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Voilà un artiste qui demeure mal connu par les nouvelles générations mais qui était une star en son temps. Un dessinateur dont les audaces techniques a su fidéliser un lectorat ébloui par ses expérimentions graphiques . De plus, le grand public connaît son legs grâce à un autre auteur majeur qui lui a beaucoup emprunté. Aussi, il demeure indispensable de revenir sur la carrière du grand Steranko !
Le prodige du dessin est né en 1938 et il est initié très tôt au monde du cirque, du sport et de la rue. Il eut donc une activité de saltimbanque et même de cambrioleur !
Mais il se mit à pratiquer le dessin et si son modèle de référence demeure Jack Kirby, il sut rapidement trouver sa propre voie en s’émancipant et en se forgeant son style somme toute unique et reconnaissable entre tous, une adaptation habile de l’art psychédélique qui flottait alors dans le vent et dans les esprits de l’époque.
Il s’agit d’un artiste véritable dans le sens où il crée, tente de repousser au maximum les limites du support Bd pour expérimenter, réaliser, s’affranchir des anciennes normes et en fixer de nouvelles.
Pour Captain America, il a participé à ce fameux arc où Captain est censé être tué et Bucky (Rick Jones) le pleure sur sa tombe .Il s’agissait bien sûr d’un piége fomenté contre Hydra pour obliger celle-ci à se dévoiler.
Qui peut donc dire, en sachant cela, que Ed Brubaker a inventé ou innové avec son histoire de la mort de Cap’ ? Certes, il a un sens aigu du récit qui lui fait honneur mais bon quand même, souhaitons que Ed se détache de ce récit en innovant par la suite.
Il y a quand même un petit bémol. A force de parfaire, il est en retard et le management de Marvel a du mal à gérer le talent prometteur même si elle est consciente du potentiel. Il y aura donc des couacs qui vont couper Steranko de la Marvel, qui doit de plus être du côté de Jack Kirby dans son affaire de droits et de reconnaissance bafoués. Bref, il symbolise une génération d’auteurs à qui on ne la fait pas et il n’a pas envie de trimer à des cadences infernales pour en prime être spolié de ses créations.
Rappelons quand même que Jim demeure lié avec Jack Kirby, qui s’est montré très protecteur et patriarche avec lui et dont les liens demeurent évidents et manifestes. Ainsi Jim évoque avec grand plaisir le souvenir du King qui l’accueilli avec une simplicité désarmante dans sa maison. Leurs nombreuses contacts privilégiés ont permis à Steranko de s’émanciper de son maître et réciproquement, Mister Miracle demeure une version fantasmée et héroïque de Jim ! Jim Steranko a été encouragé par le King a s’émanciper de son style, de trouver sa propre voie en expérimentant. Ainsi, Jim faisait lui-même ses propres photomontages de dessins et de photographies, les splendides splash pages épiques et qui demeurent des somments visuels ou encore un sens de lecture multiple des cases !
Un autre grand artiste, assez mal connu du public français, demeure un emule intéressant de Steranko : c’est Paul Gulacy dont la parenté avec le maître est évidente. On pourrait même avancer que, si Franck Miller s’inspire de la troisième phase de la carrière de Steranko (la première demeure l’influence encore proche de Jack Kirby, la seconde correspond à son émancipation et ses expérimentations, puis la troisième s’indentifie grâce à son style proche de Miller). Par ailleurs, la carrière de Paul Gulacy demeure vraiment intéressante et je vous recommande Proie, le récit de Batman par Doug Moench qui confronte Batman au psychiatre Hugo Strange, qui atteint intimement Batman dans son être, grâce à ses analyses proches de la vérité.
Je vous renvoie avec plaisir sur le site d’un auteur talentueux de romans et de Bd, Laurent Queyssi, qui traite avec passion et précision ce fabuleux artiste sans que je ne puisse faire mieux.
Il demeure dans un configuration artistique rare puisqu’il est lui-même le résultat artistique de l’influence d’un maître dont il a su s’émanciper afin de produire lui-même son propre courant et ses propres héritiers graphiques ! Donc Steranko demeure un artiste qui a plusieurs cordes à son arc et qui demeure farouchement indépendant. Qui a dit que les comics demeurent le seul horizon des artistes américains ?