Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 08:00

Le roi singe, nommé Sun Wu Kong, demeure une figure réellement importante des contes et mythologies chinoises qui nous sont, il faut le reconnaître, assez étrangers. Toutefois, après quelques recherches, j’ai pu constater que Sun Wu Kong demeure un personnage récurrent dans la culture chinoise, passée comme moderne. Il convient donc de traiter un peu de ce fantastique personnage et d’en raconter l’histoire.

Sun Wu Kong demeure l’un des nombreux personnage d’un conte du VII siècle. Il est dû à un moine chinois Xuan Zang, qui est parti en Chine afin d’en apprendre plus sur les textes bouddhistes qui sont la source de cette religion. Son voyage durera de 629 à 645. Ce qui demeure amusant, c’est qu’un auteur nommé Wu Cheng  a édifié à partir de ce voyage un grand nombre d’histoires fantastiques qui mêlent personnages imaginaires et panthéon céleste. Cette  oeuvre se nomme pélerinage vers l'ouest, il s'agit d'une oeuvre majeure de la littérature chinoise.

Si Sun Wu Kong demeure bien l’un des personnages principaux, il n’est pas pour autant le protagoniste principal mais bien l’un des fidèles alliés du moine Xuan Zang, dont le nom est désormais confondu dans une légende.

Ainsi, l’histoire de Xuan Zang demeure réellement importante, et le périple de Sun Wu Kong contre le palais célestes ne constitue que l’une des aventures de cette série de conte. D’ailleurs, Sun Wu Kong/ le roi singe demeure finalement puni à être emprisonné pendant 500 ans au pied d’une montagne et c’et le moine qui viendra le délivrer. Après quelques remous, il suivra un temps le moine dans son voyage et il deviendra même son disciple bouddhiste. J’aurais du mal à vous communiquer le nombre de contes en question, mais ceux-ci sont vraiment nombreux et ils forment un tout.  

En tout cas, la figure de  Sun Wu Kong/ le roi singe demeure infiniment populaire en Chine. Elle a traversé les siècles et elle demeure encore très appréciée par les enfants. Ses adaptations ont été nombreuses et variées, que ce soit au cinéma ou dans les mangas chinois (si je peux qualifier leur bandes dessinées ainsi, bien sûr) mais surtout dans les spectacles de rue ou de danse (un art majeur en Chine). Pour les films, le comédien Stephen Show a incarné Sun Wu Kong/ le roi singe lors d’un film en 1994. Des adaptations antérieures avaient déjà célébré la saga du moine Xuan Zang, dont les disciples sont le roi singe et un porc. Enfin, des mangas ont traité du personnage autant que du périple.

Ce qui demeure amusant dans le personnage de Sun Wu Kong/ le roi singe, c’est qu’il demeure indiscipliné, terriblement. Les civilisations orientales nous apparaissent comme très formalistes du point de vue de la structure, la hiérarchie et des relations sociales. Or, Sun Wu Kong/ le roi singe demeure l’exception ou l’électron libre. Sun Wu Kong/ le roi singe ignore les usages, il n’en a cure. Il se rebelle tout de même contre les représentants célestes de l’ordre divin, il délaisse son nouveau maître Xuan Zang. Bref, il demeure imprévisible, irrévérencieux et il échappe à tout carcan. A mon sens, Sun Wu Kong/ le roi singe demeure un défouloir au sein de tout ces personnages chinois dont les actions sont guidés par la morale. D’ailleurs, le singe demeure un animal familié aux Chinois, il s’agit d’une des techniques des arts martiaux et elle retranscrit bien la fugacité de singe : indocile, bouillonnant, curieux, indiscipliné, explosif…

Sun Wu Kong/ le roi singe demeure donc un paradoxe amusant au sein de la culture asiatique, un rien subversif même, tel que hélas je l’appréhende (de manière limitée, j’en conviens).

En outre, quelques aventures de Sun Wu Kong/ le roi singe ont été traduites par en livres, au nombre de 8 sur un total souhaité de 30. Ce qui demeure amusant, c’est que cette initiative heureuse ne demeure pas privée mais elle émane du à une initiative de l’ambassade de Chine en 1984. Les livres furent en effet imprimés en Chine, mais je ne connais pas leur mode de diffusion. En tout cas, il s’agit de bien beaux ouvrages qui prolongent la magie du film de Wan Lei-Ming. Merci à eux donc !

 

 

 

 

Repost 0
Published by Bastien AYALA
commenter cet article
27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 05:28

Même si le dessin animé actuel se conçoit surtout comme des produits pour enfants, avec une formule type mise au point par Walt Disney, qu’il ne convient de ne pas trop s’écarter. Mais il y a des artistes qui ont œuvré chacun de leurs continents sinon leurs pays d’origine et qui sont des pionniers. Wai Lai-Ming demeure un de ceux-là. Or, il nous est particulièrement peu connu en France, la faute en incombe à un circuit de distribution hasardeux. Il convient donc de revenir un tant soit peu sur Mr Wai Lai-Ming.

Wai Lai-Ming est né en 1900 à Nanjing en Chine. Doué pour les arts graphiques, il développe très tôt une inclination pour les dessins. Il demeure stupéfait par les nouveaux dessins animés qui arrivent des USA. Pensez-donc, les dessins peuvent s’additionner et former un ensemble qui donne l’illusion d’une vie, sinon d’un mouvement. Wai Lai-Ming et son frère jumeau vont donc faire leurs débuts à l’âge de 19 ans, au département d’art de la Shangai Commercial Press. Même s’ils doivent se contenter de dessins qui paraissent dans les journaux, les frères vont tenter sans relâche, animés par leur passion, de comprendre afin d’animer leurs propres dessins. Ce fut une discipline longue et exigeante, mais les Wai étaient  réellement passionnés.

Leur premier essai date de 1922 avec un court métrage qui voit les péripéties d’une machine à écrire. Leur journal leur a avancé les fonds pour une telle réalisation, mais il s’agit encore d’un tâtonnement, et les frères connaissent quelques imperfections puisqu’il réinventent tout eux -mêmes ! En 1924, ils intègrent les films de la grande muraille de Chine où ils confectionnent enfin leur premier court métrage digne de ce nom, qui ne dure que 12 minutes, mais qui connaît un vrai succès en salles ! Les succès et les réalisations s’enchaînent mais il faut avoir en tête qu’il ne s’agit pas d’un rythme industriel, loin de là.

Les deux frères sont rejoints en 1938 par leur trois autres frères, ce qui nous fait là une belle fratrie. Mais Wai Lai-Ming demeure engagé politiquement, à gauche, et il réalise des œuvres anti-japonaise. Pour la première fois, le dessin animé cesse d’être une œuvre enfantine ou artistique pour demeurer politique ! Motivé par Blanche Neige, le premier grand film d’animation de Walt Disney (d’un autre bord politique !), Wai Lai-Ming tente désepérement de faire financer une œuvre du même calibre par les producteurs locaux. Mais la situation demeure extrêment difficile. Il parvient quand même, à force de malice, à réaliser la princesse iron fan, puis à concrétiser un second qui se nomme Havoc from heaven. Wai Lai-Ming devra cependant attendre 1950 à cause d’aléas économiques et politiques.

Après de grande péripéties, le premier court métrage en couleurs de Wai Lai-Ming sort enfin. Il se nomme Pourquoi le grand corbeau noir croasse-t-il ?. D’une durée de 10 minutes, ce court reprend l’intrigue d’un conte avec un corbeau (ou un paon) qui met le feu par inadvertance. Il s’agit d’un premier jalon de qualité pour l’animation chinoise, donc une référence.                        Wai Lai-Ming travaille dur lors de cette même période à sa grande œuvre, celle qui aura été permise par les instances du régime chinois afin de permettre à l’animation chinoise de briller sur la scène mondiale. Ce fut bien sûr le Roi singe contre l’empire céleste qui dure plus d’une heure. Wai Lai-Ming a les moyens grâce au régime chinois. Une kyrielle d’artistes de grands talents qui ne trouvent que comme unique débouché que d’intégrer cette production qui voit tellement grand, et haut en terme de qualité ! Le roi singe sera présenté sur la scène mondiale, et il s’agit indéniablement du triomphe de l’animation chinoise, qui peut non seulement damner le pion par rapport aux studios japonais (qui connaissent leur âge d’or, indéniablement) mais également par rapport aux américains qui n’ont pas atteint ce degré de qualité, il faut le reconnaître. Ce sera le triomphe pour Wai Lai-Ming, ainsi que l’œuvre qui lui assure la postérité. Mais hélas pour lui et pour l’animation chinoise, la révolution culturelle de 1966 vient stopper net cet élan artistique majeur. Wai Lai-Ming et les autres artistes de son studio ne pourront plus œuvrer, pendant longtemps. Tous sont pris dans les remous de l’histoire et Wai Lai-Ming devra remiser, avec une grande peine, tous ses projets à venir. Il meurt donc en 1997, mais il sera le père de l’animation chinoise de référence, et peut-être le père de la plus sublime œuvre d’animation tout court…



Repost 0
Published by Bastien AYALA
commenter cet article
25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 08:00

Au risque de me répéter,  j’estime que l’animation demeure un art majeur auquel on devrait laisser toute latitude afin de créer et de se développer comme un confluent du 7ème art, à part entier. Au lieu de cela, on a la sempiternelle formule à la Walt Disney qui  nous rabâche rigoureusement la même histoire en ne modulant que les personnages. Pourtant, Ralph Bakshi, Myagasaki, Paul Grimault ou encore René Laloux ont montré quelques unes des immenses possibilités de cet art. Il y a encore un auteur majeur qui reste à célébrer, Wan Lai-Ming , dont le film le roi des singes demeure un des plus pures joyaux jamais vu ! Le roi des singes contre l’empire céleste s’attache au personnage de Su Wu Kong, le roi d’une tribu de singes qui semble vivre en relative autarcie. Il vit en effet avec sa bande de joyeux petits singes qu’il exerce aux arts martiaux dans une montagne retirée. Le problème demeure qu’il demeure si puissant qu’aucune arme ne semble lui convenir. Il va alors voir son voisin le dragon des mers et lui demande une arme appropriée. Ce dernier lui amène des armes chaque fois plus massives mais aucune ne lui convient réellement. Aussi, pour le braver, le dragon des mers lui montre un bâton qui soutien son océan et il lui promet que, si il parvient à le retirer, il pourra l’emmener.

Cela ne semble causer aucun effort particulier à notre roi singe qui parvient aisément à le réduire et il l’emmène. Furieux malgré sa parole, le roi dragon s’en va se plaindre au tout puissant céleste qui connaît mal ce singe. Un vieux conseiller l’engage à faire venir ce singe du monde d’en bas afin de le soumettre en l’obligeant grâce à un poste quelconque.

On lui confie donc les écuries célestes, mais une inspection désobligeante le fera monter sur es grands chevaux. Le roi singe s’emportera mais le conseiller du tout puissant tente de temporiser la situation. Aussi, on lui confie la garde du verger céleste qui contient des pêches pouvant rendre immortel. Son rôle sacré consiste à ce que personne n’en mange puisque chaque pêche met 3000 ans à pousser et on ne les mange que lors d’un banquet céleste. Le roi singe n’en a que faire et il en boulotte quelques unes.

Cette fois, ce sera l’ire du roi céleste, appuyée par le conseiller qui enverra ses légionnaires célestes, son prince ainsi que des dieux guerriers pour asservir puis exécuter ce roi mineur et terrestre si peu obéissant. Le roi singe parvient en effet à conter les attaques des troupes célestes mais les forces demeurent tellement nombreuses, et lui ainsi que son peuple sont si inférieurs numériquement…

 Voilà pour l’histoire du roi des singes contre l’empire céleste, qui s’apprécie véritablement comme un conte. Un fort beau conte par ailleurs, qui recèle plusieurs niveaux d’interprétations et qui met en scène un panthéon céleste de la mythologie chinoise qui demeure véritablement captivant.  Le roi des singes contre l’empire céleste nous propose ni plus ni moins qu’une plaisante invitation dans une culture qui nous est hélas que trop étrangère. Mais elle demeure réellement riche et fabuleuse, un délice pour les esprits réceptifs.

Le roi des singes contre l’empire céleste demeure emprunt de poésie qui se remarque sur tous les plans du long-métrage. Les dessins et l’animation retranscrivent à chaque instant une grâce, une délicatesse, un charme qui accompagne chacun des personnages dans une succession d'image qui dégage une grâce et une poésie incroyable.

Le point fort du roi des singes contre l’empire céleste demeure l’extrême qualité de sa réalisation, qui se hisse sans peine à un niveau artistique pour en devenir un acmé. Tout demeure magistrale dans ce film : les couleurs, l’animation, le design des personnages qui évoluent tout en grâce. Ce film daterait de 1961 et il est produit par le régime chinois. Je soupçonne que de très grands artistes ont participé à cette réalisation et qu’ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes. La beauté esthétique du roi des singes contre l’empire céleste fait honneur aux estampes chinoises et les couleurs demeurent absolument splendides. Il s’agit probablement du métrage d’animation le plus beau que j’ai vu et les visions irréelles qu’il retranscris demeurent fabuleuses.

Le roi des singes contre l’empire céleste demeure une production qui nous est venue fortuitement, presque par hasard et avec près d’une vingtaine d’années de retard.

Il fut proposé au marché du film à Cannes en 1981. Il fut acheté par une des télévision puis sa diffusion eut lieu quelques années après, un samedi après-midi de mémoire sur une de nos trois chaînes d’alors (qui étaient publiques). Il a laissé un fort souvenir à ceux qui ont eu la chance de le voir, dont moi. Il semble qu’il serait passé également sur TMC pendant les fêtes de Noël. En vidéo, c’est Open Vidéo qui nous l’a proposé en 1982 puis, quelques années plus tard, l’audacieuse firme Haxan dont la direction fut constituée d’excellents cinéphiles. Mais à propos, qui est le réalisateur de ce film ?


Invitation : Un petit extrait du film ?

Repost 0
Published by Bastien AYALA
commenter cet article
24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 08:00

Hubert Mounier ne s’est jamais caché de sa passion pour la Bd. C’est rare, voire unique dans les médias français et d’ailleurs, Hubert a fait bien plus que de déclarer aimer la Bd : Il en a fait ! Retour sur sa passion, mais aussi une identité visuelle du groupe, qui démontre que l’art de Cleet Boris ne se limite pas à un seul média.



Né en 1962, Hubert habite donc Lyon. Inutile de vous préciser que c’est dans cette ville, superbe par ailleurs, qu’un nombre important d’éditeurs habitaient. Il y a avait là les éditions du Rempart mais surtout LUG. Hubert a donc lu son premier Strange vers 1972, et ce fut un choc, un gros.


J’imagine donc Hubert comme un lecteur averti des adaptations américaines et il aurait d’ailleurs une fort belle collection. Justement, il est interviewé dans Strange 281 comme artiste invité, il me semble me rappeler d’un petit croquis de Tota, et l’interview est assez intéressante. Hubert révèle qu’il a TOUT les fascicules LUG depuis le premier Fantask. Il est vrai que ce type de déclaration retient l’attention des gens cupides (moi, bien sûr). Ce fut d’ailleurs une grande première pour LUG.

Ainsi la brave Claude Vistel n’y entendait pas grand chose en musique moderne [ dans une interview, ses propos permettaient de comprendre qu’elle ne connaissait rien au groupe de même que toutes ces années avec les X-men l’ont lassées].

Tout d’abord, le look d’Hubert Mounier fait référence à Tintin, ce qui est éminemment sympathique. Il y a donc une certaine correspondance entre lui, son avatar et la Bd. De plus, certains visuels, univers, ou textes de chansons demeurent emprunts à la Bd ou à un certain imaginaire des contes de notre enfance. Cette dichotomie entre textes adultes ou chansons qui regrettent ou célèbrent l’enfance demeure réellement intéressante. 

Mais Hubert s’exerce aussi au crayon, et le résultat est fort sympathique, réellement animé. Son premier album date donc de 1986 et on retrouve Cleet Boris en avatar dans la couverture de son propre album. D’ailleurs, si on y regarde de plus prés, la pochette de Chic Planète montre le groupe représenté en avatars un rien décalés, zazous. Cette pochette fut donc novatrice puisque ce type était assez rare à l’époque. C’est donc une des clefs pour appréhender convenablement l’univers de Cleet Boris : son imaginaire ne se limite pas à un seule média ou support, loin s’en faut !

Combien d’autres artistes ont transcendé l’expression de leurs arts sur d’autres supports ? Peu.

  Poue Créature, il convient de célébrer Cleet Boris comme artiste réellement remarquable. Il a mis deux ans pour parfaire au scénario, dessins et couleurs cet album.

Ses albums nous permettent de voyager un peu plus loin dans son imaginaire, le fameux univers propres aux artistes qui ne sont pas chez lui une invention publicitaire. Il est aussi intéressant de voir son coup de crayon, Cleet a plusieurs styles mais il tente une nouvelle approche pour Créature.

 Créature continue l’œuvre de Mary Shelley et nous montre les pérégrinations de la créature de Frankenstein. Cleet est à la fois dessinateur et scénariste. L’œuvre est carrée, bien amenée et on se prend d’intérêt pour cette créature, une sorte de nouveau-né que l’on veut abattre, encore et toujours. Son trait a particulièrement retenu mon attention, j’ai eu l’impression que Cleet connaissait le travail de Bernie Wrightson et qu’il suit quelque peu ses traces

. Aussi, j’ai eu l’impression de retrouver un peu le charme des dessins de Kelley Jons. Heureux hasard, j’apprécie pas mal Kelly Jons. Aussi je vous invite à vous pencher sur ce créature qui mérite une attention particulière et une place dans votre bibliothèque.


J’ai lu avec regret qu’Hubert était un peu lassé, un rien dépité des tracas de son retour pour Le grand huit qui n’a pas eu l’attention des médias.

 Il est vrai qu’avec le phénomène Star’ac, on a l’impression que la musique française est extrêmement réduite, qu’elle ne se résume qu’à une poignée de chanteurs qui doivent occuper .tout l'espace médiatique et ne rien laisser aux autres (avec très peu de qualité). Le vrai problème est surtout que l’on s’éloigne à grande vitesse des standards de qualité et les nouvelles compositions deviennent plus rares.

 Hubert Mounier fait partie de cette scène française qui nous prouve le contraire, titre après titre. Pour ma part, je souhaite qu’il renoue avec la félicité.  


                                      (le Strange 281 qui contient l'interview de Cleet)

Ce qui est impressionnant, dans les Bd comme dans les albums d’Hubert Mounier, c’est qu’ il est capable de se métamorphoser que ce soit dans les thèmes, les textes ou bien sûr son dessin. Il est ainsi capable de dessiner de plusieurs manières, de changer de style du tout au tout, de repousser leurs limites, de se renouveler à ce point. Ceci est prodigieux. Après réflexion, seul les grands artistes étaient capables de ne pas se limiter à un seul support, et l’odyssée artistique d’Hubert Mounier/Cleet Boris vaut largement la découverte. Pour ma part, j’attends avec impatience ses nouveaux sillages.

 

Note : Je vous renvoie à cet excellent site pour la carrière de Hubert et ses albums. Il s'agit du site de référence sur l'Affaire Louis Trio, qui est de très bonne qualité.

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Bastien AYALA
commenter cet article
22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 08:00

 Cleet Boris laisse finalement la place à son alias/égo plus sérieux, Hubert Mounier.
Il est possible d'envisager ce très grand artiste sous la perspective d'une dichotomie : Cleet Boris pour les chansons fun et Hubert Mounier pour les chansons graves et introspectives.
Le Grant Huit marque donc le retour en premier plan de cet artiste, aux qualités de compositeur et d'intérprête au pinacle de leur maturité.

Le Grand huit est un très bon album, solide aux titres de qualités remarquables.

Mais ce qui frappe dans le Grand huit est la mélancolie, la gravité des thèmes abordés qui contrastent avec certains titres légers de l’Affaire. Le titre Nelson est de tout premier ordre, mais il est surpassé avec brio par la Vue sur la mer. Les paroles de la Vue sur la mer sont étonnantes par leur maîtrise :

« La vue sur la mer,
la dernière,
quand on sait ce qu’on perd. »


Cet cuvée d’Hubert Mounier est manifestement plus mature, plus sèche comme si le masque de la bonhomie était tombée et que toute la dimension mature d’Hubert remontait, avec les idées noires qu’il renfermait. Hubert, comme tout bon artiste qui est un observateur attentif des vicissitudes de la vie, sait doser les circonstances amères et  tendres de son existence. D'ailleurs, ses observations  raisonnent parfois avec nos propres doutes.

Aussi, Hubert a relégué son pseudonyme de Cleet Boris et il a laissé retomber sa houppette à la Tintin. Le Grand huit est définitivement l’album de la maturité musicale, une nouvelle direction et un nouveau pallier dans l’expression artistique d’un artiste confirmé en pleine possession de ses moyens.

C’est également un des tous meilleurs albums de ces dernières années de la variété française! L'émancipation de la rupture avec l'Affaire Louis Trio s'est peut-être faite  dans la douleur , mais le résultat  est là. 

Après ce premier opus d’une carrière en solo, Hubert revient 4 ans plus tard avec un nouvel album, voyager léger.

Là encore, c’est une performance qui réussit même à dépasser le grand 8.

Voyager léger contient quelques hits en puissance tels que l’amour est dans l’air ou encore la vie fait ce qu’elle veut, le titre phare de l’album.

Ces deux titres sont maîtrisés, mélodieux et ils retiennent durablement l’attention.

Pourtant, alors qu’il n’est pas mis plus que cela en avant, le meilleur morceau de l’album demeure à mon sens le splendide l’amour revient toujours, chanté en duo avec Gaëlle, la campagne de Hubert. Un morceau tout en subtilité, où les deux voix pourtant différentes s’harmonisent dans une superbe mélodie. A mon sens, le hit de l’album. 


Pourtant, Voyager léger est généreux question titres de qualité. Outre ce que je nomme les hits, c’est à dire des titres qui se retiennent vite et que notre zone du cerveau dédié à la mélodie retient facilement, Voyager léger propose quelques « sleepers », soit des titres qui révèlent leurs qualités manifestes après plusieurs écoutes attentives.
 Ainsi le second titre, le sourire en moins demeure une merveille d’observation sur les temps difficiles que nous vivons, le tout écrit et retranscrit tout en nuances…Du grand art !

L’autre titre qui se révèle incontournable, sur cet album déjà bien consistant, demeure à mon sens le magicien d’oz, encore un petit bijou qui porte au pinacle le talent d’Hubert pour les duos. Deux duo différents sur le même album, plus un autre (les années 30) sur le Cd bonus, il n'y a pas qu'Etienne Daho qui excelle dans cet exercice difficile.


Ainsi, Voyager léger a bénéficié d’une réelle attention sur la forme tant ce CD est soigné, on a le droit à un DVD supplémentaire de 4 titres, tous de bon niveau mais aussi un reportage sur notre artiste lui-même. On peut donc découvrir dans l’intimité qu’il veut bien nous donner, une personne sensible, emprunte au doute et pour qui la création demeure un processus difficile et intime.

Un album de très haut rang, sûrement mon préféré d’un artiste en langue française dont on espère vite un nouvel opus.

Mais la question qu’il convient raisonnablement de se poser est : est-ce que Hubert Mounier pourra faire mieux ?

Sur le site d’Amazon, les critiques de Voyager léger sont dithyrambiques et certains parlent d’un des tous meilleurs albums en langue française de ces dernières années. Franchement, je ne peux leur donner tort.

 

Plus récemment encore,  une compilation est sortie, Affaire classée, avec les tubes de l’Affaire Louis Trio, ou plutôt un réinterprétation des tubes de l’Affaire. Pour ma part, j’étais particulièrement réservé quand à ce type de formule. Les compilations, les best of inutiles ont marché commercialement un temps, mais ces opérations se sont montées au détriment de la création. Les auditeurs se sont lassés, mais les majors ont toujours tendance à se livrer à ce genre d’opération ou de facilité.
Ma foi, en ce qui concerne Affaire classée, c’est tout le contraire puisque les mélodies sont réarrangées avec soin et inspiration. Les anciens titres de l’Affaire gagnent en effet grâce à ce nouvel écrin musical, qui propose une variation intéressante de ces titres et même,  leur offre une saveur nouvelle, une nouvelle platine. Affaire classée est donc parvenu à me  réintéresser à l'exercice de la compilation, alors que je m’y suis livré en marchant à reculons, une belle performance.

 Hubert  Mounier est définitivement un artiste, qui ne se laisse jamais aller  à la facilité et qui mérite que nous soyons particulièrement attentif à ses prestations.

 

Mais Hubert Mounier a une autre facette d’artiste qui s’observait déjà sur la pochette de Chic Planète ainsi que sa houppette : il aime la bd, passionnément, et il y a d’ailleurs contribué avec ferveur. Hubert est le seul chanteur français, à ma connaissance, à revendiquer ouvertement son amour pour la bd. Voyons ce que cela donne…

 

 

Repost 0
Published by Bastien
commenter cet article
20 août 2008 3 20 /08 /août /2008 08:00

2ème partie :le second cycle !
 

 

Mobilis in mobile demeure l’un des plus gros succès de l’Affaire. Il est évident qu’un nouveau pallier musical a été franchi et les orchestrations sont encore meilleures, presque différentes mais comme modernisées.


Le titre phare, le Capitaine, se retient bien et traite en filigrane de l’au-delà d’un marin, ou plutôt de l'en-deça.

 Un bon titre, solide, avec une rythmique percutante, qui rénove à elle-seule l’image du groupe. 
Le reste de l’album est tout aussi convaincant, voire riche d’une réelle variété de thèmes qui alternent la légèreté comme la gravité (ce qui est propre au groupe et que l’on retrouve beaucoup dans les albums d’Hubert Mounier).


Pour la partie légère, il y a les filles de la chance mais surtout le truculent Dans le lit d’Hélène dont les paroles méritent votre attention :

« Le serpent est dans la pomme,

 la pomme est dans l’arbre,

l’arbre est au fond du jardin,

du jardin d’Hélène ! »


La partie la plus grave s’observe avec des titres comme Viens avec moi, qui ne parle ni plus ni moins que de la grande faucheuse, ou encore Champ d’honneur sur les soldats de la première guerre mondiale. Un bel hommage à nos homologues qui se sont sacrifiés pour l’Etat guidés alors par le mensonge. En outre, l’histoire de ce soldat est touchante et fort bien contée.

Karl Niagara nous revient dans un autre très bon titre, Vers des jours meilleurs. Cette alternance de chanteur permet d’introduire une réelle variété dans le groupe, ce qui constitue un atout de plus pour l'Affaire.

Enfin, d’autres titres plus légers comme le Soleil est là ou plus sérieux Mobilis in mobilius permettent de donner une grande profondeur à cet album particulièrement abouti, qui alterne une gamme de musiques, d’univers ou de saveurs musicales.
 Une réussite incontestable qui en appelle d’autres !  

L’album suivant, l’Homme aux mille vies, demeure à mon avis l’album le plus accompli du groupe, ce qui n’est pas un mince exploit !

 Le premier titre de l’album, l’homme aux mille vies, propse une rythmique incroyable, et je n'en connais pas d'équivalante !

Le titre parle des mauvaises habitudes séculaires d'une sorte d’highlander ou immortel avec ironie. Le titre se retient bien, déborde d’énergie et on accroche dés la première écoute, une belle performance. Les univers abordés demeurent encore plus évocateurs, comme si le groupe avait encore fait des progrès conséquents.

 Le titre Tranquille aujourd’hui nous entraîne dans une douce et belle méditation, une sorte d’hommage à ces instants statiques quand le temps est atone. Encore un  très beau titre, un de plus. Cleet Boris revient dans l’introspection savoureuse de l’enfance avec Ma vie était si simple, mais aussi le Meilleur des mondes.

Ma vie était si simple est une très belle évocation de l'enfance où Cleet reprend et mélange les thèmes de Tom Pouce et d’autres figures un rien oubliées. Le tout est enjoué et extrêmement plaisant, une des signatures du groupe en quelque sorte !

Le Vieux sage, comme l’Homme aux mille vies, s’attaque au thème du vieux maître omniscient avec ironie. La rythmique du titre est excellente, comme l’homme aux mille vies, qui demeure à ma connaissance inégalée.

Le cimetière des élégants est un autre titre qui permet de retrouver les influences, bien maîtrisées, du groupe. On retrouve de vieilles saveurs musicales qui sont utilisées avec talent et remises au goût du jour.

Aucun mystère est un autre titre réussi qui allie émotion et gravité, une autre grande réussite de l'album.

Enfin Karl Niagara nous revient avec Aux larmes citoyens, une belle chanson et une agréable parabole sur les turpitudes de notre société. Karl soigne toujours ses titres, et ceux-ci sont bien adaptées à ses capacités vocales. Evidemment, l’idéal aurait été un album avec plus de titres, de cette qualité, avec d’autres interventions de Karl.
Ainsi L’Homme aux mille vies s’impose comme le meilleur album du groupe, le résultat du cheminement du groupe qui  parfait son art de plus en plus. Mais l’album suivant va casser la dynamique du groupe…  

 

Europium voit donc cette excellente formation exploser en haut dans les cimes, ce qui est regrettable.

Le groupe avait atteint une belle maturité mais il est vrai que chacun de ses membres aurait pu prétendre à une carrière solo et que la musique est un art tellement vaste quechacun  veut l’explorer avec sa propre personnalité.

Europium
distille un air funèbre alors qu’il aurait plutôt due être une belle conclusion. Bronco Junior et Karl Niagara ont donc mis leur talent au service d’autres aventures musicales. Ils font partie de ces excellents musiciens qui contribuent directement à la réussite d’un album. Pour ma part, Karl restera toujours un excellent interpréte que j’aurais volontiers suivi pour une carrière solo…


Quand à Cleet Boris, redevenu Hubert Mounier, il nous offrira un troisième et remarquable cycle musical qu’il convient de découvrir…
   

Repost 0
Published by Bastien AYALA
commenter cet article
18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 08:00

 

Hubert et Vincent Mounier forment un groupe en 1979, le troisième comparse, François Lebleu, les rejoint en 1981 et le nom du groupe, ironique et léger comme à l’habitude du groupe, est adopté en 1982.
Les noms de scène sont donc volontiers parodiques et les membres se nomment donc Cleet Boris, Karl Niagara et Bronco Junior. A part pour Hubert Mounier, les deux autres membres piochent dans l’imaginaire du western, ce qui dénote un des nombreux liens qu’entretient le groupe avec la bd et la culture populaire.


Le fameux premier album, Chic planète, sort donc à la fin des années 80.
Dans une interview radio, je me rappelle que Cleet Boris expliqua que le trio avait remporté haut la main un festival musical, et que l'album put alors se concrétiser.

Le titre phare, le fameux Chic Planète, reste un standard des années 80, une chanson qui restera associé à son époque. Le clip de l'époque nous montre donc notre trio, acccompagné d'un quatrième comparse, aux prises avec un décor délirant en images de synthèse. Le rythme est entrainant, le ton est léger, et le style vestimentaire est typique de l'époque. Un album intéressant qui va en appeler d'autres grâce à son succès.
 

Le second album, le Retour de l’âge d’or, est bien plus maîtrisé que Chic planète bien qu’il ne soit sorti qu’une année après. Le groupe s’affirme par cet album qui propose des titres remarquables dont les textes et les mélodies se retiennent avec plaisir, encore des années après.
Comme du Redigalo, un succès de larmes, adieu à l’amour, Bob et Linda ou encore le sympathique Bois ton café sont des titres que seuls l’Affaire a su nous proposer.
Personne d'autre n'a osé proposé de tels titres mais ils méritent amplement d'être découvert ! De très belles balades, d'excellentes mélodies font que tous ces titres se retiennent amplement et bourdonnent dans votre tête. Des réussites exemplaires !

Les médias, qui ont tendance à créer des « légendes » musicales, nous parlent souvent d’univers musical afin de distinguer un artiste. Pour l’Affaire, ce terme permet de bien les caractériser puisque leur univers est en effet des plus intéressants. Le ton est léger, enjoué et les influences du retour de l’âge d’or se précisent : de nettes références à un la richesse musicales des années 40 et 50 panachent avec bonheur l’album. On s’est demandé tout récemment qui pouvait bien être le successeur du regretté Henri Salvador. On a dit qu’il n’avait pas un successeur mais plusieurs. Bien que fut évoqué Emmanuel Danza, je pense que cet album de l’Affaire mixe avec bonheur ces albums désuets et ces airs des temps jadis qui respiraient la bonne humeur, quelque chose de léger qui marquait une insouciance apparente.

Le retour de l’âge d’or est donc un bel album, qui se penche vers le passé tout en affirmant l’identité du groupe. Un album classieux donc, qui en sera suivi par un autre encore plus réussi.  

En 1990 sort Sans légende, le troisième album de ce que je considère comme une trilogie de leurs débuts et qui marque l’aboutissement musical du groupe et la fin d’un cycle.
  Nous sommes toujours dans cet esprit frais, rétro et réussi avec des mélodies ou des balades très appréciables, mais les mélodies, les textes ou les thèmes abordés sont encore meilleurs !

Le caractère et l’identité bd sont encore plus accomplis dans certains textes de Sans Légende.
 Des titres comme Sous la lune, Le chat a toujours raison font la part belle à un certain imaginaire qui palpite depuis notre enfance, quelque part dans notre inconscient. Si les contes ou les dessins animés nous ont donné une image, L’affaire leur offre sur un plateau d’argent de savoureuses chansons et des mélodies pour les mettre en musique. Comme ces chansons ne proposent pas de formes picturales, elles permettent de refaire travailler notre imaginaire et des les réinterpréter à nouveau.

 Ainsi, le groupe fait très fort en mêlant Alice et le Chat, dans de belles balades qui permettent aux adultes de renouer avec des thèmes enfantins, mais qui offrent de fait une nouvelle saveur. 

Mais sans légende ne se limite pas à cette seule interprétation. L’Affaire Louis Trio aborde en outre des thèmes graves, comme La balle perdue qui demeure assez marquante, pour le peu qu’on lui ai prêtée une juste attention.

Mais la perle de Sans légende demeure à mon sens le titre Les arbres verts. Totale réussite tant au point de vue des textes que de la mélodie, Sous les arbres verts esquisse un portrait de la féminité fort habile. Pour certains, le plus beau titre de la chanson française se nomme la vie en rose, pour moi, il s’agit des arbres verts. Beaux, poétiques, les arbres verts sont chantés par Karl Niagara, qui offre ici une belle prestation, adaptée à sa voix fluette qui convient parfaitement sur ce titre enjôleur. Une oeuvre majeure dans un album qui ne contient pourtant que des titres déjà de grande qualité.

Le reste de l’album propose également d’autres titres qui s’écoutent avec bonheur des années après comme Sous la lune ou chacun de son côté.

 Il y a peu d’albums ou encore de groupes où le potentiel des albums ne s’épuisent pas, écoute après écoute. Or cette première trilogie de l’Affaire Louis Trio s’écoute toujours avec autant de bonheur et d’intérêt des années après, comme si le potentiel ou l’attrait des albums se bonifiait encore et encore.

Il s’agit de la marque des grands, et l’Affaire va encore mûrir dans son approche et dans ses thèmes pour un nouveau et remarquable cycle d’albums qui place la barre encore
plus haut… 

Repost 0
Published by Bastien AYALA
commenter cet article
15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 08:00

Consécutivement à l’hommage du méritant Chott, il convient de se pencher quelque peu sur les éditions LUG. Elles ont bercé l’enfance de beaucoup d’enfants qui trouvaient quelque chose de fabuleux, d’étrange mais surtout d’inédit dans notre beau pays. Ainsi si beaucoup d’entre vous ont fait le lien entre Fantax et Fantask, il convient donc de deviser quelque peu sur une maison d’édition qui a tant compté pour la plupart d’entre nous et qui a importé les super-héros marvel en France. 

LUG est donc une société d’édition d’après-guerre, en 1950. Elle fut co-fondée par Marcel Navarro et Auguste Vistel et les publications s’adressaient à la jeunesse. Créneau sensible s’il en est, et qui causa beaucoup de soucis à Mr Chott. Puisque la bd était la principale source de distraction pour la jeunesse de l’époque de nos glorieux aînés, il y avait donc pas mal de maisons d’éditions.  

LUG trouva un créneau confortable et rentable grâce aux productions italiennes du studio Bonelli. Ainsi la mode des Tex Willer et autres pistoleros déferla dans les poches des écoliers puisque les formats étaient tascabilles, c’est à dire prompt à se ranger dans les poches des uniformes ou des vestes des écoliers. LUG connaissait donc un succès : les pockets se vendaient bien et le public français était demandeur. On adjoint en interne d’autres héros tels que Zembla qui occupèrent dès lors le créneau « jungle et aventures », pour ne pas dire Tarzan. 

Mais la direction de LUG, qui était avisée, savait qu’il ne fallait pas se limiter à un seul créneau, une seul matériel. Aussi, Claude Vistel et son père regardèrent quels autres bd pouvaient être importés, et les essais furent quand même nombreux. On eut le droit à Pim Pam Poum, une des plus vieilles bd qui dura un temps.
Puis LUG s’essaya un  Dan Dare, le Perry Rhodan anglais publié par Ipc/Fleetway en 1961.

Malgré ses qualités, Dan Dare ne dura pas, 12 numéros et une année, ce qui est un flop.
Mais Claude Vistel fut une femme alerte et le second créneau, qui assura la postérité de la firme pour notre génération et les suivantes, vint plus tard, en 1969.  

Marvel tentait de s’introduire en Europe, et elle n’y parvenait pas. Aussi elle tentait de vendre ses comics avec un tarif à la page assez faible. Ce fut donc LUG, qui y croyait mollement, qui s’y risqua. Fantask ouvrit le bal. Personne ne peut s’empêcher de penser à un hommage de la part de Marcel Navarro à son ancien comparse Pierre Mouchot, jaillit donc en 1969. 

Ce fut, aux dire des pionniers qui l’achetèrent , ce fut un choc : on avait jamais lu ça en France et le public fut conquis, ébloui. L’aventure ne dura que 7 petits numéros. Le principe éditorial de LUG était de s’adresser à la jeunesse, et donc devait conformer ses revues à l’avis de la fameuse commission paritaire pour la jeunesse, qui ne manqua pas d’acter de son droit. Fantask dut cesser de paraître après un petit tour et subit les mêmes affres que Fanrax… 

Mais il se passa quand même quelque chose de notable, une sorte d’enthousiasme de la part de la jeune audience, qui fut scotché à ces héros tout à fait novateurs. Ainsi la direction de LUG tenta à nouveau le coup avec Strange, qui dura quand même 325 numéros. Ainsi plusieurs générations de lecteurs furent transportés dans des aventures bariolées et parfois haletantes des super-héros marvel. Sous les couvertures fabuleuses de Jean Frisano, LUG représentait alors une petite lucarne fantastique dans une France quand même conservatrice où les lignes ne bougèrent pas beaucoup.

Ainsi, les publications LUG étaient systématiquement négligées par les autres médias, à peine de la littérature pour enfants, de mauvais goût qui  plus est. Je n’ai aucun souvenir de la moindre reconnaissance officielle de la part d’un média, d’un article dans la presse quelque peu élogieux, ou encore d’un quelconque prix de bande dessinée ou d’une reconnaissance d’un festival, même succinct. LUG était considéré comme de la bd novice, avec une connotation en sa défaveur et il n’y a guère que l’écrivain Jean-Pierre Andrevon qui ait salué l’événement comme il convient. Mr Andrevon est un écrivain qui écrit toujours dans l’Ecran Fantastique. On peut sans difficulté lui rendre hommage pour sa célérité et son ouverture d’esprit, malgré le fait qu’il n’y ait qu’une culture en France, il semble que son acception soit multiple et qu'il y ait des sous-catégories.

Lug continua donc son petit bonhomme de chemin, malgré l’arrêt de Marvel après 13 numéros. Les titres se suivirent avec Titans, Spécial Strange, Nova puis Spidey ainsi que de beaux albums des quatre fantastiques. Il est à noter que LUG disposait d’un studio de retouches pour adoucir le contenu de ses cases. Le très grand Jean-Yves Mitton y commença à l’âge de 16 ans en 1961. Beaucoup protestèrent contre la « censure » de LUG (notamment pour les Dardevil de Miller). Pour ma part, j’opine que sans cette censure, peu auraient connu les comics et que des rééditions sont venues corriger cela. 

Claude Vistel, qui reçut en quelque sorte cette profession en héritage, eut à subir des désagréments renouvelés de la part de la commission de censure. Elle avoua que ceci fut sa croix et que LUG était particulièrement surveillé, épié. Cette grande dame de l’édition, qui ne reçut aucun hommage malgré le fait que l’on lui doit tant et tant, avoua encore il y a peu que les super-héros n’étaient pas sa tasse de thé et qu’elle a d’autres inclinations dans la vie. Malgré elle, elle permit tout de même de faire évoluer l’édition en France, et nous pouvons lui être des plus reconnaissant. 

LUG devint Semic vers 1989. Elisabeth Delannoy remplaça doucement Claude Vistel qui partit vers la retraite. Mais le marché avait quelque peu chuté : les périodiques et la presse se portaient de moins en moins bien et Semic en fut affecté. A mon sens, Semic perdit une occasion historique d’inaugurer une nouvelle ligne de comics issus de DC. Arédit et Sagédition avaient succombé l'année d'avant et le créneau était à prendre. Un mensuel avec Superman de Byrne, Wonder Woman de Perez, la nouvelle Jla et Crisis était à tenter : le succès aurait sûrement été là. Une grande occasion manquée, un manque de clairvoyance dont Dc paye encore les fruits à l’heure actuelle… 

Un ami, un peu plus âgé que moi, m’a dit qu’en 1978, l’arrivée de Goldorak et de Star Wars fut une explosion pour les enfants : ils n’avaient jamais vu cela mais ils étaient immédiatement fans. Un peu comme si un big bang créatif s’était produit et les aurait marqués à jamais. C’est ce que l’on peut dire des éditions LUG, dont les confrères ou les médias étaient décidément bien peu reconnaissants !

Aussi merci à ces trois grands qui ont en quelque sorte établi l' an 1 de la culture geek en France, que l'on pourrait situer en 1969.

 

 

Repost 0
Published by Bastien AYALA
commenter cet article
10 août 2008 7 10 /08 /août /2008 08:00

Cela m’arrive rarement, surtout que je n’ai  pas trop de temps en ce moment, mais je suis contraint de repousser la semaine dédiée à l’affaire Louis Trio. Ce n’est que repoussé, j’ai simplement effacé par mégarde un long travail sur le groupe. Les deux tiers sont à refaire, ce qui ne m’affole pas (je déteste me répéter, or ce sera un travail de réécriture). 

A la place, vous aurez un article sur Fantax !
Qui connaît Fantax ?
Pour vous situer, il s’agit d’un héros, plus exactement du premier super-héros français, qui est né en 1946 et qui a été un choc pour toute une génération de lecteurs. Je suis surpris de ne pas avoir trouvé sur le net d’articles en français sur ce personnage haut en couleurs, aussi il est grand temps de réparer cette injustice ! Dans le même ordre d’idée, je vous présenterai son créateur, le grand Pierre Mouchot alias Chott, qui a eu une destinée hors du commun. Un individu dont l’histoire est même bien plus passionnante que son personnage, Fantax, c’est vous dire ! 

Maintenant, connaissez-vous Umbrella Academy, Zzzombies ou encore Proof ?
Là, je ne peux rien faire pour vous puisqu’ils échappent totalement à ma connaissance. En revanche, Franck Mars les a chroniqués pour nous. Franck a une large culture actuelle des comics et je vous invite à aller prendre connaissance de ses lectures.
Comics from Mars a sa propre identité dans la toile, son programme est très original, varié et didactique, bref indispensable. Je vous recommande à tous d’aller régulièrement lire ses chroniques sachant que l’on ne trouve certains sujets que chez lui ! 

Pour le reste, ce sera au choix (selon mon temps libre et mes dispositions), une semaine sur l’Affaire Louis Trio ou Le roi des singes, un petit cours de sinologie avec un des tout meilleurs dessin animé que je connaisse ! Ce sera d’ailleurs de mode avec les jeux olympiques qui monopoliseront les chaînes de télévision. Mais je doute que les médias français en parlent un jour, aussi restez dans le Royaume des avis et bonne lecture !

Repost 0
Published by Bastien AYALA
commenter cet article
8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 08:00

Les adaptations de comics ont longtemps fait peur. Pour preuve, la version virtuelle que n’a finalement pas monté la Cannon dans les 80’ de Spider-Man : les producteurs et scénaristes connaissaient si mal le comics que Peter Parker se serait transformé en araignée !  Donc la formule pour Hollywood est l’adaptation, pour ma part je pense que le terme le plus juste serait formatage. On intègre les éléments du comics pour un film, avec les impératifs que cela sous-entend, puis on bannit ce qui ne rentre pas dans le moule. Or, des éléments bannis de Wanted, il y en a un paquet, sur tout ce qui inhérent aux super-héros. Mais est-ce que Wanted est pour autant un bon film ?  

Wanted raconte donc l’héritage de Wesley du rôle de super-tueur de son père puis l’apprentissage de ces aptitudes. La seconde phase montre qu’il est rattaché à l’un des 5 ordres des super-vilains qui se sont partagés le monde, tout en éliminant par la magie et la technologie le plus petit souvenir des super-héros de la population. Mais deux de ces ordres veulent briser le statut-quo qui équilibre une relative paix pour la population.
Voilà pour la version comics, et il s’y passe bien plus de choses, dont des détails extrêment savoureux.  

Wanted version film prend le même postulat de départ, sauf que Wesley va intégrer une société secrète de super-tueurs, capables par exemple d’incurver les trajectoires de leurs balles, aux ordres d’un chef nommé Sloan.
Une des différences majeures tient dans le fait qu’il s’agit d’une guilde qui accomplit les prédictions que recèlent les lignes d’un tisserand, ce qui est hautement amusant. Sloan a la faculté de lire ces lignes, de les déchiffrer et ainsi d’émettre un commandement pour tuer les personnes désignées.

Or, un tueur renegat a précisément abattu le père de Wesley lors de la première séquence, et il menace la survie de la guilde, tant il est puissant. Seul le père de Wesley était assez puissant pour l’éliminer, mais la guilde espère que son fils aura les mêmes dispositions. Après un sévère entraînement, la chasse au tueur pourra commencer. Et elle amènera son lot de révélations.  

Bien écrit, le film dure quand même 1h 50. Le scénario, écrit par 3 scénaristes, demeure réellement de bonne qualité. L’interprétation est excellente, surtout la révélation nommée James MacAvoy. Mac Avoy incarne avec brio un jeune adulte qui vit plus de mois ce qu’il a vécu en deux ans, et son jeu épouse à merveille ces vicissitudes. On a également plaisir à retrouver le distingué  Thomas Kretschmann, jadis tueur en série dans le syndrome de Stendahl. Il est ici la cible à abattre qui en sait beaucoup sur la guilde. Enfin, Angelina Jolie souffle à Halle Berry un bon rôle et son interprétation mutine sert le personnage tout en lui conférant une dimension intéressante. 

Le scénario ne garde donc que le début, puis il s’écarte beaucoup de la version comics, notamment pour une séquence de déraillement très spectaculaire d’un train à plusieurs centaines de mètres. Si les effets spéciaux de synthèse ont encore fait un bon, les trucages m’ont semblé convaincants, le pont de Cassandra avait fait aussi bien en son temps, 1976.

Dommage qu’il ne reste plus grand chose des superbes punch lines du comics (l’ennemi qui dit qu’il ne baise pas des chèvres, mais qu’il leur fait l ‘amour) ou encore des séquences totalement incorrecte où Welsley snipe des civils pour se faire la main. Il est vrai que c’était réellement subversif ! En retour, on a un superbe gag quand Wesley éclate son clavier d’ordinateur sur son meilleur ami, enfin celui qui le trompe avec sa copine.

Ainsi, Wanted demeure un bon film, qui permet au film d’action d’aller encore un peu plus loin dans la démesure mais il a gommé tout ce qui avait attrait aux super-héros, pour le rationaliser avec une histoire de tissage qui demeure extravagante. Je me pose quand même la question pour comprendre pourquoi les producteurs achètent les droits d’un comics de super-héros pour en tirer un film d’action hautement improbable ? Le manque de magie d’Hollywood !

 

Repost 0
Published by Bastien AYALA
commenter cet article