Dimanche 18 mai 2008

Il s’agit donc de la troisième et ultime vague des comics de Jack Kirby chez Dc comics. Il a livré ses travaux les plus ambitieux avec l'ère New Gods et ses racines, puis il a continué avec le démon et Kamandi. La raison d’être de Omac et de Sandman consiste à s'acquitter des obligations contractuelles de Jack, qui trouve encore et toujours l’énergie et l’inspiration pour mener à bout de nouveaux titres, dont le fameux Omac. 

 

 

1        OMAC

 

Omac est l’abrégé de One Man Army Corps. Il raconte dans un futur particulièrement périlleux le destin de Buddy Balnks, un homme simple et tranquille, qui est choisi par un satellite/ordinateur nommé Big Brother afin d’être l’arme ultime des forces de la paix dans ce futur où les pires excès sont légions et où la morale a bien reculé. 

Buddy Blank fait figure d'exception dans le monde d'Omac, qui a une thématique intéressante.Les gangsters et autres mafias sont en train de supplanter l’ordre établi qui semble vaciller. Les forces de l’ordre n’ont pas de visage pour être le plus anonyme possible. Elles concentrent leur ressource en un seul dispositif : Omac. Il doit venir à bout d’innombrables périls. Lutter seul contre une société qui bascule, voilà un thème de la revanche que j’interprète comme défouloir fantasmagorique de Jack Kirby. Buddy Blanks est un être simple, au sens où il n’est pas perverti et il reçoit le don ainsi de la puissance céleste incarné par un ordinateur protecteur, big brother, qui demeure son seul véritable soutien. 

Malgré la courte vie du titre, 8 numéros à peine, Omac demeure l’ultime grand apport de Jack à Dc et le titre est vraiment trépident. Les menaces sont nombreuses et renouvelées, le dessin demeure fouillé et puissant. Bref, Omac demeure le shérif du futur sombre et incertain. Les périples sont très intéressants et relèvent de l’imagination pure, comme ces voleurs d’océans, titre qui défie l’imagination.  
Jack Kirby fait fort, vraiment très fort, puisqu’il initie et demeure le précurseur du théme cyber punk. Omac n’est pas autre chose, visuellement, qu’un iroquois mélangé à un super-héros grâce à de la technologie capable de le transmuter. Le terme date des années 80 et il demeure à attribuer à William Gibson avec son Neuromancien (1984). Bien que le fond reste classique, la forme demeure réellement audacieuse et innovatante. Mais Jack Kirby n'est pas cité comme source d'influence, pourtant Omac peut quelque peu s'apprécier comme la matrice de ce courant...

Le titre Omac va se clôre au terme de ses 8 petites aventures, très distrayantes, mais une fois de plus l’héritage de Jack sera bien employé par ses successeurs dont John Byrne pour une mini-série de 4 parties en 1988 puis dans Infinity Crisis qui reprend la technologie du Big Brother de manière astucieuse, une fois n’est pas coutume. 

*Omac serait le grand-père de Kamandi. C’est lui qui se ferait tuer au début du titre, ce qui sous-entend qu’il a échoué dans sa mission ! Curieux lien souhaité par Jack Kirby qui demeure très pessimiste sur le destin de l'humanité !

 

2        Sandman

 

Sandman demeure un personnage crée par Jack Kirby avec son compère de jadis Joe Simon. Il s’agit d’un héros mystique qui lutte contre les démons qui menacent d’envahir notre monde grâce aux cauchemar (le péril est rarement mineure chez Jack Kirby). Il s’agit ici d’une nouvelle mouture de cinq numéros qui voit donc le Sandman comme un justicier bigarré et original qui lutte avec des armes assez pittoresques (dont un sifflet ultrasonique) allié à des créatures monstrueuses (la brute et Glob).

Les aventures sont trépidantes et fort recommandables mais qui d’autre que Jack Kirby saurait retranscrire la folie et la magie d’une telle histoire. C’est Michaël Fleischer qui assure les scénarios, étonnant sachant que le King sait réaliser de bonnes histoires. Peut-être se méfiait-on en haut lieu des séries de Jack ?  

Ce qui demeure amusant dans ce titre au concept assez fou, c’est que Neil Gaiman livre un traitement du personnage assez sarcastique puisque le Sandman version Kirby est traité d’abruti fini qui ne se rend pas compte qu’il est manipulé, tout comme son successeur Hector Hall, par ses assistants monstrueux. Ces derniers sont des démons des rêves qui ont volé et se sont appropriés certains pouvoir de Morpheus car ce dernier fut capturé par un mortel. Le Sandman, l’endless, va devoir démêler cette imposture… 

Voilà donc un résumé de l’œuvre magique du grand Jack pour Dc comics, et on peut dire que la malchance, une fois de plus, a sanctionné son œuvre. Un énorme gâchis pour ces œuvres à la substance si riche et si imaginative, au demeurant inégalée, qui demeure le legs fabuleux d’un grand auteur. Jack Kirby a prouvé qu’il pouvait livrer de grandes histoires seul car il demeure un auteur accompli qui peut assurer toutes les étapes d’un comics. Mais on lui a coupé l’herbe sous les pieds. Son retour chez Marvel, au terme de son contrat, demeura mesquin puisque la maison aux idées s’est comportée de manière corporatiste en en laissant que des miettes du gigantesque gâteau que lui-même a confectionné.

Note : Je ne peux  que vous renvoyer avec enthousiasme vers l'excellent blog de Tony Larivière et de Daniel Tesmoingt, de grands fans  de Jack Kirby  mais  dont la culture de  la bande dessinée demeure tellement vaste. Je vous  prèsenterai  ultérieurement  quelques unes de leurs oeuvres.  En attendant,  visitez  le Jack Kirby Blog  !

 

par Bastien AYALA
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Vendredi 16 mai 2008

Jack Kirby subit une cruelle déception, une de plus et cruellement injuste, il doit abandonner sa grande œuvre sur les New gods. Par contrat, il doit fournir de nouveaux titres à Dc. Jack est quelque peu désabusé, mais il respecte son contrat et il livre en quelques sortes les derniers titres de sa grande période où subsistent encore de grands moments de créativité. Il s'agit donc de la seconde vague distincte de ses efforts, qui explorent d'autres univers que celui des New Gods.

 


1 Le démon

Jack Kirby relève un challenge, il doit livrer une histoire horrifique dans le monde tranquille et béat de Dc tout en ne montrant aucun excès graphique. De toute façon, Jack n’aimait pas le gore et lui et Stan Lee avaient déjà réalisé le même type de performance lors de l’ère Atlas où des monstres démesurés venaient régulièrement envahir les pages de ces bons comics.

Une fois de plus, Jack se passe du talent de Stan Lee pour tout assurer lui-même. Or, on s’est déjà aperçu que lui même était un fort bon dialoguiste, vraiment bon, mais peut-être quelques iotas en dessous de Stan Lee (qui se sert des dialogues pour faire avancer l’histoires et pas seulement en souligner quelques aspects de dramaturgie). Pour le titre démon, il faut confronter le lecteur, même jeune, à des êtres immondes et abjects tout en ne l’effrayant pas. Voilà un challenge que Jack relèvera haut la main ! Les ennemis récurrents sont Morgane La Fey, Klarion et Helga la sorcière. 

Le démon demeure une créature utilisée par Merlin l’enchanteur qui l’a lié au démonologiste Jason Blood. Celui-ci hérite des cas les plus inexplicables qu’il doit percer puis combattre en faisant appel à son double maléfique déterminé : le démon Etrigan. Non seulement les menaces sont époustouflantes,  mais Jack Kirby utilise toutes ses compétences graphiques pour nous suggérer l’indicible, les limites de l’appréhension humaine en ce qui concerne les monstres et la manifestation de leurs pouvoirs maléfiques. 

Baignant dans une liturgie européenne, le démon s’avère aussi menaçant pour les amis de Jason Blood et sa fiancée. Comme le docteur Jekill, la thématique d' une malédiction insupportable empoisonne l'existence de Jason Blood. On revient donc à la dichotomie du héros, prisonnier de sa charge/destinée qu’il doit néanmoins assumer car nul autre ne peut le faire.

Même si l’ère de Jack Kirby demeure excellente, le personnage de Jason Blood et le lien qui le lie à Etrigan, un démon majeur, sera le sujet d’excellentes séries par Alan Moore, Alan Grant et surtout Garth Ennis. Il donneront plus de chair au personnage que le grand Jack, tout en lui insufflant l’ingénieuse idée de le faire parler en rîmes. Mais aussi, ils se permirent davantage de violences graphiques.

Une fois de plus, quelques personnages secondaires seront exploités comme Klarion le garçon sorcier, habilement qui plus est par Grant Morrison dans ses 7 soldats. Encore une fois, Jack Kirby a laissé un legs créatif immense que Dc rationalise et exploite toujours.

 

2        Kamandi

 

Kamandi demeure une œuvre très grand public de Jack Kirby, peut-être pour rassurer les éditeurs de Dc qui veulent un hit commercial. Justement, Kamandi le dernier garçon sur terre durera 40 numéros mais il ne sera pas le sommet créatif de Jack et les influences sont manifestes.

Kamandi demeure un jeune et vigoureux garçon qui sort de son abri dans lequel il vit avec son grand-père*. Celui-ci meurt, et Kamandi se trouve livré à lui-même. Nous allons découvrir avec lui un monde ravagé par le désastre nucléaire ( le fameux AD after destruction) où  les animaux ont subi de bien curieuses mutations puisqu’ils sont maintenant au même stade de l’évolution que l’homme, et que ce dernier a régressé. L’histoire demeure intéressante et de bonne facture, les périples de Kamandi sont toujours intéressants et haletants. Les histoires de Jack, ainsi que son dessin, nous permettent de passer de bons moments. Ainsi, pour faire rebondir quelque peu l’histoire, Kamandi trouve des alliés comme un chien savant (aucun humour, rassurez-vous) ainsi que des astronautes retombés sur terre. Mais même ces derniers s’avérant être des mutants puisqu’ils ont la faculté de se changer en être d’acier, doué de super-force.  

La meilleure histoire demeure le puissant. Kamandi arrive avec ses alliés dans un étrange territoire où des gorilles volent lamentablement par la grâce de catapultes. Il s’aperçoit qu’il s’agit d’un rituel afin de se montrer digne du puissant. Le puissant demeure vénéré par les gorilles car il a accompli, lors du grand désastre, des efforts inouïs afin d’empêcher la destruction totale de la terre. Les gorilles veulent accomplir les mêmes épreuves afin de prétendre à l’héritage. Kamandi et ses amis parviendront à accomplir ces épreuves et ils accéderont au temple du puissant. Il s’agit en fait du costume de Superman. Quand un artiste de légende, Jack, rend hommage à un personnage de légende, Superman, il en résulte une grande histoire, à mon avis la meilleure du cycle Kamandi. 

  Vous n’avez pas pu vous empêcher de penser à la planète des singes, l’influence paraît évidente. Or il semble que Kirby avait lui-même élaboré une histoire analogue dans Alarming Tales # 1 où les êtres humains sont projetés dans le futur et ils constatent que les êtres humains sont supplantés, voire éteints, par des animaux évolués. Il demeure intéressant aussi de prendre en compte que Carmine Infantino aurait tenté de louer la licence de la planète des singes, que Marvel a exploité un peu plus tard. 

Même si ces histoires sont moins brillantes que le Fourth World, elles demeurent encore très intéressantes mais il convient de finir l’aventure de Dc avec les ultimes aventures que Jack délivrera chez Dc.

 

Note : *L’identité de celui-ci demeure surprenante et elle vous sera révélée dans le prochain article.

 

par Bastien AYALA
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Mercredi 14 mai 2008
Jack Kirby a vu sa série arrêtée, pour cause de mévente. Toute l’histoire que Jack avait imaginée, épique et longue, doit logiquement cesser. Mais comme Jack est venu avec son lot d’idées dantesque, il décide de prolonger sa saga avec d’autres titres qui ont pour objet de rationaliser les éléments et la mythologie de Jack, qui demeure tellement grande. Il s’agit donc de Forever people et Mister Miracle.

 

1 Forever people 

Les Forever people sont le groupe de jeunes qui constitue la dernière génération de New Gods. Même si leur âge s’estime en milliers d’années, ils nous semble bien jeunes par rapport à la génération d’Orion et Lightray. Les aventures de ces cinq membres constituent une odyssée de cette nouvelle génération, qui aura fort à faire à éluder les périls que Darkseid leur dresse sur le périple. Justement, leurs aventures servent à explorer les thématiques évoquées dans New Gods, notamment les mystères non encore exploités tel que l’équation de l’anti-vie. Les Forever people se heurtent à Dessad qu’ils rencontrent lors d’une foire du trône funébre. 

Il s’agit du thème de la jeune génération qui se heurte aux infamies de la guerre et de l' évolution psychologique qui en découle. Malgré les dangers et les épreuves, les Forever people affirment leur nature volontariste et généreuse. Il d’agit donc pour Jack d’un témoignage de foi envers la jeune génération puisque certains voit en ce titre une résurgence de ses anciens titres à groupes de jeunes qu’animaient Joe Simon et Jack Kirby, Il y a plusieurs décennies. Jack Kirby se permet même quelques notes touchantes de poésie grâce à la femme du groupe ou la bonhomie de Big Bear. Mais Forever people s’avère réellement dynamique puisque les épreuves sont folles et défient une fois de plus l’imagination, sans jamais être sanglants ou malsain (malgré Dessad).

Un des meilleurs moments de la bande demeure la confrontation entre Darkseid et la bande, les jeunes lions et le vieux loup expérimenté. Il s’agit d’un moment de tension puisque Darkseid pourrait utiliser la force physique mais il se contente de leur diffuser la peur dans un habile et hilarante parodie de leçon moraliste. Il leur dit, je réinterprête un peu : "La guerre c'est l'enfer, surtout quand elle est faite par des amateurs".  Le personnage de Big Bear manie aussi l'humour involontaire, ainsi quand un para- démon le menace d'un pistolet, lui répond :"Vou sne voulez quand même pas me menacer ? Je serais obligé de riposter vous savez ? " Très savoureux ! Quelques grands moments du titre parmi tant d’autres, inclus dans un titre mineur eu égard au la série centrale New Gods, voilà la force de Forever people.

2 Mister Miracle

Mister Miracle demeure une nouvelle mouture plus cosmique et déitique d'un précédent personnage nommé Stuntman. Il s'agissait d'un des nombreux personnages cocrées avec Joe Simon dans ce qu'il convient de considérer comme la première période du maître Kirby, une période qui va sensiblement de 1939-1956 et qui recèle des trèsors fabuleux. Le Stuntman demeure un cascadeur d'exception qui défie la mort. Mister Miracle va reprendre le canevas mais il va évoluer dans un univers de féerie cosmique issu de la prodigieuse imagination du grand Jack.

Mister Miracle demeure le fils de High Father qui a été envoyé sur Apokolips suite au pacte, qui a permis le cessez-le-feu. Il est placé dans un orphelinat/pépinière de soldats luciférien tenu par la spartiate Mamie bonheur. Mister Miracle parvient à s’échapper, notamment par la grâce des plans de Darkseid, et il aboutit sur terre. Il rencontre un Houdini, nommé Mister Miracle, qui doit défier la mort de très près suite à un pari insensé avec un truand qui ne peut l’annuler, sous peine de perdre la face. Mais le premier Mister Miracle meurt et Scott Free reprend le manteau et la mission de Mister Miracle, frôler la mort chaque fois un peu plus près. Il demeure aidé par l’assistant de son prédécesseur, Obéron, mais après avoir démantelé le gang de truands responsable de la mort de son prédécesseur, il va se retrouver aux prises avec les guerriers de l’Apokolips dont le fourbe Desaad, que l'élaboration de plans cruels et retors inspirent et stimulent au plus haut point. 

Justement, il en a quelques uns de fort ingénieux et Mister Miracle doit trouver la seule issue entre mille possibilités, le gimmick du titre, et le périple s’accroit à chaque fois. Il demeure emprisonnée dans une statue et doit subir mille piège, il doit s’évader d’un immeuble où tous les habitants deviennent violents et veulent occire Mister Miracle ou encore il doit combattre une créature dans une autre dimension de poche contrôlée par cet ennemi aux pouvoirs incommensurables.  

La touche de grâce provient du personnage de Big Barda, la chef des guerrières d’élites d’Apokolips qui ne veut pas la mort de Mister Miracle, puis elle le côtoie pour des combats avant d’en tomber définitivement amoureuse. Le titre Mister Miracle se clôt donc au numéro 18 par leur mariage, sous l’ombre inquiétante de Darkseid qui apparaît comme un manipulateur redoutable aux desseins subtils et lointains. 
Mister Miracle est le comics que Jack Kirby a conçu comme un tour de manége : le péril et le défi sont immenses, à priori insurmontables et l’épisode fait monter la tension en maximisant les enjeux puis Mister Miracle trouve la seule issue possible grâce à son ingéniosité, son astuce ou ses trouvailles. Croyez-moi, le spectacle assuré par Jack Kirby vaut la peine d’être lu.  
La continuation de l’exploration du monde des New Gods s’effectue grâce à la boîte mère, sorte d’ordinateur vivant dont l’intelligence se manifeste par empathie avec son utilisateur. Kirby élève la technologie au niveau déitique donnant des propriétés relatives au sublime à la boîte mère mais en ne la définissant pas clairement. Comme toutes les œuvres et les visions de Jack Kirby sur le Fourth World, l’imagination et le sublime sont picturales et conceptuels puisque les grand desseins et certaines zones d’ombres ne sont jamais rationalisés, comme si Jack Kirby laissait au lecteur le soin de s’impliquer avec sa propre imagination, de lui laisser la possibilité de rationaliser avec son propre entendement. Une œuvre immense donc, et incontestablement un sommet artistique. 

L’ère Dc de Jack Kirby se solda par un échec en terme de soutien par son éditeur. Jamais un de ces titres n’a dépassé les 18 numéros alors que le legs demeure grand, tellement grand. Dc aurait mieux fait de ne pas avoir de vision comptable, d’ailleurs j’éclaircirai ce point, puisque l’oeuvre de Jack demeure l’un des trésors de l’éditeur qui a ouvert ses personnages si normaux et terre à terre, la Jla & Jsa, à un panthéon si imaginatif qi dénnote pas mal avec le sage univers d'alors. Mais Jack n’a pas fini son contrat et il reste encore quelques titres à traiter…

 

 

 

par Bastien AYALA
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Lundi 12 mai 2008

Jack Kirby s’est déjà fait avoir deux fois par Marvel/Atlas et Martin Goodman, la première en 1942 quand Goodman a louvoyé pour leur verser les bénéfices et en 1967/1968 pour refuser de lui accorder les justes droits de suite sur ses nombreuses et incontestables créations. Aussi le grand Jack quitta de manière fracassante Marvel, pour aller porter assistance à son concurrent dans la difficulté : Dc. Ce sera une grande, riche et belle épopée qui, une fois encore, sera la cause de soucis pour le grand Jack !  

 


Carmine Infantino avait travaillé dans le studio de Jack Kirby et de Joe Simon, son ancien associé. Il connaissait et admirait Jack Kirby et il se tenait au courant des déceptions infligées par Marvel à Jack. Ce dernier s’était éloigné physiquement de Marvel pour la Californie, et il travaillait avec une fougue moindre, puisque son travail (rééditions, adaptations en cartoons) ne lui était pas gratifié (la Marvel way !). Donc, Carmine a courtisé Jack Kirby et lui a fait un contrat intéressant. Justement, Jack avait une foule d’idées encore non exploitées qu’il n’allait pas donner à son employeur si ingrat. Ce sera le « Fourth World », un sommet d’imagination et de prodiges graphiques qui reste aujourd’hui encore inégalé, tout médias confondus !  
Jack Kirby prend le titre dont personne ne veut et qui est à bout de souffle depuis longtemps (mais qui a eu une seule bonne histoire auparavant), Jimmy Olsen Superman 's pal. Donc Jack livre les prémisses de sa mythologie céleste et cosmique, il met en place le panthéon à venir en introduisant la menace de Darkseid, qui demeure bien plus ambiguë et intéressant que dans ses versions ultérieures. Le titre est de courte durée, mais il permet à Jack de mettre en place son grand chantier personnel que sera les New Gods, sa grande oeuvre. 

New Gods demeure une prodigieuse fenêtre vers le merveilleux et le grotesque, News Gods nous montre une nouvelle race de Dieux, les bons et les mauvais de New Genesis et de Apokolips dont la nature profonde les intime à se livrer une guerre totale, dont seul un pacte saura mettre un terme provisoire en échangeant les enfants des leaders. La rupture de ce pacte entraînera une nouvelle guerre froide, plus subtile dans laquelle excelle Darkseid et qui peut dés lors se poursuivre sur la terre… 

Les prestations graphiques sont époustouflantes, les histoires demeurent épiques et elles alternent le féerique et l’horreur avec ces News Gods dont les mondes sont séparés de manière manichéenne. Mais Jack s’applique à donner de la chair à ces planètes que tout oppose et surtout, une galerie de personnages incroyables aux influences historiques multiples que ce soit l’assassin vénitien, le baron allemand, ou encore l’âme damnée DeSaad qui demeure aussi sadique (le terme convient) que le noble français à la vie licencieuse du 18éme siécle. 
 

Les numéros s’intéressent à la guerre froide que se livrent les deux factions, sur initiative de Darkseid qui semble aspirer à réaliser une quête au-delà de notre entendement, l' équation de l’anti-vie qui recèle une solution à quelque énigme cosmique. L’origine des New Gods nous est livrée dans l’épisode 7, à mon sens le chef d’œuvre absolu de Jack, qui raconte les manigances subtiles de Darkseid qui génére ni plus ni moins qu’une guerre totale entre les deux mondes, la radicalisation des combattants, le paroxysme des combats par des procédés époustouflants ainsi que le pacte afin d’empêcher l’anéantissement total. 

On aurait pu craindre que le fait que Jack n’ait jamais écrit de dialogue desserve son œuvre, mais il n’en est rien. Kirby nous livre des dialogues emplis de grâce et caractérisant à merveille chacun de ses personnages. 
 

Le pact consiste à échanger les enfants des leaders des deux mondes, Orion est le fils de Darkseid, et son futur ennemi mortel, tandis que Scott Free (le fils de High Father) s’échappera et sera Mister Miracle, toujours sous l’ombre menaçante de Darkseid… Le pact voit surtout l’évolution du personnage de High Father, qui a connu tous les tourments de la guerre dont il a lui-même une part de responsabilité, et il abandonne son rôle de guerrier implacable pour le statut de chef spirituel, grâce à la sagesse qui l’a révèle à son grand destin.

News Gods ne dura que 11 petits numéros, mais son legs est immense pour Dc. La firme a enfin sa mythologie, puisque Jack Kirby va exploiter son univers à travers les autres séries que lui impose son contrat ( rappelons que Kirby doit faire 17 pages par semaine).

 

Note : Je remercie Daniel Tesmoingt qui a répondu à toutes mes questions, aussi pointilleuses furent-elles, et je l’encourage à reprendre sa propre œuvre qu’est Kirby, son fanzine mythique !

par Bastien AYALA
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Vendredi 9 mai 2008

Vai Gorilla est un petit film policier italien nerveux dont le thème sera repris par une grosse production américaine, bodyguard, qui connaîtra en 1991 un succès mondial. Pour notre vai gorilla, il s’agit d’un honnête film de policier italien, le politcheiszo, dont je vous présente les qualités. Vai Gorilla en est un des meilleurs fleurons. 

Tout d’abord, le contexte de vai gorilla demeure intéressant puisque l’Italie, pays où la mafia demeure un acteur de poids, fait parfois penser à un far-ouest dans certains de ses pires aspects. Le racket du pizo existe encore, la mafia s’attaque à chaque faille de l’administration (et il y en a !), corrompt les députés ( et il y en a !) et ralentit le développement. Le genre policier naît du mécontentement énorme de la population puisque dans le début des années 70’, l’Etat semble clairement dépassé et ne prendra jamais la mesure du problème, coupé de la réalité de la rue où la criminalité se développe spectaculairement.  

 Vai Gorilla se passe en 1978, le film présente un entrepreneur de travaux, Renzo Palmer, qui subit des menaces puis se retrouve bastonné afin qu’il cède. Mais celui-ci a de la volonté. Un jeune homme passe par hasard et il intervient de manière héroïque puisqu’il parvient à mettre en déroute les racketteurs. L’entrepreneur y voit la providence et il l’engage comme garde du corps. Le personnage joué par Fabio Testi, un acteur assez incroyable, se retrouve donc à jouer le gorille, ce qui permet au film de nous narrer quelques moments fort amusants : il accompagne le patron pour voir sa maîtresse, puis l’épouse du patron pour ses propres « distractions », il se fait huer comme un gorille par les ouvriers du chantier…

Au moment où la routine paraît s’installer, les rançonneurs tirent sur le patron avec un fusil de haute précision, et la tournure des événements paraît sérieuse. Il s’avère que se trouve à la tête des malfrats un redoutable ancien militaire d’élite qui refuse de faire une croix sur le magot que représente l’entrepreneur, et ce n’est pas un tireur amateur apprenti garde du corps qui va le dissuader. La lutte sera mortelle et chaque partie va fourbir ses stratégies.  

Vai Gorilla demeure un film sympathique, une solide série B qui est notamment due au talent de réalisateur de Tonino Valeri. Une drôle de carrière qu'eut Tonino Valeri, ancien assistant du grand Sergio Leone (que l’on dit dirigiste et maniaque du détail). Il a eu l’opportunité de diriger le culte « mon nom est personne » mais Sergio Leone lui a saboté la chance qu’il lui a donné en tournant en douce des scènes peu fameuses. Les critiques ont retenu ce couac et la paternité du long métrage lui demeure encore contesté, alors qu’il est établi que Tonino Valeri a réalisé le film dans son ensemble. Sa carrière en a pâtit (on dit le milieu du cinéma redoutable) mais il démontre de vraies qualité de metteur en scène pour Vai Gorilla : le ton du film est sec et solide, les péripéties sont nerveuses et une scène demeure haletante, le piége de l’ascenseur où Fabio Testi se retrouve dans le vide. Bref, vai gorilla lui doit beaucoup en terme de dynamisme.

Fabio Testi est un ancien cascadeur qui a eu l’opportunité d’avoir sa chance en tant qu’acteur et qu’il a saisi. Il a joué dans une myriade de films dont certains très estimables mais il a surtout franchi la série B pour aller jouer dans des films d’auteurs ou sous la direction de grand réalisateurs comme Claude Chabrol avec Nada (très intéressant en ce qui concerne les cellules politiques extrémistes et qui anticipe de quelques années l’arrestation de la cellule action directe). Fabio Testi a été célebré comme il se doit par Segura dans le troisième et culte Torrente, la série espagnole hilarante du policier corrompu qui ne travaille qu'avec des bras cassés. Fabio Testi demeure très attaché à ses films et il est très respectueux du cinéma de genre. Il y a Renzo Palmer qui joue l’entrepreneur, un acteur opulaire en Italie au physique et au charisme impressionnants dont Nanarland nous retrace l’étonnante carrière. Notons également que la musique est signée par Fabbio Frizzi, un des meilleurs musiciens de l’époque qui a signé des excellentes compostions. Justement, il dynamise les séquences d’action de vai gorilla et le fait que la BO soit inédite est fort regrettable.

Vai Gorilla se finit bien, le héros d’origine modeste part finalement avec la fille de l’entrepreneur, sous sa taçite approbation. Une petite note de tendresse pour un film hautement recommandable bien que, hélas, il ne soit jamais sorti en France (pas même en vidéo) et qu’il n’ait pas connu de succès en Italie. Mais son relatif descendant, bodyguard (hi ; hi ; hi) lui a explosé des records mondiaux, quelle injustice !

 

 

par Bastien AYALA
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Mercredi 7 mai 2008

Il y a des films qui sont parfois maudits, soit il mette un temps anormalement long à se monter (la troisième version de Je suis une légende par exemple), ou encore le projet capote et doit recommencer de zéro (Dune d’Alexandre Jodorowsky devenu le projet de David Lynch), ou encore ils ne se font simplement jamais. C’est un film de cette dernière catégorie que je vais traiter, et il s’agit d’un profond regret de cinéphile… 

Le premier King Kong de 1933 demeure une merveille de spectateur, le film est impressionnant et il capture une sorte de magie, aussi bien que pour le thème, que pour avoir capturé l'essence d' une époque qui nous est si loin, mais aussi pour la magie de ses effets spéciaux.

Justement, le créateur génial de ses effets se nomme Willis O’Brien. Il a appliqué au cinéma la méthode dite « image par image » propre au dessin animé afin d’animer des marionnettes, première phase, mais surtout pour les avoir superposées sur de la pellicule. L’effet combiné permet de leurrer les spectateurs mais surtout de graver sur la pellicule des éléments gigantesques, et donc emprunts au merveilleux et montrant enfin l'impossible à l'écran. 

Rappelons que le premier King Kong a fait fort, très fort même puisqu’il a réussit à ramener beaucoup de spectateurs dans les salles alors que le pays subissait une grande crise. Tout le monde voulait voir l’incroyable, voir l’impossible. Si Mélies avait déjà commencé les trucages dès les débuts du cinéma, Willis O’Brien demeure le premier roi de cet art, un génie dont les images éblouissent encore les spectateurs qui se laissent convaincre par cette essence du merveilleux. 
Mais si le film fut un succès, ses réalisations eurent mauvaises réputations car les cadres de la RKO se sont octroyés de confortables salaires sur la ligne budgétaire des effets spéciaux. Aussi, malgré la The Son of Kong et Mr Joe, des suites lointaines et moins prestigieuses pour le grand public, Willis O’Brien aura toujours du mal à monter ses projets. Il est admis que O’Brien a montré ses projets un peu partout et que la Toho, séduite, a concrétisé l’idée avec le très spécial King Kong contre Godzilla (Où Kong fait une prise de judo à Godzilla). 

Willis O’Brien demeure un grand génie, de la mesure d’un Jack Kirby sur les comics, puisqu’il conçoit toutes les étapes des effets spéciaux de la conceptualisation jusqu’à la réalisation. Son plus brillant émule sera Ray Harryhausen, lui aussi un fantastique démiurge. Mais Willis O’Brien proposa moult projets, dont celui dans la fin des années 50’ qui m’intéresse le plus particulièrement, King Kong contre Frankenstein. Le principe consistait à opposer King Kong, qui aurait la même vitalité qu’un Godzilla, qui revient sans cesse malgré ses « morts », face à une création plus grande de la créature de Frankenstein. Le combat aurait pu nous donner des moments de bonheur que seul ce génie pouvait ciselés grâce à la finesse de son art si poétique. Mais les financiers ont refusé ! Il faut quand même savoir que, outre la rentabilisation immédiate, un bon film fantastique intéresse toujours les générations suivantes et qu'il s'agit là d'une effroyable erreur de jugement…

Ainsi, Willis O’Brien a conçu une foule de projets qui ne resteraient qu’ à l’état de synopsis particulièrement prometteurs. On aurait pu avoir des version de Léviathan, War eagles ou de nouvelles aventures de King Kong. Non seulement il s’agit à la fois de gâchis pur de talent et du destin d’un homme, mais ces films auraient été des classiques instantanés et auraient pu donner lieu à des remakes (dieu sait qu’Hollywood est anémié d’imagination). Triste destin pour cet artiste maudit…  

Justement, Peter Jackson a réalisé un remake excellent (après un pourri de De Laurentis, prétentieux qui plus est), et l’homme est un fin connaisseur de King Kong puisqu’il posséde le squelette de l’original qui mesure quelques dizaines de centimètres. Il ne pouvait pas ignorer ce projet passé et le succès de sa version aurait laisser espérer une concrétisation à titre posthume du rêve de O’Brien. Mais pour l’instant, il n’en est rien…

par Bastien AYALA
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Lundi 5 mai 2008

Le giallo demeure un genre que je vous présenterai sous peu. En attendant, je vais vous parler de l’un de ses meilleurs représentants qui a lancé la carrière d’un incroyable talent du cinéma italien : Dario Argento. Même si vous n’a apprécié que modérément les films d’horreurs, il convient d’envisager l’oiseau au plumage de cristal comme un film à mystère dont vous vous piquerez à découvrir l’identité de l’assassin. 

L’oiseau se passe à Rome et présente Sam, un brave écrivain américain qui vient de finir un travail alimentaire pour pouvoir repartir en Amérique. Un soir, en rentrant chez lui, il flâne dans la rue et s’immobilise devant une vitrine : un homme en imper, chapeau noir et ganté se bat avec une femme. Il tambourine sur la porte pour mettre en fuite l’agresseur, mais la victime de traîne à terre jusqu’à lui en perdant du sang. Il se trouve lui-même coincé par une seconde vitre et il ne peut qu’assister à l’agonie de la jeune femme…  

La police et les secours arrivent à temps. La femme est sauve mais la police essaye d’en savoir plus. Sam semble avoir remarqué quelque chose d’important mais il a du mal à le réaliser. Il a quand même le temps d’être pris en photo et le lendemain, la presse publie un article : le témoin détient une information capitale qui permettra d’arrêter l’assassin.  

Il n’en faut pas plus pour que le pauvre Sam se trouve en proie à l’assassin, dont la folie meurtiére semble redoubler. Sam, dont le passeport a été confisqué par la police, va s’investir lui-même dans l’enquête et il va découvrir un mystérieux tableau qui semble avoir reproduit la silhouette de l’assassin.  

La police de son côté piétine, elle ne parvient pas à trouver l’assassin qui envoie des appels téléphoniques afin de la narguer mais, il y a plus grave, en expertisant la voix de l’assassin, elle se rend compte qu’il y a indiscutablement deux tueurs ! Autant dire que l'enquête, à ce point, prend une tournure déroutante...

Inutile d’en dire plus pour les novices qui n’ont pas encore eu la  chance de voir l’oiseau au plumage de cristal. Le film va vous surprendre par son ingéniosité et par le talent déployé afin de vous captiver dans la spirale de l’enquête. Nous accompagnons dés lors le pauvre Sam, témoin impuissant qui devient acteur, et nous ressentons son désir macabre de découvrir la vérité. 

Justement, Dario Argento demeure très fort, excessivement doué même, pour nous faire ressentir les fines sensations de l’enquête, les infimes sensations que ressent le tueur. Plus machiavélique encore, il nous montre l’instant clé dans lequel se trouve la solution de l’énigme plusieurs fois. Quand vous aurez vu le film, vous comprendrez le génie de manipulateur que démontre avec maestria Dario, et j’espère que vous vous intéressez à sa carrière, qui a explosée avec ce film de 1969 dont il conserve tout le charme de l’époque ainsi que la musique très subtile de Ennio Moriconne, qui épouse à merveille toutes les gammes d’émotions du film par des compositions expérimentales aux becs de perroquets…

Ce film ouvre le chapitre giallo, genre trop peu reconnu en France, mais qui convertit tous ceux qu’ils l’ont apprécié. A vous de vous faire votre propre avis !

 

Note : Merci encore et toujours à Psychovision pour le prêt des photos. Je vous renvoie à leurs articles et je vous certifie qu’il recèle un paradis en articles pour ce qui concerne les gialli ! Tf1 vidéo édite le film en dvd, donc il est trouvable. Les gialli constituent un trésor cinématographique incroyable à découvrir, mais il faut commencer quelque part, alors l’oiseau au plumage de cristal convient parfaitement !

par Bastien AYALA
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Dimanche 4 mai 2008

J’espère que le portrait du grand Neal Adams vous a plu. J’ai essayé de vous fournir un maximum d’illustrations qui se rencontrent assez peu. 

Des choses surprenantes vous attendent dans le programme à venir (j’ai un mois d’avance sur tous les articles du blog). Ainsi je vais vous présenter King Kong contre Frankenstein, un film que personne n’a vu, ou encore une réflexion sur Lost (une révélation en fait que personne n’avait notée) puis je vais revenir sur le passage du grand Jack Kirby chez Dc, avec les merveilles qu’il a réalisées et les difficultés subies. Il ne s'agit que d'un mince échantillon des choses à venir !

J’alternerai encore les articles de comics et les présentations de films. Pour cette dernière partie, je vais continuer une présentation/initiation des gialli tout en m’adossant au site qui célèbre ce genre parmi tant d’autres, Psychovision.

Je vous remercie de votre indulgence pour ne pas m’avoir fait remarquer le misérabilisme de la bannière, mais l’informatique demeure une science nouvelle et mon ami « technicien » mobilise tout son temps libre pour le déménagement et la mise en état de sa maison, perdue comme la dernière maison sur la gauche dans un coin loin des villes !  

Enfin, je vous renvoie avec grand plaisir chez un autre confrère distingué pour lequel j’ai une réelle proximité en ce qui concerne les vieux comics, le nommé Persepolis et son site, qui nous entraîne chez les X-men et, pour la partie que je trouve excellente, sur les premiers comics de Timely !
par Bastien AYALA
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Vendredi 2 mai 2008

2ème partie.

Petit point sur le statut de Neal Adams dans ces années 70’ :  Il est un prodige du dessin, il a suscité une ferveur chez des fans de comics, il a brisé des règles de management faisant la navette chez les deux éditeurs, il a livré une bataille pour les droits des artistes. Ajoutons à cela son propre talent qui est grand, il va pouvoir entreprendre ce qu’il désire, en dilettante, ses fans dévoués le suivront dans toutes les entreprises, même les plus incroyables. 

  

Son talent d’artiste est prodigieux. Neal Adams a un talent rare, il capture et retranscrit presque parfaitement l’anatomie de ses personnages. Ses personnages paraissent presque bouger et, justement, le mouvement demeure son point fort. En noir et blanc (le meilleur moyen pour apprécier pleinement le talent du grand Neal), ses personnages semblent presque bouger et l’œil du lecteur accompagnent magnifiquement bien la dynamique des personnages. C’est à mon sens le point essentiel de Neal Adams, sa main exécute parfaitement ce que perçoit ses yeux. Il doit s’agir d’un processus neurologique assez intéressant dont, hélas, je ne possède pas les ressorts. Les dessinateurs affirmés en parlent de temps à autre, l’œil commande la main. Cela donne bien sûr des résultats tels que cela : 

Neal Adams vilipende de temps à autre le média des comics dans les revues des comics, ou plus particulièrement leurs éditeurs qui lui paraissent furieusement peu compétents. L’homme est très prolixe, il a le contact facile et il plaisante en permanence. Son Studio, les crunsty Bunkers, demeure un asile pour les artistes qui veulent faire un break dans la production mensuelle. Neal Adams demeure un chef de bande charismatique capable de se mobiliser pour des causes. Les comics lui paraissent loin. Toutefois, il est approché une ultime fois pour le fameux crossover Classuis Clay/Superman. Il s’agit en quelque sorte du baroud d’honneur de Neal Adams. Son ultime œuvre de grande qualité dans le monde des comics. Il mettra deux ans à le réaliser et le résultat demeure quelque peu intéressant. 

Neal Adams s’éloigne réellement du médium comics, il poursuit ses activités publicitaires qui emploient donc un ensemble d’artistes, certains issus des comics, qui trouvent alors un havre salutaire de revenus. Mais ce qu’il y a de probant, à propos de son influence, demeure la chohorte de disciples qu’il inspire. Je pourrais citer Mike Grell, Rick Buckler, Bill Sienkiewicz, Trevor Von Eden, John Byrne, Alan Davis… Neal Adams n’est pas du genre à dénigrer ses disciples, certains même travaillent avec lui. Jack Kirby a eu en son temps la même influence, Todd Mac Farlaine et Jim Lee auront la leur plus tard. Neal fait éditer un portofolio en 1979 qui présente ces futurs personnages qui seront édités par Continuity et Miss Mystic chez Pacific.

Justement en 1982, un éditeur tente une nouvelle expérience en termes de droits d’auteurs. Pacific comics attire de grandes signatures, Jack Kirby et Neal Adams en publiant leurs œuvres et en leur laissant leurs droits. Il en résulte Captain Victory et Silver Star pour le grand Jack, et Miss Mystic pour Neal Adams. Le résultat est discutable, les comics sont à deux $, pour environ 50 cents d’un comics lambda, les histoires ne sont clairement pas les meilleures œuvres de leurs auteurs et, à cause d'un système de retour de paiements sur stock, Pacific comics fait faillite ! 

Mais Neal Adams ne reçoit pas les arriérées de son salaire, aussi il germe dans son esprit l’envie de produire lui-même des comics en montant pour cela sa propre firme, la mal-nommée Continuity comics. L’œuvre durera sensiblement 7 ans, et c’est une aventure fort savoureuse. Les titres ont des numéros qui se suivent à parfois un an d’intervalle (une firme nommée Continuity !), les concepts et les personnages sont faibles en terme d’intérêt.

Bref, Continuity comics a pour essentiel atout l’aura de Neal Adams que ses fans suivent malgré tout. Mais ils seront moins nombreux, de moins en moins. Les couvertures usent de tous les gadgets possibles, les crossovers sont monstrueux, désordonnés voire anarchique. Dans Deathwatch 2000, certains des numéros de couvertures ne sont pas numérotés ! Des erreurs qui relèvent presque de l’amateurisme. Les scories sont multiples : couleurs affreuses qui rendent la lecture illisible,  numéro  absent de la couveture  sensé  indiqué  la place dans le crossovers... Regardez cette couverture, le dragon est sensé indiquer le numéro de "l'oeuvre"dans la série !

Une association manquée avec Todd Mac Farlaine pour réunir Spawn et Valeria (un succédané de Man-bat !) et  finit de faire sombrer les péripéties de la firme Continuity. Toutefois, une cohorte d’artistes ont fait leurs débuts grâce à Neal et ils lui en sont reconnaissant.

Neal Adams demeure toujours rattachés dans le domaine des comics, que ce soit dans les conventions ou même à l’étranger (semic l’a fait venir sur leur stand une année !). Il semble vouloir tater encore un peu de dessin puisqu’il réalise avec parcimonie des couvertures ici et là. On parle également d’une collaboration avec Franck Miller, assez probablement sur ALL STAR BATMAN, à la suite de Jim Lee (on a le temps de voir venir). Mais honnêtement, son style demeure moins bon, plus automatique et il semble avoir adopté certaines facilités ou automatismes... 

Toutefois, il s’agit bel et bien d’un artiste cardinal, immense qui a fait beaucoup et qui demeure assez savoureux à rencontrer. Même si il a capitalisé sur son talent passé, il a un style, une griffe qui demeure inégalable. Je me pose une question qui nécessite de l’imagination, si Neal Adams était né dans un autre temps et un autre lieu, aurait-il eu le même impact sur un art majeur tel que la sculpture ?

Note : Scarce nous a narrer avec bonheur l'épopée Contiuity comics, qui plombe un peu l'image de Neal Adams, dans les excellents numéros 44 et 45. Vous pouvez consulter ou achetez l'édition de Neal Adams/Batman éditée par Panini en 2005. Même si son trait demeure meilleur en noir et blanc, il s'agit quand même d'un événement passé un peu inaperçu par le plus grand nombre (alors que nos voisins eurpéens demeurent plus avertis) !

 

par Bastien AYALA
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Mardi 29 avril 2008

1ère partie

Neal Adams est un grand, un très très grand du comics. Il est à la base un dessinateur d’excellence qui révolutionna la vénérable Dc comics, dans une période où elle perdait de son attrait par rapport à la sémillante Marvel comics. Mais son caractère, son engagement et son bagout lui ont conféré une aura supplémentaire.

Neal Adams naît en 1941, il étudie les arts industriels à une école d’art de New-York, une sorte de lycée, puis tente sa chance dans le monde professionnel. Avant tout, Neal Adams est à mon sens un génie du dessin inné : il n’a du que très légèrement travailler son talent pour apprendre quelques techniques de dessin mais l’essentiel demeure issu de son don. Il fait divers boulots, dont l’assistant technique aux décors (méthode fort répandue qui permet aux dessinateurs de se former dans l’ombre d’un artiste confirmé) puis il parvient à percer chez Dc.

A ce stade, son art est déjà accompli, en fait il est même au summum de son talent. Pourtant, il ne convainc pas d’office les éditeurs qui sont un peu plus lents que les lecteurs (alors qu’ils devraient avoir un temps d’avance, mais bon). Il  enchaîne donc sur Batman, ou plutôt dans la série nommée the Brave & the Bold où notre justicier fait équipe chaque arc avec un  nouvel associé. La réaction du public est excellente et Julius Swartz se voit contraindre de confier le titre Batman au jeune prodige, qui fait équipe avec Denny O’Neil, transfuge talentueux de la Charlton, sur le titre. Ce sera une ère d’excellence, enfin quelque chose de long et durable, de trépident qui se passe dans un titre de la firme. Rappelons que Marvel a quasiment le monopole des comics hype. Dc vient enfin de marquer un point. Batman est enfin débarré du traitement un brin niais hérité de la série télé. Ra’s Gulh est crée, Double face fait un retour remarqué, le Joker redevient réellement tordu et dangereux. Neal Adams crée Man-Bat lors du 400ème épisode du titre, et c’est une réussite. Bref, le Batman des années 60’, en comics, est celui de Denny O’Neil et Neal Adams.

Puis Neal Adams est sollicité de toute part à Dc, il est capable de susciter un engouement aussi il peut choisir. Il fera de courts mais excellents épisodes de Deadman. Même aujourd’hui, il s’agit de chef d’œuvre incontournable tant au point de vue de l’histoire que de la performance graphique de Neal. Je vous les recommande plus que vivement.

Il réalise une seconde performance d’intérêt au moins égale, sur le personnage du Spectre, qui n’est pas aussi puissant que maintenant, mais qui demeure diablement intéressant. Sa dépendance à Jim Corrigan est forte, sa puissance conditionnée et ses ennemis machiavéliques. Encore une fois, il s’agit d’un joyau de Dc mais la participation de Neal Adams reste très limité (quelques numéros !). 

  

 Sa principale performance viendra sur le titre Green arrow/Green Lantern qui se vend mal. Avec Denny O’Neil, il révolutionne le titre, mais aussi les comics grâce à un contenu mature qui aborde enfin des thèmes longtemps éludés par les comics (le legs de Frédéric Wertham et du comics code). Les personnages évoluent enfin dans un vrai monde, le notre avec les problèmes de drogues, les entrepreneurs véreux et au-dessus de lois.

Les problèmes de la vie réelle sont enfin traités, rappelons que la condition des noirs aux Usa était (et encore ?) une honte absolue. L’état de fait ne suit pas l’état de droit, pourtant inscrit dans la sacro-sainte constitution américaine, et la discrimination demeure très forte dans le pays. Adams et O’ Neil mettent les pieds dans la plat : les super-héros ont trop longtemps éludés ce problème dans leur contenu. Un noir demande ironiquement pourquoi ce redresseur de tort de Green Arrow ne s’occupe pas réellement de ces problèmes, il ne les voit donc pas ?

Il s’agit d’un ère absolument fabuleuse pour les deux héros, le preux chevalier Green Lantern et le râleur exigeant Green Arrow. Des amis qui surmonteront ensemble des aventures à thématiques et qui, malgré leurs dissensions, graveront leur amitiés dans les épreuves.    

Neal Adams demeure très versatile, il a la fougue de la jeunesse et justement, son tempérament demeure bouillonnant. Dc a compris l’ évidence, c’est un phénomène : la star à conserver à tout prix. On lui demande de produire des couvertures qui permettent quand même aux titres de mieux se vendre. On aimerait lui confier les séries en perte de vitesse pour les sauver du naufrage mais Neal finit par se lasser. Surtout, il aspire à autre chose. 


Justement, la condition des auteurs de comics demeure affreuse aux USA. Il n’y a guère que Will Eisner qui a pu conserver la propriété  de son Spirit. Jack Kirby est en passe de se faire duper, et Joe Schuster et Sieigel revendiquent toujours des royalties normales sur Superman.

Neal Adams va prendre part dans ce combat, en allant s’expliquer avec les pontes de Dc comics. Il en résultera une pension à vie annuelle pour chacun des créateurs. Ce n‘est pas beaucoup, mais dans ce pays où la faveur est donnée aux investisseurs (les surprimes, Enron…), c’est un moindre bien. 

Neal fait un petit tour chez Marvel. Il inaugure ainsi la versatilité chez les éditeurs. Avant les périodes d’engagements étaient longues et tous souhaitaient avoir une place stable. Si une collaboration finissait, une autre devait commencer pour une longue période chez un autre éditeur. Neal Adams va faire voler ce vieille pratique, il va travailler simultanément pour les deux éditeurs. Chez la Marvel, il va faire Avengers, la mémorable guerre Skree/Skrulls avec Roy Thomas (excellent à ce moment là), puis un run un peu fouillis sur les X-men. 

Les X-men étaient fort lisibles au départ avec le duo Lee/Kirby, il l’est devenu un peu moins après puis ce fut le grand n’importe quoi avec la plume déjantée de Arnold Drake. Neal Adams va remettre de l’ordre, créer des menaces et introduire des éléments de la mythologie du titre. Chris Claremont bénéficiera de cet apport pour sa magistrale reprise du titre. Neal Adams ne restera que 9 numéros mais il s’agit d’un passage remarquable.

Neal Adams se lasse vite des comics. Il sait que les éditeurs exploitent le talent et payent très mal en retour sans guère de droit de suite ni même sur les réimpressions. Il raconte que chez Dc, malgré son évidente pouvoir commercial, il était payé 45 $ la planche. Il s’agit d’œuvres traduites dans de nombreux pays, et qui le sont encore de nos jours !

Bref, il se lasse mais il fonde un studio nommé les Crunsty Bunkers, avec Dick Gordianp. Un studio qui livre du dessin à la publicité (domaine fort lucratif) et l'élaboration de story-board pour le cinéma, mais qui acceptent et forment de jeunes talents. Une sorte de pépinières où moult artistes vont faire leur apprentissage. Ceci va l’occuper pour la majeure partie des années 70’ et à part quelques réalisations pour les chartes graphiques de Dc ou encore des événements comme le Superman/Classuis Clay.

Neal Adams va se faire rare, mais il sera toujours désiré par ses légions de fans !

par Bastien AYALA
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