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Cleet Boris laisse finalement la place à son alias/égo plus sérieux, Hubert Mounier.
Il est possible d'envisager ce très grand artiste sous la perspective d'une dichotomie : Cleet Boris pour les chansons fun et Hubert Mounier pour les chansons graves et introspectives.
Le Grant Huit marque donc le retour en premier plan de cet artiste, aux qualités de compositeur et d'intérprête au pinacle de leur maturité.
Le Grand huit est un très bon album, solide aux titres de qualités remarquables.
Mais ce qui frappe dans le Grand huit est la mélancolie, la gravité des thèmes abordés qui contrastent avec certains titres légers de l’Affaire. Le titre Nelson est de tout premier ordre, mais il est surpassé avec brio par la Vue sur la mer. Les paroles de la Vue sur la mer sont étonnantes par leur maîtrise :
« La vue sur la mer,
la dernière,
quand on sait ce qu’on perd. »
Cet cuvée d’Hubert Mounier est manifestement plus mature, plus sèche comme si le masque de la bonhomie était tombée et que toute la dimension mature d’Hubert remontait, avec les idées noires qu’il renfermait. Hubert, comme tout bon artiste qui est un observateur attentif des vicissitudes de la vie, sait doser les circonstances amères et tendres de son existence. D'ailleurs, ses observations raisonnent parfois avec nos propres doutes.
Aussi, Hubert a relégué son pseudonyme de Cleet Boris et il a laissé retomber sa houppette à la Tintin. Le Grand huit est définitivement l’album de la maturité musicale, une nouvelle direction et un nouveau pallier dans l’expression artistique d’un artiste confirmé en pleine possession de ses moyens.
C’est également un des tous meilleurs albums de ces dernières années de la variété française! L'émancipation de la rupture avec l'Affaire Louis Trio s'est peut-être faite dans la douleur , mais le résultat est là.
Après ce premier opus d’une carrière en solo, Hubert revient 4 ans plus tard avec un nouvel album, voyager léger.
Là encore, c’est une performance qui réussit même à dépasser le grand 8.
Voyager léger contient quelques hits en puissance tels que l’amour est dans l’air ou encore la vie fait ce qu’elle veut, le titre phare de l’album.
Ces deux titres sont maîtrisés, mélodieux et ils retiennent durablement l’attention.
Pourtant, alors qu’il n’est pas mis plus que cela en avant, le meilleur morceau de l’album demeure à mon sens le splendide l’amour revient toujours, chanté en duo avec Gaëlle, la campagne de Hubert. Un morceau tout en subtilité, où les deux voix pourtant différentes s’harmonisent dans une superbe mélodie. A mon sens, le hit de l’album.
Pourtant, Voyager léger est généreux question titres de qualité. Outre ce que je nomme les hits, c’est à dire des titres qui se retiennent vite et que notre zone du cerveau dédié à la mélodie retient facilement, Voyager léger propose quelques « sleepers », soit des titres qui révèlent leurs qualités manifestes après plusieurs écoutes attentives.
Ainsi le second titre, le sourire en moins demeure une merveille d’observation sur les temps difficiles que nous vivons, le tout écrit et retranscrit tout en nuances…Du grand art !
L’autre titre qui se révèle incontournable, sur cet album déjà bien consistant, demeure à mon sens le magicien d’oz, encore un petit bijou qui porte au pinacle le talent d’Hubert pour les duos. Deux duo différents sur le même album, plus un autre (les années 30) sur le Cd bonus, il n'y a pas qu'Etienne Daho qui excelle dans cet exercice difficile.
Ainsi, Voyager léger a bénéficié d’une réelle attention sur la forme tant ce CD est soigné, on a le droit à un DVD supplémentaire de 4 titres, tous de bon niveau mais aussi un reportage sur notre artiste lui-même. On peut donc découvrir dans l’intimité qu’il veut bien nous donner, une personne sensible, emprunte au doute et pour qui la création demeure un processus difficile et intime.
Un album de très haut rang, sûrement mon préféré d’un artiste en langue française dont on espère vite un nouvel opus.
Mais la question qu’il convient raisonnablement de se poser est : est-ce que Hubert Mounier pourra faire mieux ?
Sur le site d’Amazon, les critiques de Voyager léger sont dithyrambiques et certains parlent d’un des tous meilleurs albums en langue française de ces dernières années. Franchement, je ne peux leur donner tort.
Plus récemment encore, une compilation est sortie, Affaire classée, avec les tubes de l’Affaire Louis Trio, ou plutôt un réinterprétation des tubes de l’Affaire. Pour ma part, j’étais particulièrement réservé quand à ce type de formule. Les compilations, les best of inutiles ont marché commercialement un temps, mais ces opérations se sont montées au détriment de la création. Les auditeurs se sont lassés, mais les majors ont toujours tendance à se livrer à ce genre d’opération ou de facilité.
Ma foi, en ce qui concerne Affaire classée, c’est tout le contraire puisque les mélodies sont réarrangées avec soin et inspiration. Les anciens titres de l’Affaire gagnent en effet grâce à ce nouvel écrin musical, qui propose une variation intéressante de ces titres et même, leur offre une saveur nouvelle, une nouvelle platine. Affaire classée est donc parvenu à me réintéresser à l'exercice de la compilation, alors que je m’y suis livré en marchant à reculons, une belle performance.
Hubert Mounier est définitivement un artiste, qui ne se laisse jamais aller à la facilité et qui mérite que nous soyons particulièrement attentif à ses prestations.
Mais Hubert Mounier a une autre facette d’artiste qui s’observait déjà sur la pochette de Chic Planète ainsi que sa houppette : il aime la bd, passionnément, et il y a d’ailleurs contribué avec ferveur. Hubert est le seul chanteur français, à ma connaissance, à revendiquer ouvertement son amour pour la bd. Voyons ce que cela donne…