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3ème partie
C’est en gros à cette époque, bien que des habitudes avaient déjà été prises bien avant, que notre créateur adopta ses mauvaises habitudes. John Byrne avoue, je vous renvoie à l’interview publié dans Scarce 18, qu’il dessine d’habitude 3 pages le matin et qu’il écrit ses scénarii l’après-midi. Il se plaint de n’avoir des bons encreurs prêts à travailler avec lui, tous pensent à Terry Austin, aussi il se soumet lui-même à cette tâche jusqu’à en devenir un artiste complet. Le problème demeure que John Byrne prend des mauvaises habitudes, des raccourcis dans son art : ses poses deviennent de plus en plus systématiques, son encrage devient lourd et la lisibilité des débuts, la grâce de ses formes, sont un lointain souvenir et il s’essaye aux trames, un effet d’encrage qui donne un certain relief.
Hélas, mille fois hélas, c’est un peu prés à ce moment que son style dégénère.
John Byrne devient moins bon, il perd en attractivité et son dessin devient fade, bourré de tics.
On peut clairement voir l’âge d’or des débuts, Iron Fist, les Vengeurs Marvel Team-up et bien sûr les X-men, puis une phase de transition (ses derniers épisodes des X-men, les FF., Superman bien que je le trouve convainquant), pour parvenir à une phase où son style a perdu de son attrait, à partir de Wonder Woman peut-être.
Bien sûr, certains puristes auront peut-être leurs avis, ce qui touche à John Byrne est sacré, mais il convient de reconnaître que John Byrne demeure distancé par Geroge Perez qui lui, séduit encore et parvient à nous étonner et à nous transporter de bonheur.
Les années 90’arrivent et avec elles le séisme d’Image comics où les stars du dessins décident de se passer de scénaristes en décrétant qu’elles pouvaient s’en passer. Lourde erreur qui s’avérera funeste pour la suite (Jim Valentino et sa série crétine de Shadowhawk, Rob Liefeld).
Byrne aurait pu à mon sens rejoindre le giron d’Image mais il estime la démarche honteuse et sait qu’il est d’une autre génération, de la vielle école. Il est très critique envers la déferlante Image (en un mois, Image place 8 de ses comics dans le top ten), peut-être parce que sa succession à Chris Claremont dans les X-men s’est mal passée à cause du retard chronique Jim Lee et que Bob Harras a tranché en sa défaveur.
Alors Byrne rejoint un collectif de grands auteurs dans label « Legends » de Dark Horse comme quand même Franck Miller qui crée Sin City, Mike Mignola et son Hellboy( à qui il file un coup de main) ou encore Monkey et O’Brien d’Arthur Adams.
Il crée donc les Next-men, une longue série d’au moins 35 numéros qui marque à mon sens une ère moins glorieuse pour Byrne. Si les scénarios sont sympas par la maturité de son traitement qu’il offre aux personnages, son dessin marque définitivement le pas en étant moins bon. Byrne s’est astreint très tôt à pouvoir dessiner deux séries mensuelles, et ce au détriment de son style et même pour se passer d’encreur ! Le résultat est triste, on reconnaît entre mille le style de Byrne parce qu’il adopte éternellement les mêmes poses, les mêmes attitudes, les mêmes expressions graphiques comme ferait un dessinateur industriel. Bref, le moule « Byrne » est au point, et il ne semble pas prêt à changer. C’est clairement la limite de Byrne, il ne s’est pas renouvelé et son style est clairement moins bon que dans ses débuts. Il a pris à mon sens une voie commerciale, où il a choisi de produire et assurer deux rentrés mensuelles plutôt que de se renouveler artistiquement.
Si Byrne aurait suivi une voie artistique, il aurait pu parfaire son art, s’améliorer pour aboutir vers un aboutissement de son style. Mais ce fut le contraire…
Byrne est aussi scénariste où il a donné de bons moments, mais là aussi son talent s’est émoussé. Je situe la rupture après les Next men vers sa reprise de Wonder Woman chez DC, Il oppose Darseid aux amazones pour en tuer une bonne partie. Puis il tente une histoire de clonage pas folichonne (le clonage semble beaucoup inspirer notre dessinateur-scénariste).
Byrne pond des intrigues lourdes, déjà lues et sans génie ou même originalité. L’alliage des dessins et des scénarios est moyen et s’oublie vite. Un défaut rémanent de Byrne est de s’occuper de la continuité dans les comics, revenir sur des faits obscurs ou de grandes histoires homériques. C’est pour moi le problème numéro des comics avec des histoires qui deviennent confuses et ne satisfont que quelques nerds et détournent les jeunes lecteurs ou le grand public de ce médium. Byrne en use et en abuse, et des fois cela leste.
Byrne a aussi repris Spider-man avec Howard Mackie, ce fut une période moyenne mais quand même mieux du bourbier crèatif que Marvel avait développé alors. Alors que Spider-man avait connu un apogée créatif avec David Micheline et Todd Mac Farlane au scénario, la succession fut moins inspirée et en plus, on exigea des cross over pénibles comme Maximum carnage (où les vilains tuaient à tour de bras, ce qui m’a détourné du personnage et ruiné sa magie définitivement), puis la ridiculissime saga des clones.
Donc la relance artistique n’est pas brillante mais la pente est sacrément remontée puisque le niveau était de toute manière très bas.
Byrne reprend aussi Hulk pour la deuxième fois mais seulement au scénario et il paraît que le résultat fut affligeant.
Il a tenté une nouvelle approche de son origine en la mêlant aux Skrulls mais on l’a vite enlevé du titre pour cause de médiocrité avérée, coup dur pour Byrne qui perd la confiance des éditeurs et des fans qui se détournent.
En outre, une des lubies de John demeure d’insister sur la continuité. Il reprend les X-men après l’ère Neal Adams Il rend hommage à Neal Adams en inclinant son dessin pour lui ressembler.
Ces épisodes sont-ils utiles ? A-t-on besoin de lire ces épisodes ? Doit-on vraiment exploiter toutes les parcelles, toutes les sous intrigues qui n’ont pas forcément de substance au risque d’alourdir le titre pour en faire une novelas sans fin (soap opéra sud-américain qui sont redoutables)?
Pour ma part et définitivement, non. Loin de là.

Quand Byrne lance "X-Men: The Hidden Years" il dit clairement en post-face de l'épisode un aux lecteurs qui attendent quelque chose ressemblant à ses X-men des 70's qu'il ne trouveront rien à leur goût.
Pire, il remue des histoires qui ne sont pas même anecdotiques, tente de plancher sur Angel et amène curieusement les FF sur le titre. Personne ne suis à par lui et le titre est arrêté au bout de 22 mauvais épisodes. Il en est de même de "Spider-Man: Chapter One" série obsolète dont Byrne parait-il dira qu'elle supplante l'originale(!!!).
Quesada a mis fin à ces séries et Byrne s’est senti offensé. Il a quitté Marvel avec colère en le faisant savoir (ça lui arrive) et file (de nouveau) chez DC.
Mais même là bas, on estime qu’il a perdu sa superbe au scénario et qu’il peut plomber un titre q’il n’est pas inspiré, alors on le cantonne au dessin avec des passages sur Superman et sur la Jla avec une réunion avec Claremont (malgré la longue brouille depuis leurs X-men).
L’arc en question sur les vampires est pénible, on a tout les mauvais tics des dessins de Byrne et l’inspiration épuisée depuis longtemps de Claremont. Ce qui devait être un cou p éditorial est un pétard mouillé qui ne dépasse pas le buzz de leur réunion.
C’est assez triste et ça ressemble à la compétition de trop de deux sportifs.
Byrne s’est aussi fâché avec le management de Dc et il n’a pas eu de séries pendant un temps jusqu’ à son retour dans la JlA confidentielle avec son vieux compère Roger Stern pour quelques numéros puis un arc dans Star Strek.
Pour conclure, j’ai vraiment fait un survol de l’énorme carrière de John Byrne en omettant plein de titres tellement il fut productif. Il a participé ou repris pas loin de 40 titres et il est même revenu deux fois sur certains (Hulk, Jla, Spider-man, X-men, Superman), c’est un record.
Mais un constat s’impose définitivement : il est moins bon que jadis car il a cédé aux sirènes de la facilité et de la productivité. Il est relativement en froid avec les deux principaux éditeurs de comics Marvel et DC (mais ceci n’est pas rédhibitoire) et son nom ne suffit plus à créer un buzz ou un élan d’enthousiasme.
En froid avec un peu près tous les éditeurs, dont DC comics, John Byrne se retrouve donc chez les indépendants, là où il a commencé il y a…longtemps ! Quel dommage de la part de ce qu’il convient néanmoins de qualifier de légende du comics book. IL semble que son caractère, ou disons plutôt son intégrité artistique, l’ait porté vers les problèmes qui semblent obstruer un grand retour, vers les éditeurs mainstream s’entend.
John Byrne a failli tâter du cinéma, un vieux projet dans les années 80 sur Green Lantern qui aurait été incarné par… Eddy Murphy ( ?) puis sur Superman IV, ce qui l’enthousiasma dans un premier temps puis, au vu du résultat, le glaça quelque peu.
Un grand auteur, qui a fait rêver des centaines de milliers de lecteurs, dont certains ont encore une grande ferveur à son encontre, mais une actualité faible et un dessin qui ne surprend plus personne. Ce dernier tend d’ailleurs à le ringardiser quelque peu et surtout, l’empêche de conquérir une nouvelle base de fans et donc de plaire à quelques nostalgiques.
Personnellement, j’espère que Byrne va trouver un troisième souffle en expérimentant de nouvelles approches de son dessin pour nous surprendre, innover et regagner la place qui était dans la sienne dans le cœur des amateurs de comics âgés à qui il a apporté tellement de plaisir !
Note : remerciements à Stéhane Maillard qui a ajouté bien des précisions et qui possède une solide connaissance, en tous points meilleure que la mienne en tout cas, sur John Byrne !