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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 07:01

 banderole

Le Prisonnier fut donc diffusé en 1968 en Grande Bretagne. L’ouverture de la série, un modèle de concision, voit un agent secret qui se rend dans un organisme de renseignements officiels pour, après avoir eu une discussion orageuse avec son supérieur, lui claquer sa démission au nez. Alors que notre homme est rentré chez lui pour préparer ses affaires en toute hâte, un majordome l’endort grâce à une poudre subtilement glissée dans la serrure.

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Notre espion se réveille, se remet doucement. Il est bel et bien dans son appartement mais, quand il ouvre la fenêtre, il se trouve en réalité dans un endroit assez rétro. Alors qu’il tente de savoir pourquoi il se trouve là et quel est cet étrange endroit, on lui remet un badge no 6 et l’on exige de lui des informations. Il doit révéler pourquoi il a démissionné…

Tentant de s’échapper, refusant de répondre, notre homme dont l’identité n’avait pas été divulguée est rattrapé par une bulle blanche qui l’absorbe. On se rend alors compte qu’il n’aura de cesse de fuir de ce village, de cette prison pour espions.

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Ce premier épisode titré l’arrivée est diablement captivant.

Notre personnage, en même temps que nous, spectateurs, est pris dans une spirale qui le mène dans un endroit, hautement improbable, dont nous découvrons toutes les bizarreries en même temps que lui. Tout parait artificiel dans ce Village, à commencer par le comportement de ces semblables qui paraissent soumis et résolus à suivre les règles qui régissent le Village. Car gare à ceux qui s’écartent du code de conduite, car le rôdeur, notre fameuse bulle blanche, l’enserra impitoyablement.

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Ce premier épisode, qui pose avec une grande efficacité les bases de la série, a été réalisé par le très efficace réalisateur Don Chaffey, le réalisateur de Jason et les argonautes ou Peter et le Dragon. La mise en scène est sèche, sans fioriture puisque les bases et les enjeux de la série, bien que celle-ci conserve plein de mystères qui font la richesse de l’intrigue, sont clairement posés.

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L’étrangeté du lieu, du fonctionnement, de l’organisation ainsi que son appartenance réelle – quelle puissance tire les ficelles ? Quel camp au juste – permet au spectateur de prendre part à l’énigme. Et elle ne fera que s’amplifier…

Le second épisode, Le carillon de Big Ben, permet également à l’intrigue de progresser.

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Alors que le Prisonnier, ou no 6, se perd en conjectures pour situer géographiquement le Village, il tente parvient à s’échapper au terme d’un jeu complexe. Il voyage dans une malle en se déplaçant pendant des jours et des nuits, ce qui vérifie son hypothèse initiale où il pensait être en Roumanie. Cela lui avait d’ailleurs permis d’estimer son fuseau horaire sur la Roumanie.  Arrivé finalement dans sa destination finale, toujours dans sa malle, il se trouve donc dans son bureau d’espionnage, où ses supérieurs s’inquiétaient justement de sa disparition. Alors que notre Prisonnier s’apprête à tout leur révéler, notamment le fameux motif de sa démission, il entend Big Ben sonner. Toutefois, en regardant brièvement et par réflexe sa montre, il se rend compte que l’heure de Big Ben indique exactement son heure initiale. Il réalise vite que le bureau de ses supérieurs, par ailleurs absents, est une supercherie. A nouveau, le piège se referme sur lui…

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Episode aux rouages complexes, Le carillon de Big ben met en évidence l’ingéniosité du scénario. Tous les moyens sont bons pour tromper la vigilance du no 6, notamment les coups les plus tordus. Notre héros ne peut se fier à pas grand monde, il manque de repères tangibles et l’ennemi a entamé une partie d’échecs incroyablement complexe…Tout ça pour apprendre pourquoi il a démissioné.

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Passons quelques épisodes, tous intéressants par ailleurs, notamment ce fameux Liberté pour tous qui met en scène des élections au Village qui seront de toute manière vides de sens, truquées, et sans effet aucun (une belle parodie de nos propres élections), ou encore de l’épisode nommé Double personnalité qui confronte le Prisonnier et son double, afin de lui ôter la parcelle de raison qui anime sa farouche résolution à ne pas se plier aux règles du Village, l’intrigue suit son cours avec toujours de nouvelles questions, avec un mystère renouvelé.

L’un de mes épisodes préférés est le septième, Le retour.

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Inexplicablement, no 6 voit le Village désert, sans habitant ni gardien. Il décide donc de vérifier ce qui se passe et, miraculeusement, il parvient à partir par la mer. Après un très pénible périple qui le fait dériver en bateau, il est recueilli par un petit navire et il parvient à regagner l’Angleterre. Il trouve cette fois ses vrais employeurs, leur déballe tout mais le problème de la localisation du Village, qui servirait à crédibiliser son récit, reste introuvable.

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En faisant des survols par avion, il parvient à le repérer mais le pilote, un anonyme par ailleurs, en profite pour l’éjecter. No 6 atterrit donc sur le sol et une habitante l’accueille avec un gâteau, agrémenté de bougies, en lui souhaitant un : « bon retour no 6 ! ».

Il s’agit certainement du plus perfide piège jamais élaboré !

Les épisodes se succèdent, ils sont au nombre de 17, et la volonté du no 6 de faiblit pas. Il est toujours à deux doigts, puis un, de s’évader, mais il est relégué vers l’échec. On sait juste que la clef de l’énigme se situe chez le fameux no 1, qui semble tirer toutes les ficelles, que l’enjeu reste toujours son secret, c’est-à-dire pourquoi le no 6 a démissionné et que la partie est toujours en cours.

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L’épisode final, le Dénouement, montre donc le Prisonnier vaincre le système. Il parvient à s’introduire chez le no 1. Ce dernier, qui porte un masque, s’enfuit dans une fusée ( !). Notre héros s’évade sans plus trouver de résistance, avec l’un des no 2 et un majordome nain. La route le mène dans une  nationale anglaise,  nous réalisons en même temps que lui que le Village se trouve contre toute attente en Angleterre et notre no 6 rentre à Londres sans que l’épisode ne délivre une explication, ne résolve le mystère…

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Lors de la diffusion de la série, en Grande Bretagne, l’attente fut telle que cet épisode fut perçu comme un véritable camouflet par le public. Non seulement le Dénouement ne propose aucune explication logique, mais en outre il finit pas un non-sens, par une absence de résolution. La réaction du public fut telle que Patrick McGoohan dut quitter en vitesse l’Angleterre tant il était menacé physiquement.

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Ainsi cet ovni télévisuel s’est clôt sans apporter des réponses, car mystères il y a. C’est d’ailleurs la très grande force de la série qui lui permet de transcender son support télévisuel pour s’apprécier en tant qu’œuvre…

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Published by Bastien Ayala
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commentaires

Bastien 21/06/2011 23:02


Cher Zaitchick !

Tu as (presque) écrit pour moi la fin de mes articles, en tout cas la substance du propos qui se retrouvera dans la conclusion.

Je suis assez d'accord avec toi, sachant que ton analyse est on ne peut plus pertinente...

Je te félicite, au passage, de ton achat du livre dédié au Prisonnier d'Alain Cazarré. Ton fameux premier grand achat était un bel investissement sachant qu'il doit être introuvable, et que je ne
suis même jamais tombé sur lui !

Suite et fin du Prisonnier fin septembre/début octobre !


Zaïtchick 21/06/2011 21:00


Est-ce qu'il faut vraiment chercher un sens à la série ?
Certains épisodes sont des récits "classiques" dans lesquels le Prisonnier recherche des réponses cartésiennes à sa situation : où se trouve le Village ? qui est le numéro 1 ? qui sont les
prisonniers et qui sont les geôliers ? comment s’évader ?
D'autres relatent des tentatives des geôliers de briser le numéro 6 et de découvrir pourquoi il a démissionné.
Mais parfois, certains épisodes sont des commentaires voire des paraboles sur la société (celle de l'Angleterre des années 60) et le village apparaît comme une construction mentale. Tout semble
avoir été construit autour du Prisonnier et les autres habitants se comportent comme des pions sans âmes... (Par exemple, cet épisode où le Prisonnier se retrouve dans un village vide et revient en
Angleterre avant d'être parachuté de nouveau au-dessus du Village et accueilli par toute la population !)
Certains épisodes (The girl who was the death, Living in harmony, never forsake me oh my darling) sont des variations/des réflexions sur le genre (parodie des séries d'espionnage), sur la
redondance dans la fiction (transposition dans le contexte du western) ou des fill-in (épisodes de "remplissage" - McGoohan devait tourner Ice Station Zebra d'où un épisode atypique où le
Prisonnier change de visage et quitte le Village pour accomplir une mission !)
A mon avis, il ne faut pas chercher à analyser l’œuvre dans sa globalité : il y a unité de lieu mais pas d'unité de temps ni d'action.
Et il convient d'éviter de plaquer le message de la série sur notre société : il y a quarante ans, l'Angleterre (et l'Europe de l'ouest) découvrait la société de consommation et vivait l'opposition
entre deux idéologies qui structuraient les comportements, le collectif primait sur l'individu et le Prisonnier rejetait l'embrigadement (aussi bien celui du wellfare state que celui de l'ordre
bourgeois conservateur - d'où le "je ne suis pas un numéro " de sécu ? matricule ? anonyme ?) et le système policier qui espionne et réprime plus ou moins discrètement.
Le numéro 6 défend l'individualiste dans une société d'ordre...
Aujourd'hui, cet individualisme prime (dans ses aspects égoïstes, hédonistes et matérialistes) et notre société a besoin de redécouvrir l'intérêt collectif (ou public) car nous arrivons aux limites
d'un modèle libéral qui est à bout de souffle - et n'aura survécu qu'une vingtaine d'années à son concurrent...


Costa 15/06/2011 08:14


une série magistrale !!