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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 06:02

Très grand artiste américain qui a dédié une bonne partie de son existence aux comics, Will Eisner nous a quittés en 2005 après une longue carrière de raconteur d’histoires.
Or, Will Eisner était un pionnier des comics puisque, alors jeune dessinateur, il devint l’un des premiers et des plus importants entrepreneurs de ce milieu alors balbutiant. C’est donc cette période qu’il nous raconte dans une biographie qu’il a publié en 1986, LE RÊVEUR, et qui demeure l’un des tous meilleurs témoignage de cette incroyable période, où tout était alors à créer, à défricher.

le rêveur delcourt couverture

LE RÊVEUR retrace donc les premiers pas de Will Eisner, sous le pseudonyme de Billy, dans le milieu de l’édition vers 1935. Le marché à destination des kids était jusque là dominé par les pulps mais un vent de changement se faisait déjà sentir (je vous renvoie au tout premier article du Royaume pour la naissance du comics book).
Notre héros travaillait alors dans une imprimerie et il rêvait de percer en tant que dessinateur, de faire que ses rêves de création deviennent une réalité.
Son patron, sachant cela, lui arrange un contrat avec un client. Ce dernier veut engager Billy pour dessiner une bible de Tijuana.

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Derrière ce sobriquet passé dans le langage populaire américain se cachent en fait les premières bandes dessinées porno à grande échelle !

Bien que distribuées en sous-main, elles mettaient invariablement en scène des personnages de comics, de films ou même des acteurs qui copulaient au terme des quelques pages, pas plus de 8 (il me semble) de l’histoire...
Ces bibles de Tijuana étaient si populaires que, telle est la légende, elles firent office d’éducation sexuelles pour nombre d’américains !

 A noter que WATCHMEN y fait référence lors des adieux du Hibou et du Spectre soyeux à la mère de cette dernière.

Tijuana-bible.jpg


Billy refuse cette proposition et il se fait virer aussi sec par son employeur, qui attendait justement ce contrat pour faire tourner ses presses.

Voué à aller démarcher les éditeurs, il tombe sur une boite de comics dont le rédacteur en chef est Jerry Iger (dont le neveu est l’actuel directeur de la firme Disney…qui a racheté Marvel comics il y a peu !).
Iger lui a passé une commande mais sa firme coule aussitôt !
Dépité, Billy se met à réfléchir au meilleur moyen de se faire une place dans ce marché si instable, mais pourtant en pleine mutation et pleine de promesses pour qui saura les ravir.

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Billy recontacte Jerry et lui propose de s’associer pour monter un atelier qui propose du matériel clef en main pour le nouveau genre en plein essor : les comics !
C’est donc avec toutes ses économies, 30 dollars, que Billy et Jerry s’associent en louant pour deux mois un local minable. Tandis que Billy dessine, Jerry va démarcher les éditeurs en leur expliquant, bon commercial qu’il est, que les pulps déclinent inexorablement et qu’il est plus que temps de sortir enfin des comics qui, eux, connaissent un nouveau boom.

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Cette démarche est la bonne et, petit à petit, l’atelier de la firme nommée Quality comics de nos deux associés fonctionne à plein régime. Si au début Billy travaillait énormément et ce sous différents style et pseudonymes, le studio commence à recruter des dessinateurs et à organiser un système de travail proche du taylorisme : une rangée de dessinateur dessine, la seconde encre, et la troisième procède aux décors et aux nettoyage.

Billy invente donc un schéma qui reste encore de nos jours le modèle en cours chez les américains. Une anecdote qui fait encore la réputation de Will Eisner, racontée par un dessinateur, relate Eisner qui réprimande un dessinateur qui reprend son dessin en l’effaçant. Eisner lui a dit : « Tu es fou ? Tu perds de l’argent ! ».

le-reveur-delcourt.jpg

Une partie de l’histoire, à peu prés à ce moment là, est émaillée de moult anecdotes, chroniques, faits ou portraits d’éditeurs, situations ou d’artistes qu’a croisé Billy.


Will Eisner était en effet un ami de Bob Kane, qui lui annonce qu’il va proposer un nouveau personnage (avec des ailes noires) au futur DC comics. Justement, on apprend que cette boite, bientôt leader du marché grâce à un personnage qu’Eisner a refusé (un certain Superman), est due à la volonté de deux imprimeurs qui ont obtenu, comme épuration des créances, le catalogue et les titres du Major Malcolm Wheeler-Nicholson.

Toujours dans les bureaux du futur DC, on croise comme comptable le rusé Victor Fox, qui mijote dans son coin de se lancer à son tour dans l’édition en s’inspirant du hit du moment, Superman (voir une autre chronique de Victor Fox dans le Royaume).

D'ailleurs, dans une interview datant de 2002, Will Eisner raconta avec beaucoup d'humour qu'il refusa le projet de deux petits gars de Cleveland. Il dit alors qu'il devait avoir la vue basse puisqu'il avait manqué Superman !!!

 

le-reveur.jpg


LE RÊVEUR nous retrace aussi quelques moments de la vie de l’atelier qui voit donc défiler des artistes qui seront amener à percer dans le monde des comics.

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Il y aura bien le fameux Lou Fine, considéré comme le plus artiste de l’époque à œuvrer dans les comics, entouré par Bob Powell ou encore le bouillonnant Jack Kirby et même George Tuska. Ce dernier est représenté comme une véritable force de la nature et Stan Lee, lors de son récent décès, lui a rendu un hommage appuyé en comparant son physique à Thor !

Ce qu’il y a de commun à tous ses artistes ? C’est la force de leurs rêves qui les porte et qui les fait travailler encore et encore. Certains, à force de ténacité, arriveront en effet à accomplir leur rêve, cette chimère qui porte tout artiste.

 

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Le rêve de Billy/Will Eisner n’est justement pas loin puisque, au terme de l’histoire, il rencontre des patrons de journaux qui lui font une proposition.

Ils veulent que Billy/Will leur fournisse un nouveau héros ou justicier mais, pour cela, il doit livrer 14 planches par semaine !
Billy sait que, pour lui, cela représente un nouveau défi mais qu’il doit y consacrer toute son énergie et son temps. Il abandonne alors Quality comics, les autres rêveurs*, et il revend ses parts à Jerry Iger pour 20.000 $. Une belle somme, mais certainement moindre que la valeur réelle de l’entreprise.
C’est ainsi que se clôt LE RÊVEUR, sachant que ce personnage se nomme le Spirit…

 

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LE RÊVEUR est donc un témoignage privilégié de ces années de créations d’un pan entier de cette industrie avec ses acteurs, les situations pour le moins peu croyables, ses tourments et les espoirs de chacun. Le récit, servi par l’un des plus grand maitre de la narration des comics, est des plus intéressants. Il oppose les contingences, les aléas d’un quotidien alors rude, parfois avili par des opportunistes, aux artistes qui s’échinent laborieusement sur des planches mais qui étaient portés par un même désir : se réaliser.


Une belle histoire, en forme de conte, qui peut se lire indépendamment de la portée historique qu’il propose, LE RÊVEUR demeure quand même une excellente démonstration des talents d’artiste et de dramaturgie appliquée à la bande dessinée de Will Eisner, qui mérite d’ailleurs amplement que l’on revienne sur sa carrière… Rappelons que, la lecture du RÊVEUR nous le prouve une fois de plus, Will Eisner est l'un des plus grands raconteurs d'histoires des bandes dessinées et que cela fut salué par le second prix d'Angoulème qui lui fut dédié en 1976 !**

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(Bob Kane puis Jack Kirby ! Deux collaborateurs de Will Eisner !)

En France, nous avons une excellente édition du Rêveur publiée chez Delcourt en février 2009.

Agrémentée d'un second récit nommé CREPUSCULE A SUNSHINE CITY, cette édition a l'excellente idée d'ajouter un addenda qui décrypte les situations ou les personnages souvent dissimulés sous des pseudonymes. Du bon travail, solide, que je vous recommande histoire de varier quelques peu vos lectures tout en se faisant trés plaisir !

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*Si la plupart des acteurs nous ont quitté assez récemment, je pense à Will Eisner en janvier 2005 et à George Tuska décédé en octobre 2009, il reste comme témoin privilégié Joe Kurbert, alors très jeune. Encore un très grand artiste qui aura beaucoup entrepris et fait pour les comics.

**Il s'agissait alors du premier grand prix remis à un américain par le festival d'Angoulême. Seuls deux autres artistes américains reçurent à leur tour un prix, Art Spiegelman en 2011 et Robert Crumb en 1999.

D'ailleurs, nos médias ont bel et bien annoncé la victoire de Art Spiegelman en disant qu'il était...le second artiste américain à avoir gagné ce prix. Quelle tristesse !

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Published by Bastien Ayala
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