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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 16:44

10ème partie

Pierre Mouchot avait alors une entreprise florissante qui rencontrait un beau succès, surtout qu’il était réellement un indépendant. Il possédait son entreprise en son nom propre et il avait misé lui-même ses propres capitaux qu’il avait judicieusement fait fructifier.
Si un titre marchait, citons FANTAX qui fut le premier, Chott répondait à la demande avec BIG BILL LE CASSEUR (un personnage qui, hélas, m’est encore mystérieux), MARCO POLO, ROBIN DES BOIS. Les autres créneaux n’étaient pas non plus laissés en friche.
L’humour avec GUS ET GAËTAN, PIC ET NIC, CAPITAINE PAF (aliasPIF PAF POUM, une des rares bandes importée et non crée) mais aussi des récit de romance comme West romance.
Bref, notre homme avait de la ténacité, des idées et une vision forte du média de la bd.
Toutefois, alors que tout allait bien, la commission de protection de la jeunesse vint mettre son nez.

 

fantax34.jpg

 

La loi du 16 juillet 1949 de la presse relative à la jeunesse empoisonna littéralement la vie de Chott.  Dans son article 14, elle vise à protéger les mineurs contre les publications "à caractère licencieux et pornographique" ou "exaltant le crime, la violence…" et donc, de fait, à préserver la jeunesse.
Son directoire, qui contrôlait les publications après leurs sorties tenta de réguler certaines publications, telles que TARZAN en France ou tout ce qui n’était pas, en définitif, du goût de cette commission.
La violence, les surhommes américains, la science fiction, l’exotisme… tout cela était très mal vu et une conception de l’époque consistait à dire que tout cela perturbait la jeunesse et était un mauvais exemple certain.

 

mowg01a.jpg

 

Une certaine conception de l’imaginaire,de la fantaisie,  celle qui n’était pas admise par les sphères culturelles, était donc communément admise comme nocive et la BD, considérée comme une activité populaire bas de gamme, se devait d’être contrôlée.
Or il s’avère que cette commission n’avait pas de réel pouvoir de censure mais elle pouvait favoriser une action en justice, et c’est-ce qui se passa.

 

fantax-final.jpg

 

Chott, mise en cause, dut renoncer à exploiter sous son forma actuel Fantax.
Il clôt donc le premier volume de son personnage par le numéro 39 qui, à mon avis, demeure légendaire par son audace et son aspect tragique.
Dans FANTAX, JOUE…ET PERD !, le personnage est marquée dans sa chair par la perte d’un être qui lui est cher, très cher. Alors que le super héros apportait son aide aux autres, Fantax n’a pas su éviter que le pire se produise, au sein même de sa famille.
Un numéro d’anthologie, qui ne fait que rehausser la série pour la mener à un certain acmé…de tragédie et de caractérisation.
Les lecteurs de l’époque ont du supporter, coup sur coup et en un seul numéro, l’arrêt de leur revue préférée et que leur héros connaisse le pire échec…
Ont-ils connu un choc aussi grand dans leurs lectures postérieures ?
J’en doute.

 

 

fantaxp1

 

Chott fit cela pour calmer la censure, Fantax fut exploité en magazines dans les fameux FANTAX MAGAZINESmagazines (6 numéros au total) dans des récits.
Pierre Mouchot dut, en cela réside la tragédie, supporter un acharnement judiciaire terrible.
Le premier procès le vit relaxé d’incité la jeunesse à la violence. Le second le conduisit en cours d’appel, qui le relaxa également. Le pourvoi en Cour de Cassation le relaxa également. Déjà trois procès.
L’affaire fut renvoyée en Cour d’Appel qui le relaxa puis le tout fut rejugé, une ultime fois et après un nouveau pourvoi des plaignants, en Cour de Cassation où, ce fut l’unique fois, il fut jugé coupable !!!
Il convient de rappeler que ce délibéré repose sur l’appréciation d’un  élément subjectif, l’évaluation de la violence, et que 1 jugement contre 4 ne me semble pas peser lourd.

 

 

La manœuvre eut pour effet de faire rentrer dans l’ordre tous les autres éditeurs, et pour longtemps. Tous furent mis au pas et presque tous laissèrent faire en espérant que la foudre ne s’abattrait pas sur eux.
Seul Marcel Navarro, l’ancien collaborateur et ami, eut le courage d’interpeller ses confrères pour venir en aide à Pierre Mouchot, que tous savaient frappé d’injustice.

 

 

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Il y eut donc une jurisprudence « Fantax » capitale pour la bd française (mais aussi belge). Nul n’osait retranscrire quelque vision violente, le contexte était résolument enfantin et il tendait à l’innocuité, jusqu’à l’absurde. Tous craignaient cette foudre et elle dura jusqu’au PILOTE des années 70 où René Goscinny libéra une forme de bd qui devint l’ère METAL HURLANT.

 

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Ce mouvement eut donc pour victime Pierre Mouchot.
Notre homme, dont le courage n’est plus à démontrer, se bâtit bec et ongles.
On lui reprocha tout, notamment et dans le désordre son passé de résistant…Un comble !
Il est évident que cette atteinte à son honneur et à sa réputation l’affecta énormément, il semble également que de gros concurrents firent en sorte que sa distribution soit affectée et, après l’échec du retour tardif de Fantax 10 années après la fin de son premier volume, Pierre Mouchot jeta l’éponge.

 

 

Il se voua donc à la restauration de tableaux. Un art qu’il avait appris durant ses années d’apprentissage. Mais Pierre Mouchot fumait. Beaucoup de photos, de récits ou de caricatures des membres de son studio le montraient la cigarette au coin de la bouche.

Il eut donc quelques alertes cardiaques et hélas, une fut plus forte que les autres et l’emporta en 1967, beaucoup trop tôt.

 

Pierre Mouchot-copie-4

 

J’aime beaucoup cette photo qui le montre dans la sérénité, en train de restaurer un tableau.

Il est fortement à souhaiter que P.Mouchot ait su retrouver le calme, lui qui a su surmonter tant et tant de combats, d’obstacles, qui a réalisé, crée tant de titres et de personnages puis fédéré tant de gens qui ont toujours loué sa gentillesse exceptionnelle.


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Published by Bastien Ayala
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commentaires

Bastien 12/08/2010 19:02


Merci pour tes éloges, Eric, c'est très gentil.

Le cycle Fantax est bientôt fini, le plus long depuis le début du Royaume. Je n'avais pas prévu de faire quelque chose d'aussi long, d'aussi complet (quoiqu'il y ait encore tant à dire tant le
sujet est passionnant et qu'il reste plein de séries du studio Chott) mais cela s'est fait fortuitement, semaine après semaine.

Encore deux articles et l'épopée Fantax prendra fin.
Vous pourrez vous faire plaisir avec ce premier tome de ses aventures que je vous recommande chaudement.

Un grand regret toutefois : la difficulté d'obtenir des informations sur Marcel Navarro. Le grand absent de cette série d'articles, hélas...


Eric 12/08/2010 11:54


EX-CEL-LENTS articles !

Pour moi qui ne connaissais pas ce personnage, je suis conquis.
Alors qu'un autre blog ne fait que survoler superficiellement le personnage, toi tu nous donnes toutes les informations.

Je te classe haut la main parmi mes sites préférés.

ERIC.