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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 07:28

Découverte majeure, les fameux serials américain sont enfin (re)venus en France par l’intermédiaire de l’éditeur de Dvd Bach Films. Produits destinés à enchanter un jeune public, source de féerie et d’évasion, les serials n’avaient été vus que par quelques cinéphiles âgés tout en ayant une aura de mystère pour les générations plus jeunes. Ces programmes courts, dont l’âge d’or tourne autour de 1933 à 1950, se doivent d’être connus tant ils représentent une conception efficace et percutante du cinéma d’évasion.

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Les serials sont en quelque sorte une transposition habille des romans feuilletons de la fin du 19éme ou du début du 20ème siècle, que ce soit en France ou aux USA. Les romans feuilletons étaient voués à fidéliser les lecteurs avec des histoires à suspens publiées dans des journaux dont la périodicité vouait les lecteurs à attendre le journal suivant pour découvrir la suite. Les règles littéraires qui étaient privilégiées étaient donc le suspens, la caractérisation et l’évasion.

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Le cinéma transposa donc habilement ce procédé que ce soit en France, qui se nommait la série, ou aux Etats-Unis avec le serial. Les techniques cinématographiques, bien sûr en plein développement, permirent donc d’adapter ses règles à l’écran en privilégiant, c’était une des règles d’or de ce genre alors balbutiant, l’action, l’évasion, les personnages, le mystère tout comme le suspens.

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Le but étant de faire plongeant le spectateur dans l’angoisse et dans l’attente par un péril mortel qui guettait nos héros et dont il était alors inconcevable qu’il en réchappât ! Il s’agit de la première grande règle du genre nommé, aux USA, le cliffhanger !

Si en France, la série a laissé la place à des films plus longs, les Etats-Unis ont en revanche continué à développer le genre pour lui donner ses lettres de noblesse. La période d’or, dont on considère qu’elle commence avec le cinéma parlant dans les années 30, prenons l’année 1929 comme point de référence, pour prendre fin dans les années 50, 1956 exactement, avec l’essor de la télévision dans les foyers américains. Entre les deux périodes, le serial a développé une audience qui était la jeunesse et les sujets comme les héros étaient voués à faire revenir le jeune public dans les salles, chaque samedi matin !

Le serial était donc une histoire divisée généralement en 12 ou 15 chapitres d’environ 20 minutes.

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Les règles de dramaturgies, très fortes et très codées, imposaient que l’on découvrît un ennemi, qui convoitait ou allait avoir en sa possession une arme absolue (le MacGuffin), mais qui rencontrait une farouche résistance l’entrée en lice de nos héros, bien que parfois cet ennemi était en fait un traître qui appartenait, sous son vrai visage, au camp des bons (le fameux Whodunit) !

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Pour corser le tout, un péril mortel et parfois fort astucieux attendait nos héros à la fin de chaque épisode et qui, semble-t-il, frappait mortellement nos personnages ! Cela incitait plus que fortement nos spectateurs à revenir la semaine suivante, ne serait-ce pour spéculer sur l’identité du traitre, découvrir comment nos héros s’en étaient miraculeusement sortis, ou alors s’assurer que les plans de domination ou de destruction de la terre allaient être détournés !

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C’étaient donc cela, les serials de la bonne époque qui enchantaient les gamins des heures et des heures, des produits fort bien calibrés, avec toutefois des bons sérials bien conçus par des artisans ou des créateurs capables, tout comme des produits mal fichus, indigestes, indigents, qui n’avaient pour eux que leurs affiches puisque leurs concepts étaient pompés sur les succès du moment !

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De ce courant cinématographique, alors considéré à juste titre comme de la série B puisqu’il s’agissait de programmes de compléments qui accompagnaient des films, se détachèrent de grands artisans, citons le fort talentueux William Witney, au talent souvent époustouflant et très précoce, alors que des tâcherons bâclaient de petits produits vite fait mal fait mais qui parvenaient cependant à assurer une réelle rentabilité à ses producteurs, dont ce fameux filou de Sam Katzman, tant le genre était en vogue.

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Outre les codes de suspens de tension et de dramaturgie, adaptées des romans feuilletons littéraires, le serial était un genre très codé dans leur réalisation ainsi que dans leur maitrise budgétaire. L’autre règle, non écrite cette fois, était l’action. Si on discutait pour faire progresser l’intrigue, ce qui incluait un décor de studio, les héros sortaient pour aller enquêter dans des décors extérieurs. Aux dialogues, succédaient presque invariablement l’action, généralement avec les hommes de mains du méchant. Les serials étaient donc très exactement budgétés, le dépassement était d’ailleurs à prescrire, avec une durée de tournage précise, des effets spéciaux parfois réutilisés d’un serial à un autre, quand ils ne provenaient d’ailleurs pas d’un vieux film ! La maitrise du budget était donc, en coulisse, l’autre règle phare pour ces productions qui, au début des années 40, ne dépassaient pas les 130.000 $ et quelques ! Les effets spéciaux étaient ce qu’il convient de qualifier un âge d’or : on créait, innovait, adaptait afin de restituer l’illusion et une certaine féerie !

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Les premiers hommes avec des ailes ? Dans les serials ! Le premier super héros volant ? Dans les sérials ? Les premières guerres spatiales à grande ampleur ? Dans les serials ? Les premières adaptations de comics ou de strips, généralement très peu de temps après leurs apparitions dans les fascicules ou les journaux ? Dans les sérials, toujours !

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Les serials ont donc portés à l’écran nos toutes premières, et souvent convaincantes, adaptations de super héros ! Le premier d’entre eux fut justement Captain Marvel, pour une adaptation des plus brillantes, puis vinrent Spy Smacher, Superman, Batman, Captain America ainsi que les héros venus de la littérature, Tarzan, Fu-Manchu ou Zorro, ou des comics strips publiés dans les journaux avec Flash Gordon, Dick Tracy, Terry et les pirates, ou The Phantom sans oublier les héros créés dans les shows radiophoniques (qui utilisaient les mêmes règles que les serials) avec Lone Ranger, The Green Hornet ou encore The shadow !

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Une cohorte d’héros, d’acteurs, de talents, d’actrices, de concept, d’héros crées pour l’occasion (citons Jungle Girl, Rocket Men, Jungle Jim, Sea Riders, Captain Midnight, Black Arrow, Desert Hawk, Dardevil of the west…

Le concept était si bien mis au point, les règles étaient d’ailleurs presque un carcan, que le sérial paraissait avoir de beaux jours devant lui. Si une firme encore mondialement connue et présente comme la Universal produisait à l’époque des sérials, la plus fameuse firme, dédiée presque exclusivement à ce genre, était la fameuse Republic pictures.

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La Republic pictures était un studio de série B.

Si à Hollywood, on comptait de grands studios, citons par exemple la Warner Brothers qui a pu s’établir grâce aux succès des Rintintins, la Republic pictures faisait partie des studios plus cheap et assez bas de gamme. Cette firme, qui connut néanmoins une certaine importance, absorba d’autres firmes encore plus secondaires telles que la Monogram, la Mejesty ou encore l’Invincible ! Des titres ronflantes aux budgets étriqués, tout comme les moyens de productions et les ambitions qui consistaient à dupliquer les hits du moment pour des budgets toujours plus faibles. Ce fut dans « cette allée du pauvre » qu’Ed Wood fit ses débuts.

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Firme étalon du genre, qui fut rachetée lorsqu’elle alla mal, la Républic produisit sans doute les meilleurs serials, fit travailler des acteurs tels que John Wayne et produisit des films tels que L’homme tranquille, de John Ford dont aucun studio ne voulut assurer la production, ou encore Johnny Guitare de Nicolas Ray.

Mais les serials, tout comme la production cinématographique dans son ensemble, connut une importante crise vers 1954 avec la généralisation de la télévision dans les foyers américains. Les séries télévisées s’inspirèrent d’ailleurs des règles des serials puisque certains de ses artisans y avaient trouvé du travail ! Le cinéma s’inquiéta et il répondit avec une idée alors neuve : la trois dimension ! Les serials, lui, s’éteint en 1956 mais son influence demeure…

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La très dynamique série télévisée Zorro, produite par les studios Disney en 1957 jusqu’en 1960, avec après quatre épisodes spéciaux. Zorro, qui est peut-être à redécouvrir pour ceux qui en ont un souvenir lointain, reprend pas mal des astuces des serials, notamment le dynamisme. Cette série, qui fait preuve d’une solide écriture, d’un réel humour et d’une très solide interprétation, est ce qui se rapproche à mon sens le plus des serials d’antan.

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Mais les serials ont eu d’autres influences, notamment celle qui est revendiquée par George Lucas et Steven Spielberg. Star Wars doit sans doute beaucoup aux serials de Flash Gordon, dont la fameuse séquence d’ouverture avec ce bandeau qui défile sur l’écran, ainsi que son sens de la péripétie et sa fantasy ! Lucas ne s’en est d’ailleurs jamais caché puisqu’il voulait adapter, sauf erreur, le personnage de Guy l’éclair.

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L’autre héros majeur fut surtout Indiana Johns qui reprit pas mal d’éléments de nos vieux serials que ce soit le look du héros ou encore une séquence d’évasion de Jungle Girl, reprise d’ailleurs presque plan par plan dans Le temple maudit !

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Bref, les serials constituent de vrais trésors cinématographiques, des perles dont l’influence se propagea dans la culture américaine que ce soit dans les comics, les séries télévisées ou encore au cinéma. Les trois règles d’or, que ce soient le Whodunit, le MacGuffin ou encore le Cliffhanger,  constituent des figures imposées de la narration. On peut cependant penser qu’elles avaient trouvé par ce biais un point d’orgue !

Enfin, je vous renvoie à l’excellent article, en tous points admirable, de Mallox sur Psychovision. Mallox développe des points que j’ai volontairement occultés et sa lecture est très enrichissante !

 

 

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Published by Bastien Ayala
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commentaires

Zaïtchick 18/05/2011 23:54


Zombies a été diffusé dans les années 90 (tombé dessus par hasard après avoir regardé un spécial X-Files sur la 6 (saison 2, première diffusion.) Donc vers 1995-96.


Bastien 17/05/2011 18:14


Bonsoir Zaïtchick et merci pour tes informations !

Ainsi Alan Moore avait placé une référence à la Républic dans Watchmen en v.o dans le douzième épisode dans la bouche d'Ozymandias...
Trés bien vu !!

Tu m'apprends également qu'Arte avait diffusé Zombies at the stratosphere (quand ?). Je regrette, c'est assez rare, de ne plus avoir la télévision surtout que je l'ignorais jusque là ! Je crois que
Bach Films l'a édité il y a peu...

En ce qui concerne les trois grandes règles du serial, oui, elles puisent leur origines des romans feuilletons, puis trouvent leur acmé dans les serials pour finalement se rencontrer ici ou là,
dans les comics ou encore les nouvelles séries U.S.

Si elles restent encore assez exotiques pour nous, seuls une trentaine de serials furent diffusés en France, parfois même coupés et condensés, ces règles de narration sont en revanche parfaitement
connus des américains puisque les serials passent en boucle sur les chaines locales tard le soir depuis quelques décennies !
On peut donc s'amuser à décrypter leur influence ici ou là !
Demain, on attaque le meilleur serial à ma connaissance, outre le fait que j'aime particulièrement le personnage, Captain Marvel !

Merci pour tes informations !


Zaïtchick 17/05/2011 08:37


Alan Moore évoque la Republic dans Watchmen : "tu me prends pour un méchant d'un vieux sérial de la Républic ?"
Pour les fans de Rocketeer, de Dave Stevens, jetez un œil sur Zombies de la Stratosphère (diffusé sur Arte) ou sur King of the rocketmen.
Les sérials se sont perpétués à la télévision sous la forme des séries TV, mais en abandonnant le fameux cliffhanger - remis en vigueur dans les années 90-2000 (qu'on songe à Alias, par exemple)
mais déjà utilisé dans la série TV Batman des années 60 (un cliffhanger à la fin d'un épisode sur deux, les épisodes fonctionnant par paires.)
Bon papier.