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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 06:55

8ème partie

 

Traiter de Fantax sans aborder la vie de Pierre Mouchot n’a pas de sens tant les similitudes entre ce personnage de papier et certaines caractéristiques de son créateur, Chott, sont évidentes. L’histoire de Pierre Mouchot est, pour sa part, si forte et si intéressante qu’elle en constituerait presque une mythologie. Retour sur l’existence d’un homme hors norme qui avait décidé de se réaliser professionnellement par sa passion : le dessin.

 

mouchot-

 

Né en 1911 à Montbard, Pierre Mouchot avait une passion lancinante qui l’accompagna toute sa vie : il adorait dessiner. Tant et si bien qu’il était régulièrement abonné aux premiers prix de dessin.
Il aurait voulu s’accomplir dans les beaux-arts mais sa mère n’y vit absolument aucun intérêt dans cette occupation si superflue ! Aussi, comme les vrais artistes pour qui la pratique constante du dessin est nécessaire, Pierre Mouchot dessina autant qu’il le put.
Peut-être cela lui permettait-il d’échapper à une voie choisie pour lui, celle d’employé de banque puis d’assurances ?
Toujours est-il qu’il met à profit son temps libre pour devenir auditeur libre à l’université et qu’il se familiarise à l’activité de restaurateur de tableaux (tâche que l’on retrouvera à la fin de sa carrière).

 

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Une autre caractéristique importante de Pierre Mouchot, bien qu’elle paraisse antinomique avec le délicat métier d’artiste ou d’homme de bureau, est que notre homme était un sportif accompli.
Les quelques photos que l’on ait pu voir de lui à cette époque nous montre un homme fort bien bâti, vraiment costaud, avec une présence physique impressionnante.
Quelque part, déjà, Pierre Mouchot préfigure son personnage phare de papier : Fantax.
Toujours est-il que c’est dans un club sportif de montagne qu’il rencontre en 1935 son épouse avec laquelle il conjuguera pour le meilleur son existence, Paulette Delas.
Malgré l’arrivée dans le foyer de deux enfants, sa fille Danièle et son fils (le père de Tanguy), Pierre Mouchot parvient à trouver un emploi de dessinateur dans une maison de cartonnage, puis chez un éditeur de bd pour enfin dessiner. Certes, ce n’est pas la quintessence des métiers artistiques, mais il convient de travailler dans un marché porteur afin de subvenir aux besoins de sa famille.
C’est peut-être à ce moment, aux alentours de l'année  1939, que Pierre Mouchot fait connaissance avec Marcel Navarro, l’auteur de Fantax. Pour l’heure, Pierre Mouchot doit travailler pour les autres éditeurs mais, déjà, dans son esprit, germe l’idée de travailler pour son compte…

 

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Mais la guerre éclate en septembre 1939 et Pierre Mouchot, comme la totalité des citoyens français, doit d’abord et en premier lieu se soucier de l’avenir de sa patrie.
Il servira dans les fameux corps francs. Une unité qui ressemble le plus aux commandos et qui montent des coups de forces pour aller tâter les défenses des lignes ennemies et obtenir des renseignements.

Les corps francs étaient essentiellement composés de volontaires qui « en voulaient » et les principaux faits d’armes d’avant l’armistice de juin 40 leur sont imputables. Dans ce corps, mais également avant et après, Pierre Mouchot se distinguera par son courage et sa combativité.

 

 

Après des péripéties, dont une fameuse évasion du nord de la France, Pierre Mouchot fut un résistant de l’ombre. C'est d'ailleurs durant cette période, à Lyon, que ses liens personnels avec Marcel Navarro se solidifièrent.

Après, en 1943, il gagna le maquis de l’Ardèche pour devenir chef de maquis. L’élément qui me parait le plus stupéfiant fut qu’il emmena sa petite famille avec lui et qu’il continua à envoyer ses planches à son éditeur…par les P.T.T, le plus simplement du monde !
Après de nombreux faits d’armes, qui lui valurent de très nombreuses récompenses et distinctions militaires françaises…mais aussi polonaises, Pierre Mouchot pouvait enfin revenir à la vie civile.
Sa volonté de devenir éditeur était intacte, peut-être même renforcée par les pénibles moments de cette guerre qui affirmèrent encore davantage les ambitions d’hier…
Sa maison d’édition et son personnage phare, Fantax, ne sont pas loin…

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Published by Bastien Ayala
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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 08:06

7ème partie

Encore un point qui n’a pas été soulevé par les générations de fans adeptes de Fantax.
Le personnage a franchi les Alpes pour se retrouver publier, certainement avec succès.
L’interruption du personnage a donné lieu à l’apparition d’un clone assez, Maskar,  qui lui-même a dû fortement inspiré une descendance toujours plus improbable.
Pour une fois, un article du Royaume s’éloigne quelque peu des faits purs pour aligner des indices afin de former un postulat quant à la descendance de Fantax. Comme tout ce qui concerne ce personnage est hors norme, l’héritage italien est…étonnant !

 

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Chott était donc en contact avec des éditeurs italiens pour publier Fantax.
D’après les dires de sa fille, Mme Danièle Mouchot, ce ne fut pas particulièrement lucratif quant à la rétrocession des droits. Toutefois, Fantax fut remarqué en Italie et…apprécié. Aussi, au terme des fameuses 39 premières aventures, les éditeurs italiens se trouvèrent à court de matériel.
Pas grave pour nos éditeurs étrangers qui n’étaient jamais à court d’idées ! Il faut rappeler que les italiens avaient alors à l’époque la réputation de copier ce qui faisait ailleurs, et ce fut le cas.

 

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Quelque temps après, ce fut un presque plagiat qui sortit en Italie.
Exit Fantax, enter Maskar !

Le costume, l’attitude, les aventures et péripéties furent presque les mêmes et ce nouveau x se contenta donc d’abreuver le même lectorat du même type de contenu. N’ayant hélas pas encore mis la main sur un numéro de Maskar, je ne peux hélas aller plus loin dans le jeu des 7 erreurs… Dommage !

 

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Mais Fantax, puis sa déclinaison, semblent donc avoir fait école, d’abord chez les bons.
Il y eut donc une vague assez improbable d’héros, citons le Superargo dont le costume est d’ailleurs assez proche de Fantax et encore d’autres héros de ce type qui n’a pas franchi nos frontières ou dont les traces ne me sont pas connues.
Le fait est que cette mode et ce type de personnage était encore présent dans les kiosques jusque dans les années 60. Beau record de longévité !

 

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Mais ce qu’il y eut de plus amusant chez les italiens, ce fut la façon dont-ils surent revitaliser le genre trop codé des super héros qui devaient sans nul doute montrer des signes de faiblesse. Ils inventèrent les anti héros !
La seconde déclinaison de Fantax serait donc le fameux Diabolik, encore culte chez les italiens et dont le personnage, et le film de Mario Bava bénéficie encore d’une grande aura chez les nouvelles générations. Diabolik, voleur qui échappe encore et toujours aux forces de l’ordre est encore décliné en jouets, dessins animés et tient toujours le coup en kiosque. Une performance ! Il y a encore les fameux Kriminal qui sont un peu plus cruel. L’aspect un rien féroce de Fantax est le ressort principal de ce héros et il plaira à un certain public.

 

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Toutefois, une troisième génération ou déclinaison est à prendre en compte, il s’agit de celle des bandes dessinées érotiques type Elvifrance ou Zara. Il semble que cette vague mêle cette fois cruauté et érotisme pour un genre dont assez peu d’articles ou médias commentent. Comme si elle n’avait jamais existée !
La multitude de titres et d’histoires, cependant détachée du genre super héros, était considéré comme un sous-genre de la bd, jamais reconnu ou presque par les critiques de bd, mais ces titres étaient bien là et ils n’ont aucun équivalant à l’heure actuel.

 

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Encore une fois, il ne s’agit que d’une théorie, une thèse qui est assez survolée, j’en conviens. Toutefois, il est indéniable que le personnage de Fantax a assez marqué les esprits en Italie et que des successeurs aux contours assez semblables sont apparus dans la même mouvance.
D’ailleurs, est-ce que le personnage de Fantax a tant marqué les italiens que cela ?
S’agit-il d’une vue de mon esprit ?
Sachez que lors de la dédicace de la fin juin 2010 avec la venue de Robert Rocca à la librairie BD Fugue à Nice, un italien assez âgé est venu pour se faire dédicacé son exemplaire. Il était ému, ses yeux étaient embués, et il tenait là une part de son enfance qui lui revenait avec émotion.

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Published by Le Royaume des Avis
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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 07:20

6ème partie

Chott, alias Pierre Mouchot, a construit sa propre maison d’édition dans son domicile familial à Lyon. Il n’avait certainement pas beaucoup de moyens mais il disposait de ressources précieuses : la dévotion de son épouse Paulette, une vision forte de la bd d’évasion et d’un sens de l’innovation unique.
Son personnage phare, Fantax, ainsi que sa manière de gérer son entreprise en atteste.

 

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Fantax est un personnage détonnant.
Outre le ton de ses aventures effrénées, qui emprunte aux serials américains ou au roman feuilleton français d’avant guerre, il y a plusieurs points sur lesquels Chott a devancé ses confrères, de presque quelques décennies.
Nous ne reviendrons pas sur le club de l’audace.
Si ce type de club existait déjà, chez les éditions Marabout par exemple, il avait pour avantage de diffuser un sentiment d’appartenance à un club, un personnage, un clan. Lire Fantax et s’en réclamer devait déjà être sensationnel.

 

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Le personnage de Fantax est lui-même étonnant. Par son dynamisme, mais également sa détermination et sa brutalité, on a nullement l’impression de lire une aventure francisée de Batman des années 40  ou autre personnage américain contemporain. Non, Fantax, tel est mon avis, ne parait avoir qu’un unique descendant direct : le Batman tel que l’a conçu Frank Miller.

 

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Les similitudes entre les deux visions d’un justicier masqué sont étonnantes. Dans un cas comme dans l’autre, on a l’impression d’assister à la riposte d’un justicier qui est prêt à terroriser ses ennemis par tous les moyens à sa disposition.

 

Ultra-déterminés, les deux personnages sont d’une volonté sans faille quand il s’agit de remplir leur objectif. A ce jeu là, il semble même que Fantax soit davantage expéditif que le Batman de Frank Miller. Certes, cette analogie a fort peu été soulignée, mais je doute que les précédentes générations aient eu connaissance du Dark Knight.
Si vous hésitez toujours à lire des épisodes de Fantax, c’est sous cet angle-là qu’il faut aborder le personnage.

 

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L’autre élément intéressant de l’historique du personnage demeure sa déclinaison en statuette.
La para-bd, terme français assez nouveau qui recouvre toutes les déclinaisons d’un personnage de bd en volumes, souvent en statue, semble s’être érigé en mode à la fin des années 90. Depuis, les poses des personnages, leurs meilleures situations ou encore des couvertures marquantes semblent être des prétextes qui justifient une nouvelle variation du même personnage en plusieurs volumes.
Chott a, dès 1947, proposé via la société Stardoll une statue en plâtre de Fantax.
Elément collector parmi les éléments collectors, la statue de Fantax demeure aujourd’hui une pièce de collection majeure puisque leur conservation était aléatoire.
50 ans avant que la mode actuelle, initiée par Tintin et le studio Moulinsart en Europe puis par Bowen de l’autre côté de l’atlantique, cette statue Fantax, à ma connaissance, demeure tellement en avance.

 

 

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A noter qu’il existe encore un petit badge gris qui préfigure des pins et qui représente Fantax et Big Bill, un autre héros des studios Chott qu’il serait bon de connaître, lui-aussi.

 

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Enfin, en ce qui concerne les similitudes avec les USA, Chott proposait également des annuals de Fantax ou de Big Bill qui regroupaient donc les numéros d’une année civile, pas du matériel fait pour l’occasion. A noter que cette pratique, certainement une habitude des éditeurs pour écouler leurs invendus, sera reprise par LUG dans leurs fameux albums...


Encore une coïncidence, une de plus, qui démontre que Chott, au travers de sa création Fantax, était sacrément en avance sur son temps !

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Published by Bastien Ayala
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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 07:21

5ème partie


La réédition de Fantax est enfin là !

Cette réédition, un événement, contient les 8 premiers épisodes de Fantax dans des aventures qui commencent fort ! C’est le moins que l’on puisse dire.

Si les modèles américains semblent être le Fantôme du Bengale et l’Homme d’une heure, alias Hourman, ces 8 premiers épisodes raccommodent le tout à une sauce du studio Chott. Voyons ce que cela donne…

 

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Tout d’abord, il y a bien sûr le no 0, ces 20 pages parues dans Paris monde illustré que Strange a réédité dans un numéro 9 bis puis que Tanguy Mouchot vient de ressortir, parallèlement à la première reliure, dans un REPORTAGES SENSATIONNELS.
Ce numéro 0, avec une couverture inédite retrouvée dans les archives, demeure le vrai début du personnage et, déjà, tout y est.
Une petite fille d’un ambassadeur se fait enlever par Al Capy, l’ennemi de référence de Fantax qui le blessera intimement au terme de ce premier cycle. Lord Horace Neigbour se lance donc à sa recherche dés qu’il entend la nouvelle à la radio. Pas de passé, pas d’origine pour Fantax, le personnage est déjà installé et les choses démarrent vite pour ne pas s’arrêter, loin de là.

 

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Marcel Navarro, sous son pseudonyme amusant de J.K Melwyn-Nash, et Chott ont bien compris les règles des serials : recherche, traque et bagarre dans les moments  mouvementés et énigme pour les moments calmes.

Bref, Fantax est hautement vitaminé et il se passe toujours quelque chose à chaque page. Pas de temps mort, de la bagarre et l’absence de présentation de Fantax rend le personnage encore plus énigmatique.

La fin de ce numéro 0 voit l’arrestation de Al Capy et la promesse de nouvelles aventures.

 

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Le numéro 1, fameux et incunable, envoie Fantax pour enquêter sur la disparition d’une nouvelle invention atomique prise par des bandits. Si le no 0 était un prototype de ce que sera le graphisme à venir, le numéro 1 voit le style graphique puissant et ample de Chott qui s’est affirmé, pour le meilleur.

Chott se rapproche en effet davantage de Burne Hogart plutôt que Bob Kane ou Jerry Siegel. Les volumes y gagnent en force et le trait est à la fois clair et puissant.
L’aventure reste débridée, la fiancée d’Horace -Patricia - est introduite et le ton est tonitruant. Chott devance largement les cousins américains, pour des années, et le style d’écriture de Marcel Navarro est plus que convainquant.
 Mais le meilleur reste à venir.

 

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Le numéro 3 change Patricia en auxiliaire féminine, idée qui sera abandonnée par la suite, mais Al Capy revient, avec plus de férocité et de moyens. Le numéro se clôt par une belle chute de notre héros dans le vide, dans la plus grande tradition des cliffhangers américains.

A ce stade du récit, Fantax doit son salut à sa force et à sa détermination hors du commun. Assez souvent, Fantax fait penser à Conan et ses ennemis en pâtissent souvent. L’un est transpercé par une baïonnette, un autre est empalé par un pieu avec un graphisme qui ne dissimule aucune violence ! C’est gore, un peu cru et tellement avant-gardiste !

 

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Fantax, tout au long de ces 8 numéros, se cogne donc des bandits, Al Capy, des nazis nommés Werwolfs, un Maharaja avec tout un cortège de rebondissements et d’action débridé, alors que le personnage de Fantax reste toujours aussi intrigant et intéressant.
Une bien belle brochette d’histoires, dont je ne connais aucun équivalent, et qui se trouve enfin disponible dans un nouveau recueil.

 

fantax réditions

 

 

En ce qui concerne cette réédition, il s’agit d’un album luxueux et bien conçu qui provoque la curieuse sensation de paraître à la fois moderne tout en rappelant quelque peu le passé. La reliure en tissu rouge des vieux livres du temps jadis, une idée à laquelle Tanguy Mouchot tenait beaucoup, est une réussite qui rappelle l’identité des Fantax originaux.

Vous n’avez plus qu’à la commander pour la mettre dans votre bibliothèque, vous verrez que l’effet est garanti !

 


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Published by Bastien Ayala
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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 16:06

4ème partie


Bien que chargé d’un historique assez fort dans le panaorama de la bd française, où le personnage fait d’ailleurs figure d’exception, Fantax n’a eu le droit qu’à une seule réédition depuis le terme de ses aventures, en 1959. Ce fut dans le BD sup’ dédié à Fantax de 1986. Ce numéro spécial, fort bien réalisé, recueille les témoignages de Marcel Navarro, Danièle Mouchot, Remy Bordelet et Robert Rocca. Il republia exceptionnellement quelques planches de la première série dans ce rendez-vous/hommage à Pierre Mouchot et une poignée de fans.
Un numéro de haute facture, fort bien réalisé, qui fut conçu et réalisé par un fan de la première heure, Jacques Antoine Santiago. Or, Mr Santiago tient un rôle important dans la publication actuelle de Fantax.

 

bd sup

 

En juillet 2008, Jacques Antoine Santiago vient à Nice afin de rencontrer Tanguy et Danièle Mouchot. Si Tanguy est emballé par la perspective de rééditer les aventures de Fantax, sa tante est réservée, très réservée… Il faudra donc qu’un hommage soit rendu à son père, Pierre Mouchot, pour que l’aventure puisse avoir lieu.
Là-dessus se greffe un autre intervenant, Reed Man.
Lettreur, dessinateur, éditeur et animateur actuel de Strange, Reed Man est non seulement partant pour réaliser le lettrage de Fantax, mais il ouvre des portes à Tanguy en lui donnant de nombreux coups de mains (comme l’accueillir à Angoulême).
Il faut dire que pour Reed Man, fin connaisseur des bandes dessinées à petits formats dont Strange (titre qu’il a repris et fait revivre), Fantax est également cher à son cœur. Remy Bordelet, qui l’a formé au lettrage, était un des dessinateurs du studio Chott (le dernier, historiquement) et pour Reed Man, dont la passion pour la bd guide sa carrière.

L’aventure se doit être tentée.

 

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La première tentative sera donc limitée, afin de tester le marché et pour mesurer l’aura de Fantax. Il s’agira d’une réédition en souscription du fameux, rare et hors de prix no 1 de la série. Non seulement il est introuvable, mais en plus les photocopies couleurs se vendent fort cher !
Là-dessus, Reed Man devra accomplir un travail méticuleux puisque les planches originales, encore en possession de Mme Mouchot, ont résisté au temps mais des bulles italiennes ont directement été apposées sur les françaises pour l’édition italienne (là encore, tout une épopée à relater !).

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            (Reed Man !)

 

L’information est lancée via le net, à travers de multiples sites tels que Pimpf ou des revues telles que Comics Box. Xavier Fournier, très fortuitement, avait précisément pris contact avec Mme Mouchot pour une entrevue qui donna lieu à un article publié dans le site de Fantax. Xavier Fournier, toujours, prodigua généreusement quelques conseils à Tanguy Mouchot.

 

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Le numéro 1, tiré à 400 exemplaires, se vendit assez bien.
Il permit à la fois de soulever des fonds pour la suite de l’aventure, car il s’agit bel et bien d’une aventure éditoriale, mais il permet à Tanguy de relancer, symboliquement, le club de l’audace.
Le club de l’audace était une création de son grand-père qui permit de créer un club sportif, de type scout, pour les jeunes lecteurs de la revue.

Indépendamment de la revue ou presque, les jeunes se rencontraient en section sportives et allaient s’exercer le week-end. Une idée intéressante et dynamique qui permit aux jeunes de la France mais aussi de l’autre côté de la méditerranée de se rencontrer fraternellement… Une belle réussite et un bel esprit !


Le club de l’audace actuel délivre une feuille de bienvenue, la revue, mais également une reproduction rare d’une planche de Güs et Gaëtan, ainsi qu’une réduction aux numéros à venir, en remerciement de ce premier achat.

 

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Tanguy s’est escrimé comme un diable pour retrouver le type de papier se rapprochant le plus de l’époque avec le grain et la texture, afin d’être le plus fidèle possible au premier numéro original. Il avait en effet des idées très arrêtées tout comme sur la future première reliure dont il avait à l’époque une conception précise… et qui vient de sortir fin juin !
C’est de cette reliure, contenant les 8 premiers numéros de Fantax, que je vais traiter la semaine prochaine...

 

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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 07:50

3ème partie

Fantax, au-delà du personnage et de ses aventures, c’est surtout une épopée humaine qui demeure des plus intéressantes. Outre le destin assez triste de Pierre Mouchot lui-même, à qui la censure a fait payer assez cher le caractère avant-gardiste de ses aventures, il y avait aussi l’équipe de jeunes artistes en herbes que Pierre Mouchot a fait travailler et qui ont toujours éprouvé des souvenirs émus de cette période.

 

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Non seulement Fantax était un succès, mais les éditions Pierre Mouchot continuaient son développement avec différents titres. Les personnages étaient assez souvent destinés au jeune public masculin, citons Big Bill le casseur mais aussi Robin des bois. Notons également les aventures des héros comiques de Pierre Mouchot/Chott, Gus & Gaétan, qui sont les personnages préférés de la fille de Pierre Mouchot. Bref, les espoirs de Chott trouvaient enfin un aboutissement.

 

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Chott devait recruter des jeunes talents mais, à l’époque, la formation à la bande-dessinée n’existait pas. Chott passa donc des annonces et il recruta, mais surtout forma de jeunes talents qui firent, pour la plupart, carrière dans les studios de la bande dessinée.
Citons Bertrand Charlas, Remy Bordelet, Claude Bordet qui continuèrent chez LUG, probablement grâce aux liens amicaux qu’ils avaient avec Marcel Navarro depuis l’époque de Fantax.

 

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             (Remy Bordelet, à gauche de la photo derrière Claude Vistel !)

 

Ces gens, de vrais artistes, ont eu une carrière intéressante. Ils ont travaillé très tôt dans le monde de la bd et, dans le cas de Remy Bordelet, ont continué de livrer des travaux jusqu’au crépuscule de leur vie.
Toujours est-il qu’il y avait une bonne ambiance au sein du studio Chott, et que ces hommes lui montrèrent un mélange de fraternité et de reconnaissance.

 

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Le cas le plus intéressant demeure celui de Boc Roc, alias Robert Rocca et dernier survivant, mille fois hélas, de ce studio.
Robert Rocca, quatre-vingt ans passés, est toujours artiste dans l’Hérault.
Sculpteur accompli et artiste reconnu, Robert Rocca connut un cheminement artistique qui débuta par Fantax et Pierre Mouchot, puis d’autres éditeurs de bd puis il quitta tout, un soir, sur coup de tête, en prenant un camion qui le mena à Grenoble.
Là-bas, il fut pendant 27 ans illustrateur au Dauphiné Libéré et, le soir après ses heures de travail, il s’essaya à   s’accomplir à la sculpture, discipline où il sut se réaliser pleinement.
C’est à Tanguy Mouchot que je dois d’avoir visité la maison unique de Robert Rocca, qui lui servit également d’atelier, et d’avoir rencontrer un très grand artiste, ainsi que son épouse, Marie-Thérèse.

 

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Généreux, passionné, et désormais au firmament de son art, Robert Rocca a toujours envie, à 80 ans passés, de produire, réaliser, accomplir en volumes les idées qui lui passent par l’esprit.

Un véritable artiste, qui possède amplement tous les arcanes de son art et qui demeure mondialement reconnu.

Mr Rocca scuplte dans le bois, le bronze ou encore le marbre.
Toutefois, Robert Rocca n’a jamais oublié qu’il venait de la bd, Fantax orne la quatrième de couverture de son dépliant, ni Pierre Mouchot, dans il déplore toujours de n’avoir pas eu connaissance des malheurs qui s’étaient abattu sur lui, de même que sa mort qu’il a appris bien plus tard.
C’est donc avec émotion, mais aussi une reconnaissance posthume pour Pierre Mouchot au-delà des décennies, que Robert Rocca a bien voulu faire le déplacement jusqu’à Nice, le 26 juin 2010 dans la librairie de BD Fugue, 31 rue d'Angleterre à Nice, pour signer ce premier et nouveau recueil de Fantax, accompagné pour l’occasion de son épouse et de Danièle Mouchot, fille de Pierre Mouchot.
Avec une grande gentillesse, Robert Rocca a bien voulu répondre à quelques questions.

 

 

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BA : Mr Rocca, bonjour. Vous êtes venu aujourd’hui ce samedi 26 juin 2010 pour participer à une célébration/dédicace au BD Fugues de Nice, de la célébration de la réédition des 8 premiers épisodes de la série Fantax.

Pourquoi un artiste reconnu, âgé de 83 ans, a fait l’effort de venir jusqu’à Nice alors que vous habitez dans le département de l’Hérault ?

Etait-ce pour rendre hommage à Pierre Mouchot ?


RR : Tout à fait. J’ai participé à l’aventure des éditons Pierre Mouchot dés 1946, alors que j’étais encore très jeune, 16 ans pour tout dire. Alors que je n’avais ni le temps ni l’envie de m’attarder à l’école, Pierre Mouchot fut une rencontre détérminante dans ma vie personnelle et ma vie d’artiste. Il m’a pris sous son aile, m’a permis de former et il a été surtout très humain avec moi. C’était un grand homme, doué d’une solide force morale, d’un sens du devoir élevé, aux qualités humaines très affirmées.


BA : Vous êtes devenu maintenant un grand sculpteur. Vous êtes désormais établi et reconnu en tant qu’artiste dans un art majeur : la sculpture.

Or, j’ai lu dans votre dossier artistique que, après l’actualité de vos œuvres, vos expositions dans le monde et votre sculpture pour le rond point du château d'O, vous avez affiché en pleine page un dessin de Fantax.

Généralement, les artistes ou acteurs ont tendance à « oublier » leurs premières œuvres qu’ils considèrent comme mineures ou peu flatteuses. Vous, à contrario de cette habitude, vous semblez la revendiquer ?


RR : Absolument, Fantax était et reste pour moi, dans mon cœur, une étape dans mon cheminement d’artiste qui fut très importante. Pierre Mouchot ne nous cantonnait pas seulement à la réalisation des planches ou de couvertures. Nous parlions également de l’art et de nos envies artistiques. Ce fut un élément ô combien formateur dans mon apprentissage, et j’y repense parfois avec émotion, nostalgie…et reconnaissance !


BA : Justement, qu’avez-vous fait après l’aventure Pierre Mouchot/Fantax ? Quels chemins vous ont mené vers la sculpture ? S’agissait-il d’une voie évidente qui s’est faite naturellement ?


RR : Non, ce ne fut pas une voie aisée à prendre. Elle fut longue, compliquée et parfois âpre. Laissez-moi vous raconter que, après mon passage aux éditions Pierre Mouchot, je suis allé après chez d’autres éditeurs où les conditions de travail n’étaient pas les mêmes. Je devais parfois travailler 3 jours et 2 nuits d’affiler pour rendre mes planches à temps, des cachets me permettaient de tenir le coup physiquement, et cet  employeur avait tendance… à ne pas toujours payer à temps le travail rendu !

Aussi, j’en eut assez. Je suis monté dans un camion et, là, je me suis retrouvé à Grenoble où, pendant 27 ans, j’ai effectué du dessin de presse dans le DAUPHINE LIBERE. C’est pendant mes temps libres, généralement le soir, que je me suis mis à la peinture et la sculpture. Cette dernière discipline m’a apporté, et m’apporte encore, d’immenses satisfactions en termes d’accomplissement créatifs.


BA : En tant que, hélas, dernier témoin direct et acteur du studio Chott, que souhaitez-vous nous dire sur Pierre Mouchot ? Quelle fut l’importance de cet homme pour vous ?


RR : J’ai une immense reconnaissance pour cet homme, au-delà du temps et des mots.

Il m’a pris sous son aile, m’a formé et a été un modèle, presque un second père pour moi. Je fus très triste d’apprendre sa mort, ainsi que ses douloureuses histoires liées aux procès Fantax. Mais, hélas, l’information ne m’est pas parvenue et je l’ai appris plus tard, bien après sa mort. Pierre Mouchot était définitivement un grand homme et, j’espère, qu’il nous regarde quelque part… là-haut, qu’il est content de l’hommage que sa fille, son petit-fils et moi-même sommes venus lui rendre aujourd’hui.

 

 

 

*Merci à mon ami Frédéric Fabry pour son enregistreur !

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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 07:29

2ème partie

Revenons quelque peu en arrière, à l’époque du studio de Chott, quand il créa Fantax.

Pierre Mouchot s’était marié avant la guerre, guerre dans laquelle il s’illustra brillamment, et il avait déjà derrière lui un passé d’illustrateur dans la bande dessinée.
Toutefois, il avait envie de voler de ses propres ailes en créant lui-même sa propre maison d’édition, basée à Lyon.

C’est cette période qui demeure assez intéressante à étudier…

 

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Pierre Mouchot, aidé par son épouse Paulette, dut tout faire…à partir de son propre salon, chez eux !

Il put surtout obtenir du papier, ce qui, au sortir de la guerre où tout était rationné, était réservé aux serviteurs émérites de la résistance.
Pierre Mouchot avait rencontré juste avant la guerre un homme dont la contribution à Fantax fut importante : Marcel Navarro.

 

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Marcel Navarro, dont hélas bien peu de médias ont salué la participation à LUG ou relaté son décès en 2004, était un journaliste qui taquinait aussi la bd.

Il était aussi en relation, un temps seulement, avec Pierre Mouchot en ce qui concerne la résistance. Lui était resté à Lyon, Pierre Mouchot alla dans le maquis, avec sa famille, où il fut chef de section. Les deux hommes se retrouvèrent à la libération et ce fut avec joie que Marcel Navarro eut la charge de dynamiser le personnage de Fantax que Pierre Mouchot lui avait présenté.

 

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            (une des trés rares photos de Marcel Navarro, les bras croisés au milieu, dans        le studio LUG. Claude Vistel se tient à gauche)

 

 

La série Fantax naquit donc dans Paris Monde illustré.
Il s’agissait d’une éphémère revue, probablement locale, où Fantax s’illustra à raison d’une page par semaine, dans une page de cette revue hebdomadaire. Ce qui est à noter, c’est que cette page fit écho aux comics strips américains, que Pierre Mouchot devait connaître puisque Fantax s’inspirait fortement des qualités dynamiques et rocambolesques de ses confères américains. Mais la patte du studio Chott lui donna une saveur et une caractéristique unique, dont nous reparlerons ultérieurement.

Toujours est-il que Fantax fut lancé après cette première aventure dynamique qui constitue en quelque sorte l’aventure 0 de Fantax.
Il eut le droit, après, à sa propre revue, le fer de lance des éditions Pierre Mouchot, qui  rencontra un grand succès !
Jamais les enfants de la seconde guerre n’eurent quelque chose d’aussi sensationnel, d’aussi captivant, à se mettre sous la dent !
Et, à cause de l’arrêt de Fantax dû aux problèmes de la commission de censure, jamais ils n’auront quelque chose d’aussi dynamique avant…quelques décennies !
Ce numéro 1, le fameux, mythique, hors de prix avant la réédition officielle, fut un succès majeur qui connut trois rééditions !
L’audience fut soufflée, les jeunes enfants furent captivés, jamais on ne leur présenta un héros si inexpugnable, si déterminé, si fonceur, si dynamique. Le titre Fantax avait su faire mouche, dés le début !

 

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Les numéros, en format A4 de notre époque, se suivirent tous avec régularité et l’audience était captivée par ce héros bigarrée, aux aventures débridées, qui fut en quelque sorte un modèle d’identification masculin. Là où Superman ou Batman paraissaient mièvres et fades, Fantax osait tout et pulvérisait les limites du carcan d’aventures fades et ô combien moralistes !
Le titre de l’époque contenait 10 pages par numéros, 10 cases par pages et les maîtres mots du titre étaient le dynamisme et l’action. Bien que teintée d’un peu de naïveté quand à l’intrigue, Fantax savait maintenir un haut degré d’action.

 

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Devant le succès, et la nécessité de mener de front les tâches administratives (bien qu‘aidé par son épouse), Pierre dut recruter une bande de jeunes diplômés des beaux arts  ou aspirants dans ce domaine.
Il leur inculqua les notions élémentaires de la bd afin de maintenir et parfois, accélérer, le rythme de parution.
Cette partie-ci de l’épopée éditoriale Fantax, qui compta par ailleurs d’autres titres, demeure également des plus intéressantes et vous vous devez de la connaître…

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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 07:22

1ère partie

Afin de clore cette fin de saison pour le Royaume des avis, je prends donc des vacances jusque fin octobre, j’ai choisi de vous entretenir de ce personnage que j’ai connu pendant la première année de ce blog, une belle découverte, et des rencontres intéressantes qui en ont découlée.

 

FANTAX-n-1.jpg

 

Tout d’abord, et très honnêtement, je ne connaissais pas Fantax.
Je n’en avais jamais entendu parler, et je ne pense  pas non plus avoir eu sous les yeux un visuel de ce personnage haut en couleur.
C’est un ami collectionneur, Jean-Marc Vovau, qui m’en a parlé le premier. Ce fut d’ailleurs un sujet parmi tant d’autres et ce fut bien plus tard que je lui demanda de qui ou quoi il me parlait au juste.
Il m’a donc montré la pile de ses vieux exemplaires et je dois avouer que ce fut un choc, un gros.

 

bd-sup.jpg

 

Bien que rétro et daté, Fantax présentait une énergie et une particularité telle que, en un instant, je fus emballé. Je lui emprunta le BD Sup’ spécial Fantax, un exemplaire de référence, ainsi que le premier et unique fanzine les amis de Chott, très bon lui aussi, et je pris immédiatement connaissance de ce personnage, mais surtout de l’histoire de son créateur, Chott alias Pierre Mouchot, dont la carrière fut encore plus retentissante…

Je rédigeai donc une série de deux articles, plus un troisième mettant en évidence le lien entre Fantax le personnage et Fantask la revue. Le petit-fils de Pierre Mouchot, Tanguy, prit connaissance de l’ensemble et il me laissa deux mails, auxquels je répondis.
Il m’apprit alors qu’il s’apprêtait à republier les œuvres du personnage phare de son grand-père et nous nous rencontrâmes, puisque nous habitons dans le même département. Je rencontra également sa tante, la fille de Pierre Mouchot, afin de préparer un article paru dans Scarce no 72.

 

scarce72.jpg

 

Tanguy me relata ses souhaits : sortir des intégrales en dos toilés comme il l’entendait et sa tante, pour sa part, voulut retracer le plus fidèlement possible la vie de son père en lui rendant hommage par delà les décennies.

 

Rappelons que Chott lança Fantax, que la revue eut du succès, que Fantax était réellement sensationnel, captivant mais aussi, il est vrai, assez violent. Trop pour la commission de la jeunesse qui, par le relais d’une association, conduisit Pierre Mouchot à affronter 6 procès à la suite, les 5 premiers étant en sa faveur, et la condamnation du sixième fut sursis par une amnistie en raison de très hauts faits de guerre durant la seconde guerre mondiale (la vie de Pierre Mouchot était réellement incroyable). Ceci, ainsi que l’échec de la seconde série datant de 1959, le conduisit à une retraite du monde de la bd pour une seconde et dernière carrière de restaurateur de tableaux.

 

 

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                            (la seconde et intéressante série, au format tascabille)

 

Pierre Mouchot, probablement épuisé et affecté nerveusement par ces procès dans lesquels il s’est énergiquement défendu, mourut hélas trop tôt, en 1967. Il n'a pu se douter que, pour des fans de la première heure, Fantax occuperait toujours une place majeure, que la BD deviendrait le neuvième art et que sa place de pionnier serait peut-être en passe de lui être reconnue…

 

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Les premiers hommages de fans, ces jeunes garçons qui avaient sans doute bien grandi mais qui n’ont jamais oublié Fantax, s’étaient mis à contacter la famille de Chott, sa veuve et sa fille, et quelques premiers articles parurent ici ou là.


Ils soulignèrent à la fois le caractère excitant et sensationnel du personnage, une exception dans la bande dessinée française, mais également de l’injustice scandaleuse que dut subir à 6 reprises Pierre Mouchot.

Ce fut notamment Henri Fillipini dans Hop ! 16 et 17, Gérard Thomassian dans ses remarquables archives qui a accompli un travail de très haut niveau, le fanzine belge Kirby dans son numéro 17, BD sup’, les amis de Fantax et aussi le petit bédéraste de Norbert Moutier.
Fantax avait ses fans. Citons cette première génération d’enfants des deux côtés de la méditerranée, des supporters fidèles, mais également des fans chez des artistes plus connus tels que Mandryka ou Moebius lui-même !

Décidément, si Fantax n'était pas connu de la génération Strange/Lug, son souvenir était encore très fort chez les lecteurs de la première génération. Il est possible que si vous demandiez à un parent ou à un proche né à la fin des années 30 il connaissait Fantax, il vous répondra probablement par l'affirmative.

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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 08:00

 

2ème partie

 

Susan Cabot n’a pas ce qu’on peut appeler, en cette année 1959, une carrière retentissante ou  les portes d’Hollywood grandes ouvertes.

Son dernier film, encore un Roger Corman, était quand même  The wasp woman.

 

Un scientifique se sert d'une substance adn des abeilles, puis des guêpes, pour rajeunir les tissus humains. La propriétaire d'un empire de cosmétique, jouée par Susan Cabot, l'engage et, malgré les réserves du scientifique, décide de tester sur elle ce produit révolutionnaire.

 

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Un peu trop révolutionnaire, même, puisque le contre coup de la formule est assez violent : il la change en femme guêpe  qui fond sur ses proies pour aller ensuite les dévorer dans un antre secret. Un employé découvrira le pot aux roses et sauvera de justesse une ultime victime.

 

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Une fois de plus, Susan Cabot parvient à jouer avec conviction une femme qui tente de sauver son entreprise, au péril de sa vie et qui sait plus ou moins qu'elle devient quelque chose d'horrible la nuit venue. Elle tente un temps de mettre à l'abri ses employés, mais aussi potentielles victimes, mais son nouvel état à raison de ses véhélités. Cette dichotomie dans le rôle est un des points très intéressant du scénario, hélas trop peu développé, car le film demeure assez bref et les manifestations de la femme guête se réduisent à trois attaques.

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Susan Cabot parvient, par la magie de l'éclairage mais surtout par la conviction apportée à son jeu, à paraître une femme de quarante ans qui subit un cruel vieillissement qui annonce le déclin de son entreprise. Puis, au fur et à mesure de l'intrigue, elle redevient une jeune femme de vingt et quelques années ! Bluffante performance ! 

La femme guêpe est un bon petit film qui n'a aucune prétention mais qui demeure efficace...

 

WaspWoman2.gif

 

Susan Cabot abandonne le cinéma pour mener sa destinée ailleurs. Il est vrai que la femme guêpe représente peut-être le terme de ses ambitions artistiques...Bien que convaincante dans un film aux ambitions si mesurées, tourné pour 50.000 $ seulement en très peu de décors, il est vrai que la carrière de Susan paraissait la mener dans une impasse.


Notons que son talent est grand, réellement grand, et que sa capacité à intérioriser les rôles, tout comme la conviction qu'elle met dans son jeu,  demeure peu égalée à ma connaissance.

C’est donc une Susan Cabot délivrée du cinéma qui construisit sa vie mondaine.

 

Susan Cabot fut donc l’amie « intime » de Marlon Brando.

C’est assez amusant de constater qu’elle fut liée à Marlon Brando puisqu’il s’agit, en définitive, d’une paire des grands talents de leur temps, même si Marlon fut consacré alors que Susan ne le fut jamais.

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Toujours est-il que la vie mondaine de Susan ne s’arrêta pas là puisqu’elle fréquenta longuement un autre homme au rang assez élevé, le roi Hussein de Jordanie.

Hussein fut immensément riche et l’idylle dura quelques années. Elle prit cependant fin quand le roi apprit que la mère de Susan, de son vrai patronyme Shapiro, était juive.

Le roi Hussein déclara publiquement qu’il ne la connaissait pas mais ils continuèrent à se voir secrètement, de même que la liaison entre Marlon et Susan continua.

Un fils naquit en 1964, Timothy , mais il fut atteint de nanisme. Nul ne sait d’ailleurs qui était le vrai père…

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Toujours est-il que Susan Cabot refusa que son fils demeure un nain pour le restant de ses jours et elle s’appliqua à ce qu’il teste tous les traitements, parfois même expérimentaux, pour qu’il aie une existence normale. Susan était elle-même petite et elle a toujours penser que ce défaut physique l’a empêchée d’avoir la carrière qu’elle méritait.


Ce fut d’ailleurs le trait de caractère essentiel de Susan : une femme battante, qui a réussi à exceller dans le cinéma, sa première carrière, puis dans la vie mondaine avec un succès différent.

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Les années passèrent et Susan épousa finalement un acteur, Michael Romain en 1968 soit 4 ans après la naissance de Timothy qu’elle a eu à 37 ans. Mais des problèmes survinrent, on parle d’une personnalité de Susan que l'amertume rendue très difficile à vivre, aussi Michael et elles divorcèrent en 1982. On dit également que Brando, autant que le roi Hussein, continuèrent à soutenir financièrement Susan.

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Mais elle a quitté ces deux mondes qui lui ont tant apporté, le cinéma et la vie mondaine, pour vivre seule avec son fils dans des rapports difficiles.

 

Aussi, le 10 décembre 1986, Timothy appela la police qui trouva morte Susan Cabot.

Timothy expliqua aux policiers qu’un latino habillé en Ninja était venu pour les cambrioler et qu’il n’aurait pu sauver sa mère. Cette version ne convainquit nullement les policiers et Timothy avoua finalement : il a lui-même tué sa mère.

Timothy, probablement handicapé par les traitements et vivant reclus avec sa mère, fut condamné à 3 années de prison.

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Très triste destinée pour cette actrice de grand talent…

Mais un biopic fut envisagé il y a quelques années sous le nom de Black Rose.

L’actrice envisagée était Rose MacGowann, dont je n’ai apprécié aucun de ses films ou de ses prestations, l’actrice étant en outre un rien sulfureuse. Enfin, elle pourrait pour la première fois de sa carrière tenir un rôle en or et rendre hommage à une si grande actrice dont le destin fut frappée par des malheurs à la hauteur de son talent…

 

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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 08:19

 

 

1ère partie

 

Susan Cabot est peu connue en France, seulement des cinéphiles les plus avertis du cinéma fantastique. Elle a arrêtée le métier d’actrice en 1959, ses films les plus notoires ne sont pas exactement de grosses productions, et elle n’a aucune autre connexion artistique qui aurait pu la faire connaître du public français.

Pourtant, le talent et le destin peu communs de Susan Cabot méritent quelque peu que je vous la présente.

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Née en 1929 à Boston, Susan Cabot eut une enfance instable puisqu’elle a déménagée 8 fois.

Aussi, elle voulut s’émanciper et elle fut dessinatrice puis, pour améliorer un ordinaire difficile, elle devint actrice de cabaret puis de théâtre.

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Elle fut donc actrice à 18 ans et sa beauté lui permit alors de travailler régulièrement en alternant des émissions télévisées puis des petits rôles au cinéma. Elle décrocha même un contrat avec Universal, les contrats étaient une garantie de tourner pour les acteurs et un mode de gestion courant des studios, et sa carrière fut lancée, sans qu’elle soit réellement devenue une star puisqu’elle renoue de temps en temps avec les séries télévisées.

Des productions qui nous sont désormais invisibles, puisque ce type de films survit difficilement dans une exploitation durable.

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Mais sa carrière nous est plus familière dés 1957 car elle travaille alors pour Roger Corman.

Roger Corman est le pape de la série B, il a su concevoir, produire et réaliser des petits films de genre qui s’inscrivirent dans la mouvance de ce qui fonctionnait alors, des genres variés tels que les films pour le public féminin, de guerre, policier et…d’horreur !

 

Roger Corman, incroyablement doué, savait alors s’entourer de jeunes talents aux potentiels énormes à qui il offrait une première chance bien que très faiblement rémunérée.

Certains de ses films, bien que tournés en 15 jours pour la plupart, sont incroyablement captivant bien que tout demeure réalisé à l’économie. Mais le talent de Roger Corman permet de faire la différence et ses films ne sont jamais ennuyeux.

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Aussi, Susan Cabot tourne des films avec Roger Corman qui, cela fut la seule fois à ma connaissance, la prend sous contrat exclusif.

Ces films ne sont pas des chefs d’œuvre, loin s’en faut, mais ils présentent tous une originalité, un intérêt voire une dynamique qui leur permet de se faire favorablement remarquer dans un océan de films du même calibre.

 

L’association Roger Corman/ Susan Cabot produit des étincelles, ce n’est désormais plus un mais deux talents majeurs qui servent ces petites productions.

Passons Carnival Rock, film invisible en France, pour nous attarder sur Sorority Girls.

Les Sorority Girls sont des étudiantes de facultés américaines qui vivent ensemble.

Susan Cabot joue Sabra Tanner, une adolescente mal dans sa peau qui va se revèler démoniaque jusqu'à exploiter cruellement les souffrances de ses pairesses. Un film d’exploitation, c’est à dire un film destiné à exploiter un créneau, mais qui se permet d’être intelligent et qui esquisse même une intéressante étude de personnage, celui de la retors Sabra Tanner, Susan Cabot en l’occcurrence.

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Si le prégénérique annonce quelque peu des relents de sorcellerie, que l’on ne verra jamais mais le film pourrait effectivement décrire les premiers pas d’une sorcière moderne, la performance de Susan Cabot est incroyable. Elle joue une collégienne alors qu’elle a trente ans passées, et l’illusion est fort crédible !

Son jeu demeure l’un des tous meilleurs que j'ai jamais vu : elle est extrêmement convaincante et elle parvient à crédibiliser son personnage, prise entre ses tourments intérieurs, ses frustrations, qui choisira le mal pour finalement se retrouver rejetée par toutes ses pairesses. Un film mineur, mais qui se trouve servi par un talent majeur.

 

Susan Cabot  enchaîne dans un second rôle avec les Femmes vikings et le serpent de mer.

Un film assez insensé, plutôt original qui narre les femmes d’une tribu de femmes viking partir à la rescousse de leurs maris ou compagnons, retenus prisonnier dans un royaume adverse séparé par une mer et…un serpent géant !

Encore moins de deux semaines de tournage pour Roger Corman, pas mal d’astuce et de dynamisme dans sa mise en scène, et ce Femmes vikings et le serpent de mer demeure un film agréable pour peu que l’on soit indulgent.

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Susan Cabot tient le rôle de la traîtresse qui convoite un homme de sa tribu lié avec une autre. Elle tentera de manipuler son entourage comme ses adversaires et, sachant qu’elle ne l’aura jamais, elle décide de se sacrifier pour que sa tribu puisse regagner leur village.

Encore une prestation totalement réussie, alors que ce rôle demeure assez mutin, tout en retrait et servi avec finesse. Un second rôle et une seconde prestation très convainquante, que nous réserve encore Susan Cabot ?

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Son film majeur demeure Machine Gun Kelly.

Il raconte l’histoire de ce truand, Kelly, qui a la réputation de ne tuer qu’avec sa mitraillette.

En effet, malgré une attitude cyclothymique, il réalise un braquage, puis il tue des rivaux pour enfin se risquer à un enlèvement d’une enfant.

Machine Gun Kelly élabore une caractérisation intéressante de ce tueur, tantôt prudent jusqu’à la lâcheté, tantôt remonté à bloc. Entre ces deux pendants très différents, se trouve son épouse, jouée donc par Susan, qui parvient à exercer sur lui un tel ascendant que le moineau se transforme en fauve.

 

Machine Gun Kelly permit à Charles Bronson de jouer l'année suivante dans les 7 mercenaires.

Ce fut son ticket d’entrée vers la gloire mais Susan Cabot compose encore, avec talent et conviction, un nouveau rôle tout aussi différent des deux autres, celui d’une femme sans qui Machine Gun Keely ne serait rien.

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Ce fut Roger Corman qui, pour répondre à la demande de ses producteurs de l’A.I.P (dont le « père » de Jack Nicholson, imagina l’histoire de ce film qui s’inspire d’une histoire vraie !), qui changea de genre avec, une fois de plus, inspiration.

Machine Gun Kelly était le film qui a établit la réputation de Roger Corman, et ce avant son cycle d’Alan Edgar Poe.

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Je vous renvoie d’ailleurs sur ce dossier remarquable de Roger Corman, écrit par Walter Presley. Il est l’un des plus complets jamais réalisés puisque, à part un livre de Stéphane Bourgoin, Roger Corman demeure assez peu traité en France, ses films n’ont pas été beaucoup importés en France à part le cycle d’Edgar Poe ( pourtant célébré à l'époque par l’austère Cahiers du cinéma, pour qui le cinéma ne se conjuguait pas avec distraction).

 

Mais il nous reste le cas Susan Cabot et son destin, si particulier…

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