Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 08:00

Les comics n’ont jamais bénéficiée de reconnaissance médiatique en France, quasiment jamais.
A la rigueur le seul événement de premier ordre qui a été couvert par les journaux télé fut la mort de Superman en 1993 ! Pas grand-chose, un bref flash sur les journaux de 20 heures du soir et à un article dans télé 7 jours !
Donc pour obtenir des infos, il était préférable d’être parisien et de se rendre dans les premiers comics shop !

Même si il y avait eu dans les années 70 le remarquable fanzine Phénix, les fans de comics ont dû attendre...
Mais pour avoir une info traitée, documentée, analysée et centrée uniquement sur les comics, il nous a fallu attendre Scarce en 1982  crée par un trio composé de Yvan Marie, Jean-Pierre Jennequin et Frédéric Blayo!

Scarce est un fanzine grand format de plus de 50 pages (72 en moyenne voire le double des fois) c'est-à-dire une revue non professionnelle confectionnée par des amateurs (des gens qui aiment donc) et qui réunissent leurs efforts pour fabriquer et éditer cette revue. Mais amateur ne signifie pas indigence qui ferait pâle figure en comparaison à des revues professionnelles, loin de là !

 

 Et des efforts pour parvenir à assurer une stabilité financière et une pérennité, il en faut. D’ abord il faut coordonner tous les articles, leur assurer une périodicité (second point fort), puis proposer le fanzine à des points de vente, ceux-ci doivent jouer le jeu en rétribuant par pourcentage les exemplaires vendus.

 

Enfin, il faut s’assurer qu’un diffuseur collabore loyalement et là, c’est difficile. Bref, il doit en falloir une volonté et de la ténacité pour entamer puis continuer un fanzine et le maintenir sue 25 ans relève de l’exploit.

Mais la qualité du fanzine, que vaut-elle ?

 

Et bien c’est à mon sens excellent !
Scarce traite des comics américains, mais  pas seulement du mainstream (en gros super héros), et  beaucoup de facettes différentes nous ont été présentées durant cette longue publication qui nous ont permis, petit à petit d’ouvrir notre esprit à de multiples comics (donc univers artistiques différents) puis à donner la parole à beaucoup d’auteurs (qui.ont souvent des choses passionnantes à partager). Des articles divers et variés, des interviews, il y en a eu à foison et des très remarquables : Dave Sim, Vertigo, Charles Burn, Ohama, Badger, Black Kiss, John Woorkman… entre autres ! Donc il y a un sacro saint principe qui a toujours été respecté : la variété et la diversité !

 

Personnellement, l’interview de  George Pratt  m’avait permis d’apréhender une définition de l’art qui m’a beaucoup plu. De plus, il raconta que travaillant un temps dans les bureaux de Dc que Bill Sienkiewicz  disait à John Byrne de laisser tomber ses instincts forcenés de dessinateur répétitif et de se mettre véritablement à dessiner !

 

De multiples et divers contributeurs ont participé au fanzine, et il y a toujours un solide niveau de compétence et d’exigence. Les plumes qui ont le plus  retenu mon attention ?

 

 C’est assez indélicat de ne citer que quelques uns mais je ne peux pas être trop fastidieux ! Bravo à Jean-Marc Lainé, Franck Fickinger, Egon Dragon (intransigeant mais juste et fort clairvoyant), Jean-Paul Jennequin, Yvan Marie, Elisabeth Campos, Mrs Darras, Xavier Lancel parmi tant d’autres…En outre, Scarce bénéficie d'un pillier émérite, Francis Saint Martin dont tous les articles sont excellents, véritablement.

 

Scarce n’a jamais hésité à appliquer une intégrité critique face aux comics, leurs modes et leurs cycles que les rédacteurs ont su nous décrypter.

 

Ainsi devant l’effondrement créatif de Marvel en 1993 et la surmultiplication des titres maisons, Scarce a prédit une implosion qui s’est bien produite. Quel esprit d’analyse acéré ! En outre, j'ai souvenir d'un interview peu formelle avec Grant Morrison, excellente, et le membre de Scarce disait à G.Morrison que ses Invisibles étaient trop peu accessibles. Je ne sais pas si cela a eu une répercussion, mais le run dessiné par Jimenez se présente comme un modèle de clareté. Etonnant !

 

De plus, vous pourrez trouver dans ce très bon fanzine des articles qui traitent fort bien des multiples maisons d’éditions américaines qui ont profité du boom du marché et qui se sont plus tard effondrées : Vaillant avec une truculente interview de Jim Shooter, Continuity comics qui mérite amplement d’être lue, Malibu comics qui s’est fait rachetée par Marvel ). Bref, il s’agit d’excellentes archives que tout lecteur exigent peut consulter à loisir mais qui conviendra également à tout nouvel esprit curieux.

Devant le spectaculaire succès et l’engouement d’Image, qui ont privé certains (dont moi) d’une saine analyse, Scarce est resté froid et a systématiquement mis en exergue le gouffre, parfois abyssal, de leurs comics et la viduité des histoires, les délais aberrants entre deux numéros ainsi que la probable fin de leur règne.

Ainsi, dans le courrier des lecteurs toujours fort sympathique et détendu, des nerds venaient se plaindre que leur auteur de référence à été maltraité. Chose heureuse, le nerd en question avait le droit à une réponse bien sentie et les choses en restaient là !

 

J’ajouterai enfin que Scarce respecte bien son nom de baptême : faire la démarche de trouver ce qui est rare, enrichissant, et continuer à avoir l’esprit ouvert. C’est à mon sens la meilleure définition de la culture.
Scarce existe toujours et encore, l’abonnement est préférable pour le trouver, le prix en est plus avantageux. Attention, le site n’est plus réactualisé et que le prix de l’abonnement pour 4 numéros est de 25 euros, croyez-moi, ça les vaut. Ce sera plus facile pour l’économie du fanzine et vous recevrez confortablement les numéros chez vous, je n’ai moi-même jamais eu de retard ou d’erreur, mieux que des « professionnels » !

 

Je ferai juste deux petites critiques à ce vénérable fanzine :
Il y a mon sens trop peu d’articles sur DC post-Crisis, puis un numéro fut consacré à Jack Kirby avec une interview. Or ce numéro 31 fut vite épuisé et je n’ai jamais pu le trouver pour prendre connaissance d’une des très rares interviews françaises (2 en tout ?) du grand Jack! Le numéro 70 est sorti et son programme est très, très mais alors très intéressant.

Ainsi Scarce s’est définitivement gagné un label après plus de 25 ans d’existence : le journal  au goût américain. J'ajouterai, de référence !

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Bastien AYALA
commenter cet article

commentaires

Bastien 13/09/2011 20:05


Merci à vous, Christophe, pour vos coups de griffes et autres critiques délirantes et toujours sans concession !
Ce fut un plaisir de vous lire !


Christophe DARRAS 11/09/2011 15:43


Bravo pour cet article, teinté de nostalgie et qui me rappelle une époque que j'ai adoré vivre ! Merci ! ;-)


Bastien 04/01/2009 08:25

Bonjour Xavier !

Scarce, c'est quand même 25 ans d'efforts de passionnés qui ont tous apporté leur pierre à l'édifice, aussi bravo de reprendre le manche et de poursuivre au mieux l'aventure.

Pour DC, comme pour les indés, il y a un léger retrait qui est dommage... Bien que Scarce 70 ait quelque peu rendu justice aux indés, je me suis beaucoup amusé avec les 3 geeks.

Le somaire du no 71 est une excellente idée, revenir sur les dessinateurs qui ont quitté le milieu des comics, et je pense que chaque lecteur pourra passer un excellent moment de lecture !

Encore bonne année à tous !

xavier lancel 04/01/2009 07:48

Merci pour cet article! :D
Alors concernant DC, oui, c'est un vrai probléme, qui s'explique malheureusement par le fait que DC n'ajamais réussi à s'implanter en vf et que donc la plupart des rédacteurs ont été élevés au biberon Marvel et ont gardé une certaine tendresse pour ce univers.
Mais j'ai bien l'intention de faire pression pour qu'on sorte prochainement un numéro avec un gros dossier consacré à la Legion!
Si tout va bien, le n°71 part chez l'imprimeur dans une semaine!

Groloukoum 29/12/2008 10:35

Je n'avais aucune idée de l'existence de ce fanzine.
En tout cas bravo, tu m'as donné envie de m'abonner.