de Go Nagai se font toujours sentir, que ce soit dans les concepts dérivés de ses œuvres originales ou encore dans le culte que lui vouent ses fans dans le monde entier. Son œuvre originale est généralement beaucoup plus adulte, mature, sombre, apocalyptique que ses adaptations destinées à une audience jeunesse et donc forcement édulcorées. Si la démonologie occupe manifestement une place importante dans les préoccupations et les chimères de notre auteur, cela ne transpire que de manière cryptée dans ses œuvres.

 

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Go Nagai, après avoir échoué à ses examens d’université et avoir contracté une grave maladie, décide de devenir mangaka au grand dam de sa famille. Après être devenu assistant d’un auteur réputé à 20 ans, puis avoir fait publier quelques uns de ses héros, il a l’excellente idée de fonder sa propre maison d’édition à 25 ans et, durant la décennie qui en suivra, de publier des personnages qui deviendront des méga hits de l’audiovisuel et des droits dérivés. En effet, en 1972, Go Nagai crée le robot géant et lutteur Mazinger Z qui se trouve presque immédiatement adapté par la Toei. Si ce robot géant est piloté par le petit-fils de son créateur, Koji Kabuto alias Alcor  en version française (cela commence à se savoir…), son grand-père le met en garde lors de la remise de ce monstre d’acier : « Avec le Mazinger Z, tu pourras devenir l’égal d’un dieu ou un démon ».

 

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Prolongé avec Great Mazinger, qui combat contre des créatures nommées Mykene, une race parfois humanoïde venue du centre de la terre (comprendre l’enfer), Goldorak poursuit cette trilogie avec un robot aux cornes de démon… Si Goldorak a connu dés 1978 une levée de boucliers de la part des médias, intellectuels ou encore psychologues, il est amusant qu’ils furent tous passé à côté de ce sous-texte démoniaque qui leur aurait, pour le moins, donné un argument plus valable que leurs fadaises !

 

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L’autre saga mécanique se nomme le Getter robo, co-crée avec son propre assistant Ken Ishikawa, et le résultat en termes d’action, de dynamisme, d’héroïsme et de délires monstrueux génère chez le spectateur de tout âge une sensation assez proche que celle que pouvait procurer Goldorak jadis ou…maintenant !

 

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L’histoire raconte un professeur qui crée pour l’exploration spatiale à la fois une énergie nouvelle, l’énergie Getter, mais aussi trois vaisseaux qui, selon l’ordre dans lesquels ils s’emboitent, forment trois robots distincts qui peuvent ainsi aller dans les airs, sous la mer ou encore sous la terre. Mais cette mise au point coïncide avec l’émergence de l’empire des dinosaures qui désire – air connu- conquérir la terre ! Si le premier module de vaisseaux/robot ou prototype se faire immédiatement anéantir par les forces de l’empire dinosaure, un second équipage doit être trouvé d’urgence pour piloter un robot, armé cette fois, afin de stopper les attaques de l’envahisseur qui combine des dinosaures à des mécha…

 

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Grand succès, à l’instar de Mazinger Z qui fut d’ailleurs diffusé au Japon à la même époque, Getter robo se vit aussi affubler d’une suite, Getter robo G, qui vit un nouvel empire maléfique, l’empire des cents démons cette fois, prendre la relève pour défaire et anéantir la terre (enfin…le Japon en premier lieu, que tout le monde se rassure !). Plus percutante encore, toujours aussi satisfaisante en terme de dynamisme, de couleurs kitsh, de caractérisation, cette série n’était diffusée à ma connaissance en Italie uniquement où elle demeure encore de nos jours ultra populaire et réputée comme étant la meilleure série de notre auteur après Goldorak (qui bénéficia, il est vrai, d’une certaine dimension tragique chez son personnage principale). Après tant d’années d’attente, pour les fans avertis, un bienfaiteur de cette culture mécha, Koneko, a décidé de prendre les choses en mains pour traduire d’abord Getter robo, l’intégralité des 51 épisodes ont été traduits, et pour l’instant deux des 39 épisodes de Getter robo G. Une série dont les jouets ont été diffusés en France en même temps que Goldorak et que tous les enfants de l’époque ont pris pour des Golgoth !

 

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 (la vague des robots des années 70 ! Combien de robots postérieurs à Mazinger          Z doivent leur création grâce au succès de ce dernier ?)

 


Durant les années 70, Go Nagai devenu un golden boy de cette industrie ludique, le jouet de son robot Go Nagai institua le merchandising des héros de programmes télévisés, tant et si bien qu’il fut solliciter pour participer à d’autres créations. Citons Groiser-X, Bomber-X ou encore Jeeg Jaguar. Ses sagas Mazinger, de même que les Getter robo, se voient encore actuellement prolonger par des nouvelles séries, opus, mangas, remake, sans que toutefois la notion de continuité soit toujours de mise… Ce fut néanmoins un succès majeur, foudroyant et dont l’influence et l’attrait se font encore sentir et ce internationalement.

 

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Le succès de ces animés a donc permis à Go Nagaï d’accéder, assez jeune, à une certaine fortune matérielle qui lui a permis de travailler…pour le plaisir en creusant ses thèmes de prédilections. Nous avons donc eu le droit à des œuvres ultra-violentes, citons les œuvres ultra gore de Violent Jack ou encore du manga de Devil Man, dont la somme de gore, de sexe, de destins broyés, d’outrages graphiques ou encore de sadisme contrastent fortement avec l’innocuité apparente des adaptations à priori innocentes de notre homme, charmant et extrêmement courtois au demeurant, mais dont le versant sombre exprimé dans ses œuvres nous font froid dans le dos.

 

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A titre personnel, je recommande la lecture des mangas de Devil Man qui, en 5 tomes seulement, propose une vision dense, adulte, captivante et pessimiste au sujet proche du comics X-men (qui ne cesse de tourner en rond depuis vingt ans !).

Il y a donc une extrême dichotomie entre le créateur de genres qui ont bouleversé l’industrie de divertissement, de la jeunesse, avec le genre mécha (qui existait toutefois dans une forme moins définitive chez Tezuka), les super héroïnes pour filles (Cuttie honey) et l’artiste aux versants sombres, morbides et apocalyptique !

 

Ne serait-ce pas là d’ailleurs une dualité toute japonaise ?

 

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Published by Le Royaume des Avis
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